Après OpenAI Frontier, Claude Cowork et le phénomène OpenClaw, Microsoft entre dans la course à l’IA agentique grand public. Copilot Tasks transforme l’assistant conversationnel en véritable exécutant : une IA qui ne se contente plus de répondre, mais qui agit à vos côtés, au quotidien.
Après deux ans dominés par les chatbots conversationnels, tous les grands acteurs de l’IA passent désormais à la vitesse supérieure en lançant des agents autonomes capables non plus seulement de répondre à des questions, mais d’exécuter concrètement des tâches. Le changement de paradigme est net : on ne demande plus à l’IA de « rédiger un brouillon », on lui confie une mission qu’elle mène à bien de manière autonome.
OpenAI a ainsi récemment dévoilé Frontier, une plateforme destinée aux entreprises qui permet de déployer et de gérer des « collaborateurs IA » (AI coworkers) autonomes. Ces agents disposent de leur propre environnement d’exécution, peuvent manipuler des fichiers, interagir avec des interfaces logicielles et orchestrer des workflows complexes en plusieurs étapes, le tout avec un minimum d’intervention humaine. Dans un même ordre d’idées, Microsoft a lancé Microsoft 365 Agent, autre plateforme unifiée d’orchestration et d’exécution d’agents.
Côté Anthropic, la réponse est venue dès janvier avec Claude Cowork, un agent de bureau intégré directement dans l’application desktop Claude et inspiré de Claude Code mais pour tous. Le concept : pointer l’IA vers un dossier de fichiers sur sa machine, lui décrire une tâche en langage naturel, et la laisser travailler. Trier un dossier de téléchargements, extraire des données de reçus photographiés pour produire un tableur de dépenses, compiler des notes éparses en un rapport… Cowork fonctionne en boucle agentique : il planifie, exécute, vérifie son travail, et ne sollicite l’utilisateur qu’en cas de blocage.
Autre acteur OpenClaw (ex Moltbot) a surgi du monde open source. Cet agent personnel tourne en local sur la machine de l’utilisateur, se connecte aux applications de messagerie comme WhatsApp, Telegram ou Slack, et exécute des tâches autonomes : tri d’emails, gestion de calendrier, navigation web, exécution de commandes système.
Même Google a commencé à insuffler de l’IA agentique au cœur de Gemini dans sa version mobile pour Android.
Ces solutions marquent une démocratisation à plus large échelle de l’IA agentique capable de naviguer seule sur le web, de coordonner plusieurs applications, de créer des documents, de gèrer des agendas et de rendre compte une fois le travail accompli.
Au quotidien, cela se traduit par une liste de tâches qui « se fait toute seule » : tri automatisé d’une boîte email avec rédaction de réponses, suivi d’annonces immobilières avec prise de rendez-vous, compilation de revues de presse récurrentes, désabonnement des newsletters jamais lues, préparation de réunions avec synthèse des échanges précédents… Les agents peuvent fonctionner en one-shot ou de manière récurrente, sur une cadence quotidienne ou hebdomadaire. L’ère de l’automatisation personnelle par l’IA est ouverte.
Microsoft, des agents dans Copilot 365 au grand public
Microsoft n’a pas attendu 2026 pour s’intéresser à l’IA agentique. Depuis plus d’un an, l’éditeur de Redmond insuffle des agents dans sa suite Copilot 365, avec des fonctionnalités comme les agents autonomes dans Copilot Studio (annoncés en octobre 2024), le « computer use » en préversion publique pour piloter des applications de bureau et des sites web, ou encore les Copilot Actions dans Microsoft 365, conçues pour automatiser des tâches répétitives comme la synthèse d’emails, la préparation de réunions ou la génération de rapports. L’ensemble de ces briques s’inscrivait toutefois dans une logique clairement professionnelle, ciblant les organisations dotées de licences Microsoft 365 Copilot.
La nouveauté est que Microsoft s’intéresse désormais aux scénarios moins « business ». Face à l’émergence de Cowork et d’OpenClaw, qui ciblent autant la vie personnelle que professionnelle, Redmond élargit son champ d’action vers le grand public et les usages du quotidien.
Rappelons que Microsoft a déjà insufflé une brique intermédiaire : Copilot Actions. Lancée en tant que fonctionnalité expérimentale de Copilot Labs pour les abonnés Copilot Pro, cette fonctionnalité permettait à l’assistant IA de Microsoft de réaliser des actions concrètes sur le web pour le compte de l’utilisateur : réserver un restaurant via OpenTable, organiser un voyage via Expedia ou Booking.com, commander des fleurs via 1-800-Flowers, ou encore réserver un hébergement via Kayak ou Hotels.com. L’idée était déjà de transformer Copilot en assistant personnel capable non plus seulement de conseiller, mais d’agir.
Seul bémol, Copilot Actions n’a jamais été disponible en Europe. Notamment parce que la fonctionnalité reposait sur des partenariats avec des plateformes principalement américaines, mais aussi parce que Microsoft n’avait pas envie d’en assurer la conformité aux lois européennes. Par ailleurs, les actions restaient relativement simples et circonscrites : il s’agissait essentiellement de déclencher une transaction sur un service partenaire, sans réelle capacité de chaîner des étapes complexes ou de travailler en arrière-plan sur plusieurs applications simultanément.
