Record historique…. Avec 110 milliards de dollars levés, une valorisation de 730 milliards avant opération et 840 milliards après, le créateur de ChatGPT signe un tour de table hors norme qui redessine le fonctionnement du pionnier de l’IA générative, sa chaîne de valeur et l’écosystème du cloud de l’IA. Car bien plus que le montant, cette levée installe Amazon comme partenaire industriel et commercial de premier plan d’OpenAI, tout en laissant à Microsoft certaines des clés les plus sensibles du dispositif. Décryptage…
Le nouveau tour de table orchestré par OpenAI est exceptionnel à deux titres.
D’abord par sa taille : 110 milliards de dollars. Un montant jamais vu pour une entreprise non cotée et qui dépasse très largement le précédent tour d’OpenAI, qui portait sur 40 milliards de dollars en mars 2025 pour une valorisation de 300 milliards.
Au total, depuis sa création, OpenAI a donc levé 170 milliards de dollars ! Et 170 milliards c’est le montant total des levées de fonds que les startups américaines avaient réalisées en 2023, avant le boom de l’IA ! C’est dire à quel point le montant est historique. Il porte la valorisation à 840 milliards de dollars plaçant la jeune pousse de l’IA sur la trajectoire d’une introduction en bourse (attendue fin 2026) à 1000 milliards de dollars !
Pour expliquer en partie ce montant, OpenAI annonce une demande toujours en forte accélération, avec plus de 900 millions d’utilisateurs hebdomadaires de ChatGPT, plus de 50 millions d’abonnés grand public payants et plus de 9 millions d’utilisateurs business payants.
Ensuite par son profil : il ne repose pas sur du capital-risque classique, mais sur des industriels qui achètent à la fois une position financière et un accès privilégié à la prochaine couche d’infrastructure IA.
Dans ce tour, Softbank apporte 30 milliards de dollars supplémentaires à ceux déjà insufflés dans le précédent tour de table (portant son investissement total à un peu moins de 65 milliards de dollars pour environ 13% de parts de l’entreprise) et Nvidia met sur la table 30 milliards de dollars (permettant au passage à OpenAI de sécuriser 3 gigawatts de capacité dédiée à l’inférence et 2 gigawatts supplémentaires pour l’entraînement sur les futurs systèmes Vera Rubin). Mais ce que l’on doit surtout retenir c’est qu’Amazon apporte jusqu’à 50 milliards de dollars, dont 15 milliards immédiatement et 35 milliards supplémentaires sous conditions.
Des alliances complexes et très imbriquées
Au-delà des montants, le vrai sujet est le contrat qui accompagne ce chèque. OpenAI et AWS élargissent leur accord existant de 38 milliards de dollars avec 100 milliards additionnels sur huit ans. OpenAI s’engage aussi à consommer environ 2 gigawatts de capacité sur les puces Trainium d’AWS. Amazon ne se contente pas d’investir dans un champion de l’IA, il s’assure très concrètement que la croissance d’OpenAI tirera sa propre infrastructure, ses puces maison et sa plateforme cloud.
Le partenariat va plus loin qu’un simple contrat de capacité. AWS et OpenAI vont co-développer un “Stateful Runtime Environment”, autrement dit un environnement d’exécution avec mémoire de contexte, disponible via Amazon Bedrock pour animer l’IA agentique. AWS devient aussi le distributeur cloud tiers exclusif d’OpenAI Frontier, la plateforme d’entreprise d’OpenAI pour construire, déployer et administrer des agents IA.
Enfin, OpenAI et Amazon prévoient de développer des modèles adaptés aux applications grand public d’Amazon (Alexa Plus).
Concrètement, Amazon obtient donc trois leviers d’un coup pour son investissement : de la consommation de compute sur AWS, de la distribution et de la différenciation produit.
Faut-il y voir un désaveu de Microsoft, le grand partenaire Cloud historique d’OpenAI, qui possède 27% des parts du créateur de ChatGPT ? Pas à ce stade. OpenAI et Microsoft ont publié le même jour un rappel public : la licence exclusive de Microsoft sur la propriété intellectuelle d’OpenAI ne change pas, le partage de revenus ne change pas, Azure reste le fournisseur cloud exclusif des API “stateless” d’OpenAI, et tout appel API découlant d’une collaboration avec un tiers, Amazon compris, continuera d’être hébergé sur Azure et donc de rapporter des sous à Microsoft. Les produits “first party” d’OpenAI, y compris Frontier, restent eux aussi hébergés sur Azure même si Amazon en est le distributeur exclusif ! Microsoft conserve donc le cœur contractuel, la couche API et une partie déterminante de l’économie du modèle.
