C’est officiel : les PC Android, officiellement baptisés « Googlebook » pour la catégorie et « Googlebooks » au pluriel pour les machines, seront les grandes stars du Google I/O 2026 qui ouvrira ses portes la semaine prochaine. Google en a livré un très court aperçu hier soir à l’occasion de son Android Show, diffusé sur YouTube. Juste de quoi faire monter le buzz. Mais Microsoft et Apple peuvent déjà s’inquiéter…

Quinze ans après avoir inventé le Chromebook pour un monde « cloud-first », Google veut réinventer l’ordinateur portable pour un monde « AI-first ». Ou plutôt Gemini-first. Comme le résume Alex Kuscher, Senior Director Laptops & Tablets chez Google, l’enjeu n’est plus de passer d’un système d’exploitation à un autre, mais « d’un système d’exploitation à un système intelligent ».
Traduction : le PC n’est plus seulement une machine qui lance des applications, mais un environnement capable de comprendre ce que l’utilisateur regarde, manipule, cherche à faire… et de proposer et même concrétiser l’action suivante.

Le Googlebook se présente comme un OS hybride, mariage entre la pile technique Android et l’héritage ChromeOS, le tout dopé à Gemini. « C’est une nouvelle catégorie de portables conçue autour de l’aide de Gemini, qui s’intègre parfaitement aux appareils qui vous entourent et qui repose sur du matériel premium », résume Alex Kuscher.

La force de Googlebook (et de son OS qui répond au nom de code Aluminium OS) est d’être construit sur la pile Android. Ce qui lui offre une cohérence native avec les smartphones, les tablettes, les montres connectées, les écrans TV, les lunettes de réalité mixte et même les voitures (avec Android Auto), autant d’appareils du quotidien animés avec le même socle. Idéal pour créer de nouvelles interactions et poursuivre une même expérience d’un périphérique à l’autre.

Son principal atout, c’est d’avoir été pensé dès le départ pour l’IA et pour Gemini Intelligence sans être réellement freiné par un existant, ni par une base d’utilisateurs récalcitrantes au changement (et à laquelle Microsoft ne cesse de se confronter). Une liberté dont Google semble avoir su profiter. Gemini Intelligence n’est pas un raccourci ou un ajout. C’est la fondation sur laquelle repose l’ergonomie des Googlebooks. La couche d’IA personnelle et agentique qui va envahir les smartphones Android dans les prochains mois infuse ici tout le système et tout son écosystème applicatif.

Pour être francs, l’annonce de hier soir soulève plus de questions qu’elle n’en répond. Néanmoins, Google a toutefois dévoilé dans son teasing de quoi aiguiser la curiosité des observateurs de la Tech que nous sommes. Voici ce qui nous a marqué…

Gemini Intelligence dégaine un pointeur magique

Quand on part d’une feuille (presque) blanche, on peut tout réinventer. Même le pointeur de la souris ! La fonctionnalité la plus disruptive s’appelle Magic Pointer. Co-construit avec les équipes Google DeepMind, ce curseur intelligent affiche des suggestions contextuelles dès qu’on secoue un peu la souris. On pointe une date dans un email, il propose de créer une réunion. On sélectionne deux images, il suggère de les comparer, de les combiner ou de les utiliser dans une création. « Pour l’outil le plus utilisé sur un portable, le curseur n’a quasiment pas évolué depuis l’invention du clic droit. Nous changeons ça », explique Alex Kuscher.

Le Vibe Coding s’infiltre au cœur de l’expérience Desktop

Googlebook n’est pas qu’un PC sous Android. C’est surtout une réinvention du Desktop pour l’ère de l’IA. Si le pointeur magique est la fonction probablement la plus marketing et visuelle de ce nouvel OS, celle qui transformera réellement le plus le quotidien, en entreprise comme à la maison, est bien plus probablement le Vibe Coding des Widgets. Avec la fonction « Create your Widget », l’utilisateur décrit ce qu’il veut et Gemini fabrique un widget personnalisé en allant chercher des informations sur le Web, dans Gmail, Calendar ou d’autres applications Google. Préparer un voyage, suivre un projet, agréger des réservations, fabriquer un mini-tableau de bord familial ou professionnel agrégeant des données disparates : c’est du vibe-coding domestiqué pour le Desktop. On entre dans l’ère de l’utilisateur qui se fabrique sans programmer l’app dont il a besoin, au moment où il en besoin… en quelques mots.

 

Android monte sur le bureau

Le vrai sujet est moins matériel que stratégique. Googlebook réunit Android, l’immense catalogue applicatif Google Play, l’expérience Chrome intégrale (celle de Chrome sous Windows ou ChromeOS avec toutes les extensions) et Gemini Intelligence dans une même logique.

