La startup Anthropic, connue pour son IA Claude, vient de boucler une Série H monstrueuse qui porte sa valorisation à 965 milliards de dollars. Dernier tour de piste avant l’entrée en Bourse ? Probable, mais pas écrit dans le marbre. Décryptage d’une ascension aussi fulgurante que vertigineuse.

Vous pensiez avoir tout vu côté démesure ? Depuis l’apparition de ChatGPT et des stars de l’IA, le concept même de démesure a changé d’échelle. Anthropic vient de boucler une Série H de 65 milliards de dollars, propulsant sa valorisation post-money à 965 milliards, soit un cheveu sous la barre symbolique du « trillion » (1000 milliards).

Retour express sur une trajectoire d’astéroïde. Tout commence en mai 2021 avec une Série A de 124 millions, emmenée par l’investisseur providentiel Jaan Tallinn, cofondateur de Skype. En 2022, la Série B de 580 millions est pilotée par… Sam Bankman-Fried et FTX, un parrainage devenu très encombrant après la faillite retentissante de la plateforme crypto. Puis débarquent les poids lourds : Amazon entre au capital en septembre 2023 (jusqu’à 8 milliards engagés à terme), Google suit, Lightspeed mène la Série E début 2025, ICONIQ orchestre la Série F de 13 milliards (à 183 milliards de valorisation) en septembre, puis GIC et Coatue cornaquent la Série G de 30 milliards (à 380 milliards en février 2026), avec Microsoft et Nvidia dans la barque. Au total, plus de 72 milliards levés en cinq ans sur 18 tours.

La Série H change toutefois de dimension. Co-pilotée par Altimeter, Dragoneer, Greenoaks, Sequoia, Capital Group, Coatue et D1, elle embarque aussi des fournisseurs stratégiques tels que Samsung, SK Hynix, Micron, pour sécuriser la mémoire dont les puces IA sont si gourmandes. Sur les 65 milliards, 15 proviennent d’engagements déjà actés des hyperscalers, dont 5 milliards d’Amazon.

Pourquoi cette ruée ? Les chiffres de la jeune pousse, née rappelons-le il y 5 ans et dont le premier produit a moins de 3 ans, donnent le tournis : un revenu en rythme annualisé qui a franchi les 47 milliards ce mois-ci, et un chiffre d’affaires trimestriel passé de 4,8 milliards au premier trimestre à 10,9 milliards projetés au deuxième, avec un premier bénéfice opérationnel annoncé de 559 millions sur le trimestre de juin.

Sauf que, la rentabilité mérite un astérisque géant. Il s’agit d’un profit EBITDA non-GAAP, sur un seul trimestre, opportunément dopé par un accord avec SpaceX et la reprise des serveurs Colossus à tarif réduit, pile sur les mois concernés. Bref, un bénéfice d’ingénierie comptable plus que de modèle économique : les coûts continuent de grimper au même rythme que les revenus.

En matière d’écosystème IA, l’annonce du jour est aussi un tsunami, que l’on voyait venir depuis quelques mois. Pour la première fois, Anthropic prend l’ascendant sur le pionnier de l’IA générative et créateur de ChatGPT, OpenAI ! Cette dernière a levé 122 milliards en mars à 852 milliards de valorisation, mais elle brûle toujours du cash : environ 14 milliards de pertes attendues en 2026. Anthropic double donc désormais son alter-égo concurrent aussi bien en valorisation qu’en résultats financiers.

Reste la question à 1 000 milliards : à quand l’introduction en Bourse ? OpenAI a déposé son dossier S-1 confidentiel le 22 mai, visant une cotation au quatrième trimestre 2026. Anthropic, elle, présente sa Série H comme son dernier tour privé. Reste à voir si le marché pourra absorber 3 IPO gigantesques (SpaceX, OpenAI, Anthropic) une même année ou si Anthropic connaîtra finalement une « Série I »…

 

____________________________

À lire également :

Claude Opus 4.8 : un modèle frontière qui réfléchit plus et bluffe moins

Anthropic s’associe aux géants de la Tech pour contrôler les dérives de sa future IA « Mythos »

Claude d’Anthropic séduit massivement les entreprises

Anthropic lève 30 milliards de dollars de plus et s’impose comme le rival n°1 d’OpenAI

Anthropic annonce une nouvelle levée de fonds XXL