Les prompts ne cassent pas la prod, l’infra si. Mistral AI rachète Koyeb pour ajouter du serverless, de l’autoscaling et des sandboxes à Mistral Compute, et livrer un cloud IA européen taillé pour l’inférence.

L’infrastructure cloud dédiée à l’intelligence artificielle est devenue le nerf de la guerre pour les DSI. Déployer un modèle de langage en production, garantir la montée en charge de l’inférence, maîtriser la localisation des données et contenir les coûts d’exploitation : autant de défis qui placent la couche infrastructure conçue pour l’IA au cœur des préoccupations des DSI.

Jusqu’ici largement dominé par les hyperscalers américains, ce marché voit aujourd’hui émerger des alternatives comme les Néoclouds et dans leur foulée des alternatives européenne crédibles. Mistral AI, le champion français de l’IA générative, qui avait déjà lancé Mistral Compute, muscle ses ambitions en réalisant sa toute première acquisition : le rachat de Koyeb, une start-up parisienne spécialisée dans le cloud serverless.

Deux pépites françaises complémentaires

Fondée en 2023 par Arthur Mensch, Guillaume Lample et Timothée Lacroix, trois anciens de Meta et Google DeepMind, Mistral AI s’est imposée en moins de trois ans comme le principal rival européen d’OpenAI et d’Anthropic. Avec près de 2,8 milliards d’euros levés, une valorisation de 11,7 milliards d’euros depuis l’entrée au capital d’ASML en septembre 2025 et un chiffre d’affaires récurrent annuel dépassant les 400 millions de dollars, la décacorne tricolore a bâti sa réputation sur des modèles de langage performants et une philosophie de déploiement résolument ouverte.

Mais la jeune pousse française veut désormais accompagner les entreprises européennes dans le déploiement de leurs infrastructures IA sur cloud privé en local comme sur cloud managé. Ne voulant plus s’enfermer dans son statut de « labo européen des modèles IA », Mistral AI se voit bien s’imposer en fournisseur « Full Stack », parce que l’IA en production dans les entreprises n’échoue pas sur le prompt, mais sur le déploiement : capacité GPU, orchestration, montée en charge, coûts d’inférence, et opérations au quotidien. Dit autrement, quand le modèle marche, c’est l’infra qui devient le produit. En juin 2025, elle a élargi son périmètre en lançant Mistral Compute, une offre d’infrastructure cloud destinée à héberger et servir ses modèles auprès des entreprises.

Et c’est justement pour renforcer cette offre « Mistral Compute » que la star européenne de l’IA vient d’annoncer sa toute première acquisition, celle de Koyeb. Cette startup parisienne a été fondée en 2019 par Yann Léger, Edouard Bonlieu et Bastien Chatelard, trois anciens de l’hébergeur français Scaleway. La start-up, basée à Boulogne-Billancourt, a développé une plateforme serverless haute performance qui permet aux développeurs de déployer et de faire évoluer des applications d’IA sans gérer l’infrastructure sous-jacente. Concrètement, un développeur peut déployer une application en quelques minutes, tandis qu’un mécanisme d’autoscaling ajuste automatiquement les ressources matérielles (CPU, GPU, accélérateurs) en fonction de la demande. Koyeb avait levé 8,6 millions de dollars au total, dont un tour de seed de 7 millions en 2023 mené par le fonds parisien Serena, avec la participation de Samsung Next.

Koyeb apporte exactement ce que Mistral Compute doit maîtriser pour passer du « GPU-as-a-service » au « cloud IA » utilisable en production : orchestration du déploiement, autoscaling (montée/descente à zéro), isolation type sandboxes, et outillage orienté inference/agents.

Les termes de l’opération

Le montant de la transaction n’a pas été communiqué. En revanche, les contours de l’intégration sont plutôt clairs. Les trois cofondateurs de Koyeb ainsi que ses 16 collaborateurs rejoindront l’équipe d’ingénierie de Mistral dès le mois de mars 2026, sous la supervision du CTO et cofondateur Timothée Lacroix. La plateforme Koyeb continuera de fonctionner, mais elle est appelée à devenir progressivement un « composant clé » de Mistral Compute, en l’occurrence sa véritable couche « exploitation », au cours des prochains mois. En revanche, les nouvelles inscriptions sur le tier Starter de Koyeb sont d’ores et déjà fermées, signe d’un recentrage assumé sur la clientèle entreprise et la clientèle type de Mistral Compute.

