Le cloud n’est pas cher par nature : il devient cher quand personne ne se sent propriétaire de la facture. Mettez les développeurs dans la boucle, avec une visibilité exploitable, et le gaspillage commence à reculer. Une culture FinOps élargie aux développeurs, renforcée par l’IA et l’automatisation, transforme la dépense en décision.
Le cloud reste le poste de dépense le plus lourd pour les entreprises : 69 % des responsables IT le confirment dans une étude Gartner. Pourtant, maîtriser ces coûts reste un défi, et une grande partie des dépenses est purement superflue. Selon le rapport FinOps Focus 2025, certaines organisations mondiales s’apprêtent même à dépenser des milliards cette année… souvent sans réelle stratégie d’optimisation. Pourquoi ? Parce que les silos freinent l’efficacité : la communication entre les équipes FinOps et les développeurs n’est pas fluide, et les ingénieurs logiciels sont souvent impliqués trop tard dans les initiatives d’optimisation des coûts. Dans un contexte où il faut faire plus avec moins, ne pas maîtriser la facture cloud n’est plus une option. La clé réside dans un véritable changement culturel. Donner aux développeurs la responsabilité et la visibilité nécessaires, fluidifier la collaboration entre équipes, rendre la consommation cloud plus transparente pour tous. Voilà ce qui permet de passer d’un cloud perçu comme un simple poste de dépense incontrôlé à un outil efficace pour piloter les coûts. Les entreprises y gagnent en visibilité, peuvent mieux aligner leurs investissements et prendre des décisions éclairées sur leur infrastructure.
Une partie du défi vient de la perception des développeurs au sein des organisations. Même si beaucoup souhaitent davantage de contrôle et de responsabilités pour contribuer à la performance économique de l’entreprise, ils sont souvent écartés, supposés moins légitimes. La majorité des équipes considère encore que l’optimisation des coûts cloud relève exclusivement des équipes FinOps ou des services IT, historiquement en charge des budgets. Dans les faits, 55 % des développeurs admettent ne pas se sentir concernés par la gestion des dépenses, et seulement 35 % citent la rentabilité du cloud comme un indicateur clé de succès. Cette vision cloisonnée prive les entreprises d’un levier stratégique majeur.
Un manque de visibilité pour les développeurs
Autre défi : même si les développeurs veulent assumer davantage de responsabilités, leur visibilité sur la consommation cloud reste souvent partielle. La situation se complique encore lorsque l’entreprise utilise plusieurs fournisseurs cloud, chacun avec ses modèles de tarification et de facturation, rendant difficile une vue d’ensemble par équipe ou par service. Ces enjeux créent des frictions entre équipes, obligeant à justifier des dépenses imprévues et compliquant l’identification des sources réelles de gaspillage. Seuls 43 % des développeurs disposent d’une vision complète des ressources inactives, 39 % sont capables de suivre les ressources inutilisées, et 33 % ont une visibilité sur les workloads sur – ou sous-provisionnés, pourtant des indicateurs cruciaux pour la rentabilité. Sans ces informations précises, 55 % des développeurs admettent que leurs décisions d’achat reposent souvent sur des hypothèses. Par précaution, ils tendent à sur-provisionner pour assurer la continuité des applications, ce qui laisse pendant plusieurs semaines des ressources surdimensionnées ou inutilisées, générant un gaspillage financier important.
Des développeurs impliqués sur le tard
Les développeurs peinent en outre à s’impliquer dans l’optimisation des coûts car ils interviennent souvent trop tard dans le processus. 52 % des responsables Engineering indiquent que leur organisation se concentre sur l’optimisation une fois les applications en production, plutôt que pendant le développement. Cette approche rend le contrôle des coûts réactif et risqué. Une fois les inefficacités détectées, les équipes doivent choisir entre accepter les pertes d’une architecture sous-optimale ou lancer une refactorisation complexe et risquée en production. Dans les deux cas, le risque de perturbations, de gaspillage de ressources et de surcoûts reste élevé. Or, les entreprises passent à côté d’une opportunité clé pour améliorer leur efficacité. Les dépenses cloud font désormais partie intégrante du cycle de vie du développement logiciel (SDLC). Les développeurs, grâce à leur connaissance fine des applications, sont les mieux placés pour identifier dès les premières phases les leviers d’économie. En les intégrant dès le départ, les entreprises peuvent déployer un processus plus efficace, orienté performance et maîtrise des dépenses.
Une transformation culturelle nécessaire
Les dépenses cloud obligent les entreprises à repenser leur approche. Pour être efficaces, les développeurs doivent avoir une visibilité claire sur la consommation et l’allocation des ressources, et pouvoir agir dès les premières phases de développement.
L’IA facilite cette transition en analysant les usages, en recommandant des ajustements et en redimensionnant automatiquement l’empreinte cloud selon la demande. Intégrée au SDLC, elle fournit des données financières en temps réel, permettant aux développeurs de concevoir de manière rentable dès la phase de conception, plutôt qu’après le déploiement. Et les équipes de développement reconnaissent son potentiel : 86 % estimant que l’IA peut réellement améliorer leur capacité à optimiser les coûts.
Il est crucial de transformer la culture d’entreprise pour rapprocher développeurs et équipes FinOps. Les développeurs doivent être responsabilisés, capables de suivre et d’optimiser les dépenses cloud, tout en comprenant l’impact direct de leurs choix architecturaux sur la performance et les résultats financiers. L’avenir de la maîtrise des coûts cloud repose sur un véritable partage des responsabilités : les équipes finance, produit et ingénierie disposant des mêmes données sur la consommation ainsi que sur les inefficacités et collaborant parfaitement pour éliminer les dépenses inutiles.
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Par Yannis Belkebla, Vice-Président Régional chez Harness





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