Start-up nation en panne, souveraineté numérique fragile, dépendance numérique… Où en est, en ce début d’année 2026, l’innovation en France ? Pour répondre à cette question, Laurent Legendre, Président de Techinnov, est notre premier Grand Témoin de l’année.

Guy Hervier reçoit cette semaine Laurent Legendre, président de Techinnov et directeur régional Île-de-France chez Airbus Développement. Deux casquettes au cœur d’un même sujet brûlant pour les DSI : comment connecter efficacement grands groupes et startups pour accélérer l’innovation, dans un contexte France 2030 et de compétition mondiale avec les États-Unis et la Chine.

L’occasion de revenir sur le rôle phare du Salon Techinnov mais aussi de parler des rapports entre les DSI et l’innovation ou encore de tracer un bilan à mi-parcours de l’initiative « France 2030 » et de notre « start-up nation ».

 

 

Techinnov fête en 2026 ses 20 ans au Parc Floral de Paris et s’impose plus que jamais comme le rendez-vous business de l’innovation en France : une journée 100 % orientée deals, avec près de 8 000 rendez-vous d’affaires programmés, plus de 2 000 participants et plusieurs centaines d’entreprises innovantes, sous le haut patronage du président de la République et dans le cadre de France 2030. Pour les DSI, c’est un guichet unique pour sourcer des solutions en greentech, transformation numérique, healthtech, agri/foodtech, défense & sécurité et Tech’2030, avec un village numérique structuré autour des grands enjeux data, IA, cloud, cybersécurité et industrie 4.0.
Le cœur du dispositif reste inchangé : faire du business. « C’est la marque de fabrique de Techinnov, c’est justement ce matching, ces rencontres B2B, structurées, pré-programmées, entre des startups et leurs futurs clients, qui sont les directeurs de l’innovation, des corporate du CAC 40 essentiellement », explique-t-il. En une journée, une start-up repart typiquement avec « une quinzaine de rendez-vous réalisés » grâce à des agendas calés à l’avance.

Mais Techinnov a aussi changé d’échelle et de positionnement. Quand il prend la présidence, Laurent Legendre estime qu’il faut « trouver un nouveau positionnement stratégique pour ce salon ». Le déclic vient en 2021 : « J’ai entendu Emmanuel Macron annoncer France 2030 en octobre 2021. Et je me suis dit, c’est ça qu’il faut comme positionnement. » Il ira voir Bruno Bonnel pour obtenir que l’événement devienne « le salon de France 2030 », avec à la clé le haut patronage de la présidence de la République. « Depuis 4 ans maintenant, nous sommes sur cette thématique qui fonctionne bien, avec des villages thématiques sur les thématiques de France 2030. »

Au-delà de Techinnov, Laurent Legendre analyse surtout la santé réelle de la Startup Nation et de l’ambitieux programme France 2030 : il distingue les financements d’amorçage – abondants côté État – et le manque criant de capital en fonds propres pour faire émerger des champions mondiaux. « La difficulté, c’est de se financer en fonds propres », prévient-il. « On a un problème de financement en fonds propres en France, peut-être un peu en Europe, qui est lié au fait que l’épargne en France n’est pas drainée vers le financement des entreprises. Et ça, c’est catastrophique. »

Pour lui, « mettre 10 milliards par an, ça ne peut pas être négatif », mais l’enjeu est désormais d’orienter massivement l’épargne privée vers l’innovation pour faire émerger de véritables champions européens.

Il met en perspective ce diagnostic avec le rapport Draghi sur le risque de déclassement de l’Europe et la nécessité d’investir des centaines de milliards d’euros par an dans l’innovation, en réorientant l’épargne européenne vers les entreprises.

Face aux géants américains et chinois, la partie n’est pas perdue, à condition d’agir vite et fort. Laurent Legendre rappelle que « les technologies développées par Arthur Mensch, elles n’ont rien à envier » à celles des acteurs américains, mais que le différentiel se joue sur la puissance de feu financière, la capacité à financer sur la durée et la valorisation des ingénieurs pour éviter la fuite des talents. Malgré tout, il se dit « optimiste de nature » : « Je pense que si on redonne les bonnes orientations, on a tout l’outil qui permet de se retrouver dans la bonne position. »

Enfin, en tant que dirigeant d’Airbus Développement, filiale de développement économique d’Airbus qui accompagne chaque année plusieurs dizaines de start-up et PME innovantes partout en France, souvent au plus près des sites industriels du groupe, il partage une vision très terrain : comment un grand industriel peut jouer un rôle d’amorçage, de label et de mise en relation pour renforcer les territoires, soutenir les filières France 2030 et offrir aux DSI des écosystèmes d’innovation plus matures et mieux financés

Une discussion à la croisée des préoccupations des DSI : souveraineté, innovation utile, financement et capacité à faire émerger enfin des champions européens du numérique et de l’industrie.

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