On savait que ce jour allait arriver. Et on savait qu’il n’était plus très loin. Les rumeurs courraient depuis plus d’un an. Tim Cook prépare sa retraite. Il laissera les reines de CEO d’Apple (pour prendre le rôle d’exécutive chairman) et les confiera à John Ternus (actuel patron de l’ingénierie hardware du groupe) au 1er septembre 2026. Un nouvelle ère s’ouvre pour la firme fondée par Steve Jobs et Steve Wozniak il y a tout juste 50 ans.

Apple a donc officialisé cette semaine l’une des passations de pouvoir les plus attendues de la Tech. Tim Cook, 65 ans, entré chez Apple en 1998, nommé CEO en août 2011 (6 semaines avant le décès de Steve Jobs), restera aux commandes du groupe jusqu’au 31 août 2026 avant de basculer vers la fonction d’executive chairman. John Ternus, actuel Senior Vice President of Hardware Engineering, prendra ses fonctions de CEO le 1ᵉʳ septembre. La décision, adoptée à l’unanimité par le conseil d’administration, est présentée comme l’aboutissement d’un processus de planification pluriannuel.

Dans son nouveau rôle, Cook restera notamment le visage d’Apple auprès des régulateurs et des décideurs politiques mondiaux. Arthur Levinson, chairman non-exécutif depuis quinze ans, deviendra lead independent director. Ternus rejoindra le conseil. Tim Cook explique que « le plus grand privilège de ma vie est d’avoir été le CEO d’Apple » et décrit son successeur comme « l’esprit d’un ingénieur, l’âme d’un innovateur ».

Le bilan Tim Cook en quelques chiffres

En quinze ans, Cook a fait passer la capitalisation d’Apple d’environ 350 milliards à 4 000 milliards de dollars. Le chiffre d’affaires annuel a quadruplé, de 108 à 416 milliards entre les exercices 2011 et 2025. La base installée dépasse 2,5 milliards d’appareils actifs et la division Apple Services pèse désormais plus de 100 milliards de dollars à elle seule. Côté produits, Cook aura supervisé l’Apple Watch, les AirPods, le Vision Pro, Apple Pay, Apple Music, Apple TV+ et la transition historique des Mac vers Apple Silicon.

Le tableau comporte toutefois ses ombres : retard marqué sur l’IA générative, Apple Intelligence sous-livrée, Siri nouvelle génération sans cesse repoussée, Vision Pro cantonné à un marché de niche, projet Apple Car enterré en 2024. Sans oublier, un visage d’Apple peu reluisant sur le terrain réglementaire : le groupe a dû absorber le choc du Digital Markets Act européen, qui a forcé l’ouverture de l’App Store aux magasins alternatifs et aux moteurs de paiement tiers, et affronte toujours l’action antitrust du Department of Justice américain.

John Ternus, 25 ans d’Apple et un profil produit

À 51 ans, John Ternus est entré chez Apple en 2001 dans l’équipe product design, devenu vice-président Hardware Engineering en 2013 puis SVP en 2021. Diplômé en mécanique de l’Université de Pennsylvanie, il a supervisé les gammes iPad, AirPods, plusieurs générations d’iPhone, de Mac et d’Apple Watch, ainsi que la transition Apple Silicon.

Ses équipes ont récemment livré l’iPhone 17, l’iPhone Air et le MacBook Neo. «

Je suis profondément reconnaissant de cette opportunité de porter la mission d’Apple vers l’avenir », déclare-t-il, rappelant avoir travaillé « sous Steve Jobs » et eu « Tim Cook comme mentor ». En parallèle, Johny Srouji, artisan des puces Apple Silicon depuis 2008, est promu chief hardware officer et récupère la casquette Hardware Engineering de John Ternus.

Le défi IA qui attend le nouveau patron

John Ternus prend les rênes dans un contexte de fin de cycle chez Apple avec des départs d’exécutifs qui se sont enchaînés depuis dix-huit mois : le COO historique Jeff Williams a annoncé sa retraite, le CFO Luca Maestri a cédé la main à Kevan Parekh, et un cadre de l’industrial design a été débauché par Meta. Mais son plus grand challenge immédiat tient en 2 lettres : IA. Le nouveau CEO va devoir démontrer très vite qu’Apple peut rattraper son retard face à Google, OpenAI, Anthropic et Meta en matière d’IA conversationnelle et d’usages agentiques. La WWDC 2026 de juin sera le premier grand test, avec l’attente d’une feuille de route Apple Intelligence crédible et d’une Siri enfin agentique. S’y ajoutent trois chantiers lourds : relancer ou repositionner Vision Pro (qui sonne un peu comme un échec), absorber la pression réglementaire (DMA, Digital Services Act, procédure DOJ, tarifs Trump) et prouver – à plus long terme – qu’Apple est encore capable de créer une catégorie produit de la trempe de l’iPhone (que ce soit dans les lunettes connectées, la robotique domestique, la santé ou autre). Les marchés financiers, qui ont fait reculer le titre de plus de 1 % dès l’annonce, expriment déjà leur impatience.