Alphabet, la maison mère de Google, a clôturé son année 2025 sur des résultats qui mêlent performance opérationnelle et ambitions financières hors norme. Porté par un Google Cloud en forte accélération, le groupe a dépassé les attentes de Wall Street et annoncé un bond spectaculaire des investissements pour 2026 afin d’alimenter ses projets d’intelligence artificielle.
Google va très bien. Vous n’étiez pas inquiet pour le groupe et nous non plus. N’empêche. Sur l’ensemble de l’année 2025, Alphabet/Google franchit pour la première fois le cap des 400 milliards de dollars de chiffre d’affaires (402,8 milliards) ! Le résultat net grimpe à 132,2 milliards, avec une marge opérationnelle qui reste stable à 32 % malgré le gigantisme des investissements d’infrastructure.
Un quatrième trimestre dopé par l’IA et le cloud
Le groupe reste d’abord une machine publicitaire mondiale (la pub c’est un CA de 294,7 milliards de dollars chez Alphabet, soit environ 73,2 % du chiffre d’affaires total du groupe), mais il dispose désormais un second moteur crédible avec Google Cloud, tandis que l’IA devient le fil conducteur de toute la stratégie, de la recherche aux infrastructures.
Le dernier trimestre 2025 confirme l’accélération de cette dynamique. Alphabet affiche un chiffre d’affaires trimestriel de 113,8 milliards de dollars pour la seule période octobre-décembre, en hausse de 18% par rapport au quatrième trimestre 2024. Le bénéfice net trimestriel bondit de 30% à 34,46 milliards de dollars.
Mais c’est bien Google Cloud vole la vedette aux autres activités du groupe. La division Cloud enregistre une croissance de 48% pour atteindre 17,7 milliards de dollars au quatrième trimestre, plaçant le groupe sur une trajectoire annuelle dépassant les 70 milliards de dollars. Plus impressionnant encore : la marge opérationnelle du cloud bondit à 30,1%, contre 17,5% un an plus tôt. Cette montée en rentabilité rapproche Google Cloud des standards de ses concurrents historiques AWS et Microsoft Azure.
« Le carnet de commandes a progressé de 55% d’un trimestre sur l’autre pour atteindre 240 milliards de dollars, reflétant une large base de clients, portée par la demande en produits d’IA » souligne Sundar Pichai.
Cette demande se traduit concrètement : près de 75% des clients Google Cloud utilisent désormais la pile technologique intégrée d’IA du groupe, comprenant puces TPU, modèles Gemini et plateformes dédiées. Plus révélateur encore, les clients qui adoptent ces solutions d’IA consomment en moyenne 1,8 fois plus de produits que ceux qui ne le font pas, créant un effet multiplicateur sur les revenus.
Gemini s’impose comme le fer de lance de la stratégie IA
L’année 2025 a vu le lancement de Gemini 3, que Sundar Pichai qualifie de « jalon majeur ». L’application Gemini revendique désormais plus de 750 millions d’utilisateurs actifs mensuels, en progression de 100 millions par rapport au trimestre précédent. Google a par ailleurs vendu plus de 8 millions de licences Gemini Enterprise en seulement quatre mois d’existence.
Au-delà des chiffres d’adoption, c’est l’efficacité opérationnelle qui impressionne. « À mesure que nous montons en échelle, nous gagnons considérablement en efficacité », explique le PDG. « Nous avons réussi à réduire les coûts unitaires de traitement de Gemini de 78% au cours de l’année 2025 grâce aux optimisations de modèles et aux améliorations d’efficacité et d’utilisation. »
Cette progression technique permet à Alphabet d’offrir un portefeuille de modèles le plus étendu du secteur, dominant les classements LMArena dans les catégories texte, vision et image-vers-vidéo. L’entreprise traite désormais plus de 10 milliards de tokens par minute via accès API direct, contre 7 milliards le trimestre précédent.
630 milliards de dollars : la guerre des infrastructures s’intensifie
Les dépenses d’investissement pour 2026 cristallise bien l’ampleur de la bataille technologique en cours. Alphabet prévoit d’investir entre 175 et 185 milliards de dollars en 2026, soit un quasi-doublement par rapport aux 91,4 milliards dépensés en 2025. Ces sommes colossales serviront à construire des centres de données, acquérir des serveurs et développer les capacités de calcul nécessaires à l’entraînement des modèles d’IA. Anat Ashkenazi, directrice financière, précise que : « Nos dépenses d’investissement iront vers la capacité de calcul IA pour Google DeepMind et pour répondre à la forte demande client dans le cloud, ainsi que pour des investissements stratégiques dans Other Bets. »
Elle ajoute qu’environ 60% des investissements concerneront les serveurs, les 40% restants étant destinés aux centres de données et aux équipements réseau.
Cette stratégie s’inscrit dans une course technologique sans précédent. Amazon annonce 200 milliards de dollars d’investissements, Meta entre 115 et 135 milliards, et Microsoft maintient un rythme similaire. Au total, les quatre hyperscalers américains s’apprêtent à dépenser plus de 630 milliards de dollars en 2026 – une somme comparable au PIB de la Suède.
Pourtant, comme son concurrent Microsoft, malgré ces investissements massifs, les capacités restent limitées face à la demande. « Nous avons été contraints par l’offre, même en augmentant notre capacité », reconnaît Sundar Pichai. « Notre dépense en CapEx cette année anticipe l’avenir, mais il faut garder à l’esprit que les délais de la chaîne d’approvisionnement s’allongent. Je m’attends à ce que nous traversions l’année 2026 dans une situation de contraintes d’approvisionnement. ». De quoi provoquer, à l’instar de Microsoft, des soubresauts en Bourse, les investisseurs pesant l’ampleur des dépenses futures face aux bénéfices à court terme.
Pour financer cette montée en puissance, Alphabet a lancé une offre obligataire en sept tranches, une opération qui reflète la transformation des géants technologiques en emprunteurs fréquents pour soutenir des dépenses d’infrastructure massives. Les investisseurs ont répondu, mais la manœuvre alimente aussi le débat sur la capacité du secteur à convertir ces investissements en profits suffisants pour rembourser la dette.
Other Bets : entre ambitions et pertes assumées
L’activité Other Bets, regroupant les projets d’innovation comme Waymo (véhicules autonomes) et Verily (sciences de la vie), affiche une perte de 3,61 milliards de dollars au quatrième trimestre, une dégradation de plus de 200% sur un an. Cette augmentation s’explique essentiellement par une charge de rémunération en actions de 2,1 milliards de dollars liée à la valorisation de Waymo à 16 milliards de dollars lors d’une nouvelle levée de fonds.
Waymo poursuit néanmoins son expansion, franchissant le cap des 20 millions de trajets entièrement autonomes et fournissant désormais plus de 400 000 courses hebdomadaires. Le service s’étend à six marchés américains, dont le lancement récent à Miami, avec des projets d’expansion au Royaume-Uni et au Japon.





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