Et, selon Google, cette base Android doit accélérer l’innovation et mieux relier smartphone et ordinateur. Le Googlebook prolonge l’expérience smartphone : applications Android exécutables directement depuis le laptop, accès aux fichiers du téléphone via Quick Access (« plus besoin de transferts », promet Kuscher), continuité d’usage entre les deux écrans. Une réponse frontale à l’écosystème Apple, où la continuité iPhone/Mac règne depuis dix ans.

John Maletis, VP Product Management chez Google, explique que l’éditeur ne voulais pas faire de l’IA « une greffe », mais l’amener « au cœur du système d’exploitation ». Autrement dit, Google ne veut pas seulement concurrencer Windows ou macOS. Il veut déplacer le centre de gravité du PC vers l’écosystème Android, où il dispose déjà des applications, des comptes, des données, du mobile tout en profitant de la réinvention des applications, des usages et des ergonomies, induite par l’arrivée de l’IA agentique.

Le Chromebook a-t-il déjà un pied dans la tombe ?

Officiellement, non. Google assure rester engagé auprès des utilisateurs Chromebook existants et sur les 10 ans de support promis.
Les premiers Googlebooks arriveront probablement cet automne chez Acer, ASUS, Dell, HP et Lenovo (même si Google n’a officialisé aucune date), avec un positionnement premium, des matériaux soignés et une « glowbar » distinctive aux couleurs de Google. Ce qui devrait laisser encore un peu de marge sur l’entrée de gamme aux ChromeBooks. Mais en l’état du marché PC avec la pénurie de composant, il ne fait guère de doute que les constructeurs vont surtout désormais pousser les Googlebooks et liquider leurs stocks de ChromeBooks.

Une signature lumineuse distinctive

Revenons un instant sur cette « Glowbar » évoquée ci-dessus. Ce petit détail matériel en dit beaucoup sur la stratégie de Google pour son Googlebook. Posée sur le capot, cette barre lumineuse aux couleurs de Google joue d’abord le rôle de signature visuelle. À l’image de la pomme d’Apple ou du logo Surface chez Microsoft, elle doit suffire à identifier un Googlebook au premier coup d’œil, qu’on soit en réunion, en amphi ou au café du coin.

Mais elle raconte aussi autre chose : Google veut clairement détacher ses Googlebooks des Chromebooks d’entrée de gamme et les installer dans une catégorie à part : plus premium, plus soignée, plus assumée. Reste une question en suspens : cette Glowbar se contentera-t-elle de briller pour la galerie, ou Google lui confiera-t-il une vraie utilité ? Signaler l’activité de Gemini, l’arrivée d’une notification, le niveau de batterie, une interaction avec le smartphone Android… les pistes ne manquent pas. Pour l’instant, l’éditeur cultive encore le mystère. On en saura probablement plus la semaine prochaine. Mais une ne chose est sûre : dans un univers PC où toutes les machines finissent par se ressembler, cette discrète bande lumineuse pourrait bien devenir le sourire du Googlebook. Un gadget en apparence. Un marqueur d’identité en réalité.

Pourquoi Microsoft et Apple peuvent (déjà) trembler

L’annonce doit quand même faire couler quelques sueurs chez Microsoft. L’éditeur est en pleine crise Windows 11 focalisant ses efforts sur les fondations du système après avoir essuyer bien des revers en empilant maladroitement les couches Copilot pour finalement faire volte-face et retirer certaines fonctions Copilot de Windows face à la fronde de ses utilisateurs.
Même Apple a de quoi s’inquiéter alors que la marque empile elle les regards sur son Apple Intelligence. Google débarque avec une vision « AI-native by design » assumée et dont elle maîtrise absolument toutes les briques.
En outre, avec les cinq plus gros OEM mondiaux à bord, le Googlebook bénéficie d’un terrain de jeu déjà équivalent à Windows et déjà plus étendu que les Chromebooks.
Enfin, si le Chromebook avait conquis l’éducation et quelques flottes managées, le Googlebook vise dès le départ beaucoup plus haut : le segment des laptops premium, et donc le terrain de chasse historique des MacBook Pro et des Copilot+ PC.

Reste les grandes inconnues : prix, puces (on parie sur du 100% ARM mais qui sait ?), autonomie, compatibilité avec les Chromebooks actuels, place du vrai Chrome desktop et éventuelle arrivée d’un Pixelbook maison. Google vient de poser une pierre importante : après le PC personnel, le PC cloud et le PC Copilot+, voici le PC Android agentique.

L’IA réinvente tout… Elle est en passe de totalement réinventer l’univers PC… Et Google compte bien saisir l’occasion.

 

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