Néanmoins, OpenAI poursuit par ce nouveau partenariat sa quête d’indépendance. Jusqu’ici, Microsoft était à la fois le partenaire financier, le partenaire cloud et la rampe d’accès enterprise d’OpenAI. Avec cette levée, OpenAI commence à répartir les rôles. Microsoft reste la colonne vertébrale commerciale et juridique. Amazon devient un accélérateur industriel et un nouvel accès au marché via Bedrock et Frontier. Nvidia, de son côté, reste central sur le calcul de pointe.
Et bien évidemment, la lecture du marché s’en trouve affectée. OpenAI n’est plus seulement un fournisseur de modèles adossé à Azure. Il devient une plateforme multi-partenaires, capable de vendre via son propre canal, via Microsoft et désormais via AWS certaines briques. C’est une bonne nouvelle pour la résilience et la négociation commerciale. C’est aussi une complexité supplémentaire en matière de gouvernance : qui héberge quoi, où passent les flux API, quelle pile technique engage le plus fort verrouillage, et à quelles conditions économiques dans la durée ? Mais au-delà de ces questions très opérationnelles que les DSI ne manqueront pas de se poser, beaucoup s’interroge sur le fragile château de cartes d’interdépendances que le Cloud de l’IA américain est en train d’assembler. Car Amazon est aussi le principal partenaire technologique et financier d’Anthropic. Et Microsoft a également investi dans Anthropic et ouvert nombre de ses services aux modèles du premier concurrent d’OpenAI.
Au final, avec cette levée record, OpenAI s’achète du temps, de la valorisation et un changement de stature. L’éditeur semble vouloir désormais devenir l’équivalent d’un fournisseur d’infrastructure logicielle globale pour l’IA générative et agentique, avec plusieurs tuyaux, plusieurs fournisseurs de calcul et plusieurs portes d’entrée vers l’entreprise. Microsoft n’est pas évincé. Amazon n’est pas figurant. Et OpenAI s’offre une position dominante sans dépendre d’un seul partenaire dominant. Reste qu’au passage, il crée de nombreuses interdépendances : si la firme s’effondre, les répercussions seront nombreuses sur le marché américain mais affecteront lourdement Microsoft, Amazon, Softbank et Nvidia…
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OpenAI signe avec l’armée Américaine
Parallèlement à l’annonce de la levée de fonds, OpenAI confirme avoir trouvé avec le Pentagone un terrain d’entente juridiquement solide alors que l’armée américaine s’est fâchée avec Anthropic dont elle exploitait jusqu’ici les modèles. L’accord annoncé le 28 février ne porte pas sur une IA “sans garde-fous”, mais sur le déploiement de modèles avancés propres à l’armée américaine dans des environnements classifiés, avec trois interdits affichés : pas de surveillance domestique de masse, pas de pilotage autonome d’armes létales, pas de décisions automatisées à fort enjeu sans validation humaine. OpenAI insiste sur un point : ses modèles resteront fournis en mode cloud-only, c’est-à-dire sans déploiement en périphérie sur des systèmes embarqués, afin d’éviter leur intégration directe dans des armes autonomes. Autre verrou revendiqué, la pile de sécurité (filtres, classifieurs, mécanismes d’alignement) reste opérée par OpenAI, avec des ingénieurs habilités dans la boucle. Le contrat renvoie aussi explicitement au droit et aux directives américaines en vigueur sur la surveillance, le renseignement et le contrôle humain des systèmes autonomes ; OpenAI précise même que ces références sont figées dans l’accord, pour éviter qu’un futur assouplissement réglementaire ne vide les garde-fous de leur substance.
En clair, OpenAI présente ce contrat comme un compromis : accepter l’entrée de ses modèles dans le champ militaire, mais en tentant d’en borner l’usage par l’architecture technique, par le contrat et par une supervision humaine permanente.
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