« Le produit et l’expertise de Koyeb vont accélérer notre développement sur le front Compute et contribuer à bâtir un véritable cloud IA », justifie Timothée Lacroix dans un communiqué.

Mistral a également précisé que l’acquisition permettra de renforcer trois axes : le déploiement de ses modèles directement sur l’infrastructure de ses clients (on-premises), l’optimisation de l’utilisation des GPU et l’amélioration de la montée en charge de l’inférence.

Une acquisition qui fait sens stratégiquement

Cette opération s’inscrit dans un mouvement de fond d’intégration verticale qui voit les fournisseurs de modèles d’IA chercher à maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur, des algorithmes jusqu’à l’infrastructure de déploiement. Jusqu’ici, Mistral était essentiellement perçu comme un éditeur de modèles. Avec le rachat de Koyeb, la société se positionne en acteur « full stack », capable de proposer à ses clients une pile complète allant de l’entraînement des modèles à leur mise en production.

L’acquisition intervient quelques jours seulement après l’annonce d’un investissement massif de 1,2 milliard d’euros dans de nouveaux centres de données en Suède, un choix motivé par l’énergie abondante et bon marché des pays nordiques, des conditions climatiques favorables au refroidissement des serveurs et un cadre réglementaire aligné sur le RGPD.
Parallèlement, en contrôlant ses propres data centers et en intégrant la technologie serverless de Koyeb, Mistral réduit sa dépendance aux conditions tarifaires d’AWS, Azure ou Google Cloud et sécurise ses coûts d’inférence à mesure que ses volumes augmentent. C’est un levier essentiel alors que la société vise le milliard de dollars de revenus en 2026. L’acquisition de Koyeb vient en effet mécaniquement renforcer les capacités de Mistral en matière de déploiement on-premises, d’optimisation GPU et de montée en charge de l’inférence, ce qui rend l’offre particulièrement attractive pour les entreprises européennes soumises à des contraintes réglementaires fortes.

En un sens, cette opération est un peu la réponse de Mistral AI à l’acquisition de Statsig par OpenAI pour 1,1 milliard de dollars (en septembre 2025), du partenariat stratégique qui unit AWS à Anthropic et devrait permettre à Mistral AI de se positionner en concurrent européen de Google Vertex AI, Microsoft Azure AI Studio. Chacun cherche à contrôler davantage la pile technologique pour améliorer ses marges, réduire la latence, créer des boucles de rétroaction plus étroites entre la recherche et la production et bien évidemment, sans l’avouer, « sécuriser » (pour ne pas dire emprisonner) ses clients.

Pour autant, l’intégration ne sera pas triviale. L’architecture serverless de Koyeb devra s’articuler avec la gamme de modèles en rapide évolution de Mistral, les exigences de SLA des clients de grande entreprise et un mix d’environnements on-premises, colocation et multi-cloud. La rétention des talents, l’approvisionnement en GPU et l’intensité capitalistique inhérente à la construction d’un « véritable cloud IA » restent également des variables à surveiller de près.

Reste que, sur le fond, cette opération est la promesse de l’émergence d’une vraie alternative européenne crédible aux plateformes d’IA des hyperscalers américains. La capacité de Koyeb à abstraire la complexité de l’infrastructure sous-jacente devrait par ailleurs faciliter l’adoption de l’IA générative dans des organisations qui ne disposent pas nécessairement d’équipes DevOps dimensionnées pour ce type de projets.

À court terme, il faudra observer comment la technologie de Koyeb s’intègre effectivement dans Mistral Compute, notamment à travers les architectures de référence on-premises, les paliers d’inférence managée et les benchmarks de performance sur les charges de travail les plus courantes. Les développeurs déjà utilisateurs de Koyeb attendront également de la clarté sur la feuille de route de la plateforme et sur les parcours de migration. Reste désormais à Mistral de transformer cette intégration verticale en un avantage durable en termes de coût et de performance face à des concurrents dont les moyens financiers demeurent autrement plus considérables.

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