En parallèle, sur Windows, Microsoft a également lancé une version différente portant le même nom « Copilot Actions » auprès des Windows Insiders dotés de Copilot+ PC : celle-ci permet à Copilot d’interagir directement avec les fichiers locaux et les applications de bureau dans un espace cloisonné appelé Agent Workspace. L’utilisateur peut par exemple demander de trier des photos, convertir des fichiers ou extraire des informations d’un PDF.
Copilot Tasks : la to-do list qui s’exécute toute seule
Cette semaine, Microsoft a franchi une étape supplémentaire avec le lancement de Copilot Tasks, présenté sous la forme d’une préversion de recherche (« research preview »). Le slogan résume l’ambition : passer « des réponses aux actions ». Copilot Tasks est un agent autonome conçu pour tous, pas seulement pour les développeurs ou les entreprises. L’utilisateur décrit ce qu’il veut en langage naturel, et Copilot planifie, exécute et rend compte.
L’architecture technique est ce qui distingue le plus Copilot Tasks de ses prédécesseurs. Chaque tâche s’exécute dans un environnement informatique dédié dans le cloud de Microsoft, avec son propre navigateur. L’agent ne tourne pas sur la machine de l’utilisateur : il dispose de sa propre infrastructure, ce qui lui permet de travailler en arrière-plan, de naviguer sur le web, de coordonner plusieurs services et de produire des résultats concrets (documents, tableurs, entrées de calendrier, réservations) sans mobiliser les ressources locales.
Trois modes d’exécution sont proposés. Les tâches peuvent être ponctuelles (one-shot), programmées à un horaire précis, ou récurrentes (quotidiennes, hebdomadaires). Cette dimension de persistance est fondamentale : Copilot Tasks ne se contente pas de réagir à une demande instantanée, il fonctionne comme une couche d’automatisation dans la durée.
Microsoft met en avant des scénarios du quotidien qui dépassent largement le cadre professionnel : faire remonter chaque soir les emails urgents avec des brouillons de réponse prêts à envoyer et se désabonner automatiquement des newsletters ignorées ; surveiller chaque vendredi les nouvelles annonces de location d’appartements à proximité et réserver des visites ; compiler chaque lundi un briefing sur les réunions clés et analyser l’allocation de son temps par rapport à ses priorités ; transformer un programme de cours en plan d’études complet avec tests pratiques et créneaux de révision bloqués ; ou encore compiler les offres d’emploi correspondant à son profil et adapter CV et lettre de motivation pour chaque candidature.
L’agent agit seul mais sous supervision humaine. Microsoft insiste sur un point essentiel : Copilot Tasks n’est pas en mode auto-pilote. L’agent demande le consentement de l’utilisateur avant toute action significative, qu’il s’agisse de dépenser de l’argent ou d’envoyer un message. L’utilisateur peut à tout moment examiner ce que fait l’agent, mettre en pause ou annuler une tâche. Ce « contrat de confiance » entre l’IA et l’humain est présenté comme une condition sine qua non pour rendre l’exécution autonome acceptable pour le grand public. Sans mécanismes de consentement et d’interruption, le produit serait trop risqué pour un déploiement large.
Contrairement à OpenClaw qui nécessite d’installer un serveur local, de configurer des connexions API et de maîtriser la ligne de commande, Copilot Tasks ne demande aucune compétence technique. Pas besoin de configurer manuellement des agents ou des connecteurs MCP (Model Context Protocol). L’utilisateur décrit son besoin, Copilot détermine la marche à suivre.
Un positionnement stratégique
Avec Copilot Tasks, Microsoft ajoute donc un moteur d’exécution agentique à un écosystème déjà riche : les connecteurs vers Outlook, OneDrive, Gmail et Google Drive, les agents dans Copilot Studio, la vision par écran dans Copilot Vision, et les actions locales sur le bureau Windows. L’ensemble forme une pile complète qui va de la simple question-réponse à l’automatisation autonome sur plusieurs jours.
Microsoft compte ainsi rendre l’IA agentique accessible au plus grand nombre, sans exiger de compétences techniques. C’est un positionnement différent de celui de Frontier (orienté entreprises avec un accompagnement par des cabinets de conseil), de Cowork (qui vise les « knowledge workers »), et d’OpenClaw (puissant mais risqué et réservé aux technophiles).
Pour l’instant, l’accès à cette fonctionnalité est restreint par une liste d’attente. Microsoft n’a pas encore précisé les conditions d’abonnement requises, la disponibilité géographique (le souvenir de Copilot Actions, jamais arrivé en Europe, incite à la prudence), ni les détails de l’architecture de sécurité sous-jacente. Microsoft avance avec précaution car un agent qui peut agir dans le monde réel introduit des risques qu’un chatbot conversationnel n’a pas. Cliquer au mauvais endroit, envoyer un message au mauvais destinataire ou engager une dépense non souhaitée sont autant de scénarios que la preview doit permettre d’identifier et d’éventuellement corriger. L’intention est néanmoins bien là : faire de Copilot un véritable agent personnel, prêt à travailler en arrière-plan pendant que l’utilisateur se concentre sur l’essentiel. Reste à voir comment ces Copilot Tasks cohabiteront avec les agents IA que Microsoft compte aussi intégrer directement dans Windows.
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