L’IA agentique ne vivra pas durablement dans le Cloud. En s’alliant avec Dell, OpenAI reconnaît implicitement que les agents d’entreprise devront travailler au plus près des données, des référentiels et des systèmes internes. Derrière Codex, ChatGPT Enterprise et les API, c’est toute la question des infrastructures sur site et hybrides de l’ère agentique qui revient au centre du jeu.
Et si l’annonce conjointe d’OpenAI et Dell Technologies n’était pas un simple partenariat de plus autour de l’IA ? Après avoir envahi les interfaces SaaS, les agents d’IA cherchent désormais à se rapprocher des données, des référentiels, des dépôts de code et des systèmes internes qui structurent réellement le fonctionnement des entreprises. Dit autrement, l’IA agentique cherche sa place au cœur du « on-premise » et des datacenters d’entreprises.
Et OpenAI semble désormais chercher à amener Codex, Frontier et les agents IA dans les environnements hybrides et on-premises, là où résident déjà les données et les workflows critiques des organisations.
Codex sort du seul périmètre du développement
Depuis quelques semaines, OpenAI démontre sa volonté de faire de Codex bien plus qu’agent de développement mais la véritable plateforme agentique généraliste d’OpenAI.
Certes plus de 4 millions de développeurs utilisent désormais Codex chaque semaine, pour la revue de code, les tests, la réponse aux incidents ou l’analyse de grands dépôts logiciels. Mais la jeune pousse qui vient de remporter son procès contre Elon Musk insiste désormais sur des usages bien plus transverses : collecte de contexte entre outils, préparation de rapports, qualification de demandes, suivi commercial ou coordination de tâches dans les systèmes métiers.
Un agent n’a de valeur que s’il comprend le contexte dans lequel il agit. Or ce contexte ne se limite pas à quelques documents versés dans un outil conversationnel. Il se trouve dans les bases de connaissance, les systèmes de tickets, les référentiels applicatifs, les outils DevOps, les ERP, les CRM, les historiques d’incidents et les règles de gouvernance propres à chaque entreprise.
L’on-prem revient par le contexte
C’est dans ce contexte que Dell et OpenAI ont annoncé un effort commun et non exclusif.
Le partenariat prévoit que Codex se connectera désormais très directement à la Dell AI Data Platform, utilisée pour stocker, organiser et gouverner des données d’entreprise sur site. OpenAI et Dell entendent aussi explorer des connexions avec Dell AI Factory afin de permettre à Codex, ChatGPT Enterprise et des solutions API d’interagir avec des infrastructures Dell hybrides ou on-premises.
Il ne s’agit pas encore d’annoncer une version totalement autonome et déconnectée de Codex installée dans chaque datacenter. Le communiqué parle surtout d’une intégration plus étroite entre agents OpenAI, données gouvernées et infrastructures Dell. On peut y voir une forme de reconnaissance par OpenAI que l’on-prem est désormais une condition d’industrialisation de l’IA agentique.
Les fournisseurs d’IA ne peuvent plus se contenter de proposer des modèles et des interfaces. Ils doivent s’insérer dans des architectures d’entreprise complexes. De leur côté, les acteurs de l’infrastructure doivent démontrer que leurs plateformes ne sont pas seulement capables d’héberger des charges IA, mais aussi de servir de socle opérationnel à des agents capables d’agir sur des processus réels. Les expérimentations d’agents montrent rapidement leurs limites lorsqu’elles restent cantonnées à des environnements isolés. Pour passer en production, il faut gérer les droits, tracer les actions, contrôler les accès aux données, maîtriser les dépendances, auditer les décisions et intégrer les agents aux systèmes existants. C’est précisément ce que les infrastructures hybrides doivent permettre.
Tout l’enjeu porte sur la capacité à créer une couche agentique gouvernée, connectée aux systèmes de l’entreprise, mais suffisamment contrôlable pour ne pas devenir un nouveau facteur de risque.
Une façon aussi de rappeler que l’IA agentique aura besoin de datacenters, de plateformes de données, de règles d’accès, d’observabilité, de sécurité et d’intégration. L’accord OpenAI-Dell marque ainsi une étape logique : celle des agents qui doivent apprendre à travailler au plus près du système d’information réel dans un cadre régenté et gouverné par l’entreprise, pas par le fournisseur IA.
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