L’IA agentique est le nouveau terrain de bataille des géants du logiciel. Et Microsoft, fidèle à sa stratégie du « tout Copilot », multiplie les initiatives pour transformer son assistant IA en véritable collègue numérique autonome. Après Copilot Cowork, voilà qu’un nouvel agent inspiré d’OpenClaw pointe le bout de ses griffes… ou plutôt de ses pinces.

Impossible de parler d’IA agentique en 2026 sans évoquer OpenClaw, le projet open source qui a électrisé la planète tech. Né fin 2025 sous le nom de Clawdbot puis rebaptisé en janvier 2026, OpenClaw permet à un agent IA de tourner localement sur la machine de l’utilisateur et d’exécuter des tâches de manière autonome : gérer des emails, piloter des applications, naviguer sur le web, interagir avec des objets connectés. Avec plus de 250 000 étoiles GitHub, 35 000 forks, 27 millions de visiteurs mensuels et un catalogue de plus de 13 000 « skills » communautaires, le projet a atteint une masse critique qui en fait un véritable écosystème à part entière.

L’impact sur l’industrie a été considérable. OpenClaw a démocratisé le concept d’agent IA autonome auprès du grand public et des « vibe coders », ces utilisateurs non-développeurs qui bricolent des solutions IA sans écrire une ligne de code. Le Mac Mini, machine de prédilection des utilisateurs d’OpenClaw en raison de son format compact et de son prix accessible, s’est retrouvé en rupture de stock dans de nombreux pays, un effet de bord que personne n’avait anticipé à commencer par Apple toujours aussi en retard en matière d’IA..

Mais la médaille a son revers. Les risques de sécurité liés à OpenClaw sont bien documentés : des vulnérabilités diverses, un paramétrage de sécurisation très compliqué, des « skills » malveillantes repérées sur la marketplace ClawHub, et des épisodes cocasses mais inquiétants d’agents partis en roue libre (l’un d’eux ayant acheté une voiture de manière autonome, d’autres ayant spammé les contacts de leur propriétaire). La surface d’attaque est vaste et l’architecture « tout permis par défaut » de la solution pose un problème structurel pour tout déploiement professionnel.

Ce cocktail de puissance et de fragilité a engendré un véritable écosystème de forks, de clones et d’alternatives. NanoClaw, construit sur le SDK Agent d’Anthropic, mise tout sur l’isolation en conteneurs et ne pèse que 700 lignes de code auditables. ZeroClaw, réécriture complète en Rust par des étudiants de Harvard et du MIT, cible la performance et le support multi-modèles. Nanobot, développé à Hong Kong, condense l’essentiel en 4 000 lignes de Python et cumule plus de 26 000 étoiles GitHub, un projet idéal pour comprendre, apprendre et personnaliser. PicoClaw vise les objets connectés à petit budget. NemoClaw, annoncé par NVIDIA à GTC 2026, ajoute une couche de sandboxing au-dessus d’OpenClaw. Et du côté des plateformes managées, des solutions comme Moltworker, Skyvern ou Agent S3 proposent des approches plus sécurisées mais moins flexibles.

Une alternative à Microsoft Copilot Cowork ?

Mais OpenClaw a un concurrent qui fait lui aussi beaucoup parlé de lui : Claude Cowork d’Anthropic. Cette autre solution profite de l’actuel raz-de-marée d’adoption de Clauide. En mars dernier, Microsoft a levé le voile sur Copilot Cowork, une brique agentique intégrée à Microsoft 365 Copilot et développée en étroite collaboration avec Anthropic. Le principe : dépasser le simple jeu de questions-réponses pour permettre à Copilot d’exécuter de véritables workflows multi-étapes et longue durée au sein des applications Microsoft 365. Vous décrivez un objectif, Cowork élabore un plan, l’exécute à travers Outlook, Teams, Excel ou Word, et vous tient informé de sa progression avec des points de contrôle réguliers.
La technologie sous-jacente, baptisée « Work IQ », constitue une couche d’intelligence contextuelle qui s’appuie sur l’ensemble des signaux professionnels de l’utilisateur — emails, réunions, fichiers, conversations — pour personnaliser les actions de l’agent. L’idée est séduisante : transformer l’intention en exécution, là où la plupart des outils IA s’arrêtent encore à la génération d’un brouillon que l’humain doit ensuite assembler, peaufiner et distribuer lui-même.

