Malgré les vents géopolitiques peu favorables, Apple continue de surperformer. Pour son second trimestre fiscal 2026, la firme affiche un CA trimestriel record de 111,2 milliards de dollars et un bénéfice net de 29,6 milliards avec un iPhone 17 qui s’arrache et des Mac Studio introuvables parce que les développeurs d’IA en redemandent. Cupertino réussit même l’exploit de transformer la pénurie en argument commercial.
Les GAFAM sont résilients… Même quand tout va mal dans le monde, ils continuent d’afficher des résultats records. Alors que l’entreprise célèbre cette année ses 50 ans d’existence, Apple en est l’exemple parfait.
La firme de Cupertino annonce avoir clôturé les trois premiers mois de 2026 (qui correspondent à son second trimestre fiscal 2026) avec un chiffre d’affaires trimestriel de 111,2 milliards de dollars, en hausse de 17% sur un an et un bénéfice net de 29,6 milliards de dollars en hausse de 22% par rapport à son Q2-2025. « C’est notre meilleur second trimestre jamais réalisé, avec une croissance à deux chiffres sur chacun de nos segments géographiques » s’est réjoui Tim Cook, qui rappelons-le, doit céder son siège de CEO d’Apple au premier septembre 2026.
Un trimestre record, porté par l’iPhone et les Services
La vraie locomotive reste l’iPhone, même si elle n’est plus désormais la seule locomotive. Ses revenus progressent de 21,7 %, à 57 milliards de dollars, et représentent un peu plus de la moitié du chiffre d’affaires trimestriel. Apple attribue cette performance à la demande pour la gamme iPhone 17. « L’iPhone a réalisé un record pour un trimestre de mars », souligne Tim Cook, qui évoque une demande « extraordinaire » pour cette génération.
Les Services, eux, continuent leur numéro de funambule rentable : 31 milliards de dollars de revenus (+16,3 %), et un nouveau record historique. Ils pèsent désormais près de 28 % du chiffre d’affaires trimestriel. C’est moins spectaculaire qu’un lancement d’iPhone, mais plus structurant : App Store, cloud, publicité, contenus et abonnements donnent à Apple une couche récurrente qui amortit les cycles matériels.
La Chine revient dans le jeu
Le signal le plus intéressant vient de… Chine. La guerre tarifaire entre Washington et Pékin n’a pas plié la croissance d’Apple. Point faible du groupe ces derniers trimestres, la « Grande Chine » (comme la désigne Apple) bondit de 28,1 % ce trimestre avec un CA à 20,5 milliards de dollars. L’Europe progresse de 14,7 %, les Amériques de 11,9 %, le Japon de 15,1 % et le reste de l’Asie-Pacifique de 25,3 %. Apple n’a donc pas seulement vendu plus d’iPhone, la firme en as surtout vendu plus partout.
Les Mac découvrent l’effet « IA locale »
Plus inattendu : le Mac, longtemps vu comme un segment mature, profite de l’explosion des usages IA. Ses revenus progressent de 5,7 %, à 8,4 milliards de dollars, malgré les (ou peut-être à cause des) contraintes d’approvisionnement.
Mais ce n’est pas tant la croissance qui étonne que le profil de la demande. Apple reconnaît être en rupture sur Mac mini et Mac Studio, et ce pour plusieurs mois. Motif : les développeurs et les jeunes pousses de l’IA s’arrachent ces machines pour entraîner et faire tourner des modèles localement, profitant de la mémoire unifiée généreuse des puces M4 Pro, M4 Max et M3 Ultra. Tim Cook décrit ces deux modèles comme des plateformes idéales pour l’IA et les outils agentiques. Le Mac mini et le Mac Studio sont devenues des plateformes appréciées pour ces usages plus vite qu’Apple ne l’avait anticipé. C’est, quand même, un changement de lecture assez ironique. Jusqu’ici, le récit IA d’Apple portait surtout sur Apple Intelligence, l’intégration logicielle et la confidentialité. Mais Apple est très en retard sur ses prétentions à ce sujet et sur son nouveau Siri. Pour autant, les Mac sont bien devenus des stations compactes pour développeurs IA, équipes IA et expérimentations IA locales.
Parallèlement, Tim Cook explique la pénurie des modèles Studio et Mini non pas directement de la crise de fourniture des chips mémoire mais de la disponibilité des nœuds avancés utilisés pour produire les SoC Apple. Le retour à l’équilibre offre-demande pourrait prendre plusieurs mois.
Le MacBook Neo, portable d’entrée de gamme lancé pendant le trimestre, est lui aussi en surchauffe. Tim Cook évoque une réception qui dépasse les attentes et un record de nouveaux clients sur Mac pour un trimestre de mars, en partie grâce à ce modèle.
Un beau trimestre d’un monde moins simple
La marge brute atteint 54,8 milliards de dollars, soit environ 49,3 % du chiffre d’affaires, contre 47,1 % un an plus tôt. Apple continue donc de transformer sa puissance de marque en rentabilité. Mais les dépenses de R&D augmentent fortement : 11,4 milliards de dollars sur le trimestre soit +33,6 % en un an. En ce début d’ère de l’IA, l’innovation coûte de plus en plus cher aux grands de la Tech.
Ces bons résultats tombent toutefois dans un contexte plus rugueux. Apple rappelle dans ses documents réglementaires que l’inflation, les taux, les devises, les tensions commerciales, les droits de douane et les mesures de rétorsion peuvent peser sur ses résultats, ses chaînes d’approvisionnement, les composants, les terres rares, les prix et les marges.
Le groupe publie des chiffres spectaculaires, mais ses vulnérabilités sont celles de toute la tech contemporaine : dépendance aux nœuds avancés, arbitrages industriels entre Chine, Inde, États-Unis et Asie du Sud-Est, pression sur les coûts mémoire, et bataille de l’IA où Apple doit prouver qu’il peut faire autrement que les hyperscalers sans arriver trop tard. Pour le trimestre en cours, la maison attend encore une croissance soutenue, mais prévient qu’elle livrera dans la limite des stocks disponibles. Car même Cupertino doit désormais faire la queue chez les fondeurs.
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