Copilot n’a pas disparu de Windows 11… et ne disparaîtra pas de si tôt. Mais il change encore de costume. Après des mois de tâtonnements, Microsoft veut transformer son assistant encombrant en couche d’IA plus discrète, plus utile et surtout plus proche d’un vrai système agentique
En début d’année, Microsoft a créé la surprise en promettant de focaliser ses efforts pour supprimer les irritants de Windows et optimiser le fonctionnement du système. Et même si certain y ont vu un volte-face de Microsoft sur « l’IA OS » évoqué quelques mois plus tôt, l’éditeur n’a jamais promis d’abandonner sa volonté d’intégrer plus d’IA dans Windows 11, mais a affirmé vouloir intégrer l’IA avec plus de sens et de soin. Le rêve de moderniser Windows en « OS agentique », un peu à la manière de Google qui réinvente Android à la sauce Gemini pour ses Googlebooks et son « Aluminium OS », n’a donc jamais été rangé au placard. Microsoft a seulement pris soin de ne plus évoquer publiquement le sujet pendant plusieurs mois afin de recentrer la communication sur les fondations du système. En coulisses, Redmond poursuit ses explorations et tente désormais de faire passer Copilot du statut de gadget encombrant à celui de couche d’intelligence intégrée au travail quotidien.
Copilot, saison 6
Un eBook récemment publié par Microsoft à destination des « Frontier Firms » (ses clients qui s’abonnent au « Frontier Program » pour accéder en avance de phase aux innovations Ia de l’éditeur), lève le voile sur ses ambitions IA pour Windows 11.
On y découvre notamment une nouvelle version de Windows Copilot que l’éditeur semble avoir commencé à déployer discrètement auprès des Frontier Firms et de Windows Insiders. Un sixième grand redesign de l’interface de Copilot depuis son arrivée dans Windows 11 il y a deux ans. Preuve que Microsoft a jusqu’ici beaucoup tâtonné sans trouver la formule qui fait mouche.
Après la barre latérale originelle, l’application flottante, le retour au Web, la version plus native, puis l’habillage Edge, voici donc le dock latéral nouvelle manière. Copilot peut de nouveau se coller à gauche ou à droite de l’écran, pousser les fenêtres pour faire de la place, et s’installer comme un collègue un peu trop confiant qui rapproche sa chaise sans demander.
Moins d’IA partout, plus d’IA au bon endroit
Ces derniers mois, le géant américain a multiplié les signaux d’apaisement face à la bronca de fans Windows peu convaincu de l’intérêt d’une IA intégrée au système alors que celui-ci est déjà trop lourd, trop gourmand en ressources, trop incompatible avec des PC vieillissants. Ces dernières semaines, il a plus cherché à cacher l’IA qu’à la mettre à toutes les sauces : moins de Copilot affiché partout, retrait de boutons dans certaines applications, possibilité de remapper la touche Copilot, options de suppression plus claires pour les administrateurs via stratégies de groupe, registre ou PowerShell. Bref, une forme de cure de désintoxication après une période où l’IA semblait vouloir surgir de chaque menu contextuel.
Mais l’ebook Microsoft publié cette semaine raconte une autre histoire : non pas moins d’IA, mais moins d’IA plaquée au chausse-pied. L’argument est simple : les entreprises qui tirent le plus de valeur de l’IA ne sont pas celles qui empilent les assistants, mais celles qui les incorporent dans les flux de travail. Et Microsoft y présente Windows 11 comme le “canevas intelligent” où cette intégration doit se jouer. L’OS ne serait plus seulement la couche qui lance les applications, mais l’endroit où l’intention devient action.
L’OS comme couche d’exécution de l’IA
Dans cette vision, Copilot n’est en quelque sorte qu’un symptôme. Le vrai projet est plus large : voix, langage naturel, agents en arrière-plan, recherche sémantique, résumés de fichiers dans l’Explorateur, transformation d’un tableau affiché à l’écran en feuille Excel, dictée fluide, synthèse de longs fils Outlook, agents visibles dans la barre des tâches. L’IA ne doit plus être une destination. Elle doit devenir un raccourci.
Réparer Windows avant de le réinventer
Le problème, évidemment, c’est que Windows 11 porte encore les cicatrices de ses propres hésitations. Avant d’être un AI OS crédible, il doit redevenir un OS que les utilisateurs ne soupçonnent pas de leur tendre un piège à chaque mise à jour. D’où le double chantier mené par Microsoft : réparer les fondamentaux – performance, cohérence, fiabilité – tout en préparant une interface plus agentique.
Le pari risqué du “One Copilot”
Le départ annoncé de Yusuf Mehdi ajoute une note théâtrale à tout ce méli-mélo d’informations contradictoires. Yusuf Mehdi est l’un des vétérans de Microsoft : EVP et Chief Marketing Officer Consumer, il supervise notamment le marketing produit de Windows, Surface, Copilot, Microsoft 365 grand public, Edge et Bing. Il est l’un des visages les plus connus de l’entreprise à l’ère Satya Nadella. Après 35 ans dans l’entreprise, il a annoncé son départ après le prochain exercice fiscal. Mais avant de tirer sa révérence, l’homme affirme vouloir consacrer sa dernière année chez l’éditeur à “réimaginer Windows pour l’ère agentique” et à faire avancer la vision “One Copilot”. Une formule grandiloquente qui confirme néanmoins que l’éditeur veut faire de Windows autre chose qu’un bureau avec un chatbot collé dessus.
Pour y arriver, Microsoft va devoir faire preuve d’une qualité dont il a semblé dépourvu depuis la sortie de Windows 11 : la finesse, voire la délicatesse. Si Copilot reste une fenêtre de plus, même joliment dockée, il restera malaimé et peu utilisé. S’il disparaît dans les gestes utiles (chercher sans nom de fichier, résumer sans ouvrir, agir sans copier-coller…) Microsoft tiendra peut-être enfin son AI OS. À condition de retenir une leçon simple : la meilleure IA dans Windows sera celle qui fera gagner du temps sans prendre toute la place et contribuer un peu plus à « l’enshittification » du système.
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