Mais selon « The Information », Microsoft ne ferait pas uniquement les yeux doux à Claude Cowork et s’intéresserait de très près au potentiel d’OpenClaw et de ses skills dans ses environnements !

Un « Claw » maison dans Copilot

Microsoft travaille sur l’intégration de fonctionnalités inspirées d’OpenClaw directement dans Microsoft 365 Copilot et dans Windows. Apparemment, cette initiative viserait notamment les clients entreprises avec des contrôles de sécurité renforcés par rapport au projet open source.

Les détails restent sous embargo, mais plusieurs éléments émergent déjà. L’une des caractéristiques clés serait la capacité de l’agent à fonctionner en permanence, un Copilot « always-on » capable de prendre des actions à tout moment et d’accomplir des tâches multi-étapes sur de longues périodes, sans attendre une sollicitation explicite de l’utilisateur. Microsoft n’a pas confirmé si cet agent tournerait localement sur la machine (comme OpenClaw) ou exclusivement dans le cloud (comme Copilot Cowork), mais l’hypothèse d’une composante locale semble plausible au regard de la concurrence. La présentation officielle est attendue lors de Microsoft Build en juin prochain. La solution pourrait même servir de fondation à l’IA agentique dans Windows 11.

Copilot Cowork vs. le nouveau « Claw » 

Sur le papier, Copilot Cowork et ce nouvel agent « Claw-like » partagent une ambition commune : l’exécution autonome de tâches complexes. Mais ils diffèrent sensiblement dans leur périmètre et leur architecture. Copilot Cowork est un orchestrateur cloud, ancré dans l’environnement Microsoft 365 et gouverné par les politiques de sécurité de l’entreprise (permissions, labels de sensibilité, conformité). Il excelle dans les workflows structurés : préparer une réunion en croisant agenda, mails et fichiers, produire un rapport à partir de données éparpillées dans SharePoint, ou trier un calendrier surchargé.

Le nouvel agent « Claw », lui, semble viser une autonomie plus large et plus continue, potentiellement capable d’opérer au-delà du seul périmètre Microsoft 365  à la manière d’OpenClaw, qui interagit avec le système d’exploitation tout entier. Il s’agit aussi de répondre à une attente que Copilot Cowork ne couvre pas : celle d’un agent persistant qui travaille en arrière-plan sur des horizons de temps longs, enchaînant les micro-tâches sans supervision constante. En somme, Cowork serait le bras exécutant de vos workflows Microsoft. Le « Claw » serait en revanche plutôt un assistant omniprésent sur votre poste de travail.

On notera aussi que Microsoft a récemment levé le voile sur Copilot Tasks. Son « Claw’ vient donc s’ajouter à une gamme agentique qui commence à ressembler à un mille-feuille comme l’est d’ailleurs toute la galaxie Copilot. L’entreprise va devoir clarifier l’articulation entre ces différentes briques sous peine de perdre ses propres utilisateurs dans la complexité de l’offre.

____________________________

À lire également :

Copilot Cowork : Microsoft intègre Claude Cowork dans Microsoft 365

Copilot Tasks : Microsoft lance prudemment son agent autonome grand public

NemoClaw : NVIDIA transforme le phénomène OpenClaw en plateforme d’agents IA sécurisée

Stupeur dans l’écosystème IA : OpenAI recrute le créateur d’OpenClaw !

OpenAI veut sa SuperApp Desktop : ChatGPT, Codex et Atlas unifiés sous un même toit