Le cloud native s’impose comme une discipline d’architecture et d’exploitation, où l’auto-résilience, la mise à l’échelle et l’observabilité pèsent autant que les outils. Entre débats de licences, rôle des fondations et dépendances fournisseurs, les Cloud Native Days mettent en avant les vrais leviers opérationnels de l’autonomie numérique : redondance, PRA/PCA, multi-fournisseurs, open source et options de sortie.
Les Cloud Native Days sont des événements communautaires “cloud native & Kubernetes” organisés, par et pour des praticiens, avec une promesse simple : sortir du discours marketing pour revenir au concret, aux retours d’expérience, aux aventures de terrain et aux arbitrages techniques. À Paris, l’édition 2026 se tient le 3 février, avec une programmation qui déborde largement du cadre Kubernetes d’origine : DevOps, Platform Engineering, infrastructure, sécurité, IA et data s’y croisent dans la même journée.
C’est précisément ce que raconte nos “Grands Témoins” de la semaine, Smaïne Kahlouch et Aurélien Violet. Le premier est Platform Engineer Team Leader chez Aqemia. Le second est Directeur Produit & Marketing chez Enix et pilote aussi l’organisation côté association.
Avec Guy Herviet nos invités décrivent l’envers du décor : un événement bâti par des bénévoles, “une association à but non lucratif”, une équipe de bénévoles passionnés qui prennent “sur leur temps libre”. Et une intention assumée : créer un carrefour technique, technologique et humain, avec un vrai village partenaire, et non un évènement à tendance commerciale.
L’entretien couvre un large spectre de sujet et n’hésite pas à rentrer dans la mécanique de développement. En organisant ces journées dédiées aux mécaniques natives du Cloud, l’équipe a surtout voulu traduire la diversité de l’audience en diversifiant les formats : des talks courts, des retours d’expérience plus longs, et des sessions plus profondes. « On n’est pas dans une démarche où les partenaires viennent partager leur roadmap/ Ici, l’objectif est plutôt d’échanger tous ensemble d’un point de vue expertise et retour d’expérience » déchiffre nos invités.
Et de revenir sur ce que signifie “cloud native”, loin du mot-valise. Ils parlent de résilience, de mise à l’échelle, d’“auto-résilience”, mais aussi d’un duo très terrain : “l’observabilité et la portabilité”. Avec une idée centrale : « les applications peuvent être mises n’importe où… y compris on-prem », et donc passer d’un environnement à l’autre sans douleur.
Ils insistent également sur les plénières, pensées comme une entrée en matière. Avec des invités prestigieux comme Ricardo Rocha du CERN qui reviendra sur l’IA au sein d’une infra comme celle du CERN. La DINUM répond aussi présente à l’appel pour montrer que, derrière l’image parfois “lourde” des administrations, « techniquement, il y a vraiment des choses très sérieuses qui se font ». Et l’open source n’est pas un slogan, il est omniprésent lors de ces journées et dans les grandes entreprises qui y témoignent comme EDF, Orange ou France Travail.
Un écosystème open source regardé sans angélisme. Ils évoquent les “remous” autour des changements de licence, avec l’exemple HashiCorp/Terraform, et les réponses de l’écosystème. Le contraste avec les suites propriétaires est posé très directement : quand l’éditeur change les règles, « là on est pieds et poings liés ». Avec l’open source, « on peut changer le cours des choses ». Et ils rappellent le rôle stabilisateur des fondations (CNCF, Linux Foundation, Apache) dans cette gouvernance.
De quoi forcément faire glisser la discussion vers les grands thèmes du moment que sont l’autonomie numérique, la souveraineté et nos dépendances. Les organisateurs assument leur préférence : “nous, on parle d’autonomie numérique”, parce que “souveraineté… c’est plutôt un terme étatique aussi, et plus politique”. Et surtout, ils mettent des leviers très opérationnels sur la table : multi-fournisseurs, redondance, PRA/PCA, gouvernance open source… bref, tout ce qui permet de rester “maîtres de notre destin”.
Enfin, l’entretien ne fuit pas les sujets qui fâchent. L’exemple Broadcom/VMware sert de cas d’école du verrouillage subi avec des entreprises rattrapées par un changement de stratégie, de prix et de contraintes. Une punchline résume l’approche : « quand on commence un projet, on essaye de réfléchir à des options de sortie… C’est un peu comme quand on se marie, on réfléchit déjà au divorce ».
Et quand arrive la “question piège” sur certaines offres dites souveraines, la réponse est assumée, tout en étant nuancée : « encourager les acteurs français et européens », sans oublier qu’aucun écosystème n’est « totalement indépendant ».





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