Dans un long billet de blog, Microsoft promet un effort renouvelé pour améliorer la qualité et la performance de Windows 11. Nul ne doute que le système en ait besoin. En revanche, les équipes de Microsoft peuvent-elles vraiment tenir les promesses ? Et peuvent-elles revenir sur la politique d’ « enshitification », « d’emmerdification » qui guide l’évolution du système depuis près de six ans ?

Depuis son lancement, Windows 11 traîne un boulet que Microsoft a trop longtemps feint d’ignorer : pour beaucoup d’utilisateurs, le système n’a pas seulement changé, il s’est dégradé. Exigences matérielles jugées arbitraires, barre des tâches amputée de fonctions historiques, bugs à répétition sur les mises à jour diffusées automatiquement via Windows Update, Explorateur de fichiers poussif, des pop-ups publicitaires en faveur de Edge, Bing ou Microsoft 365, un login Microsoft obligatoire, une intégration forcée de OneDrive et une déferlante de fonctions IA pas toujours désirées : la lassitude s’est aujourd’hui transformée en irritation chronique. La confiance en Microsoft et son système s’est érodée. Et sur les réseaux sociaux et autres forums, la colère est montée crescendo ces derniers mois.

Pour comprendre ce profond malaise, un mot s’est imposé ces dernières années : enshitification. Le terme anglo-saxon a été forgé par Cory Doctorow en 2022 pour décrire la dégradation progressive des plateformes numériques sous l’effet de la recherche de « rente » : au départ, le service séduit les utilisateurs ; ensuite, il se réoriente pour mieux servir les clients professionnels et annonceurs ; enfin, il siphonne la valeur pour lui-même, au détriment de tout le monde.
En français, la traduction la plus parlante serait « emmerdification », ou « pourrissement mercantile ». Le terme a d’ailleurs circulé bien au-delà du web militant et s’est installé dans le débat public pour désigner la détérioration intentionnelle ou systémique de produits numériques devenus trop sûrs de leur position dominante. Et Windows 11 en est devenu l’un des exemples les plus parlants (même s’il n’est pas le seul).

Et c’est précisément ainsi que beaucoup ont fini par percevoir Windows 11 : non plus comme un OS au service de l’utilisateur, mais comme un carrefour de captation d’attention, de ventes de services et d’injonctions maison signées Microsoft. Un Windows qui veut vous pousser vers Edge, vous brancher sur Bing, vous attacher à OneDrive et vous glisser Copilot dans chaque interstice disponible. Autrement dit, un Windows moins pensé comme un environnement de travail que comme une surface de conversion commerciale aux services de la firme de Redmond et de ses partenaires.

Pour la toute première fois, Microsoft a, ce week-end, semblé vouloir adresser le malaise exprimé par sa communauté d’utilisateurs voire cette défiance devenue crise de confiance. Dans un billet au titre inhabituellement contrit, « Our commitment to Windows quality » (« Notre engagement pour la qualité de Windows »), Pavan Davuluri, le nouveau patron de la division Windows et Devices chez Microsoft, promet des changements testés d’abord chez les Windows Insiders dès mars et avril, puis un chantier plus large sur toute l’année autour de trois axes : performance, fiabilité et “craft”, autrement dit le soin apporté à l’expérience.

Sans émettre la moindre excuse, ni le moindre regret, Redmond admet donc, en quelque sorte, que Windows 11 a un problème de qualité perçue et de respect de l’utilisateur. Ce n’est pas un « mea culpa » mais ça y ressemble un peu. Pour autant, peut-on croire à un véritable tournant ou le « nettoyage » annoncé n’est-il qu’une façade ?

Avant de tenter de répondre à la question, voyons déjà les améliorations promises :

1. Repositionnement de la barre des tâches (vertical, haut, bas, côtés)

C’est la demande numéro un du Feedback Hub depuis cinq ans. Microsoft va réintroduire la possibilité de repositionner la barre des tâches en haut ou sur les côtés de l’écran, et promet aussi davantage de personnalisation, y compris une barre plus compacte.

Cela peut sembler anecdotique. Ce ne l’est pas. C’est même l’une des annonces les plus fortement symboliques. La barre des tâches verrouillée en bas était l’un des symboles les plus visibles du passage en force de Windows 11 : une régression imposée au nom d’une prétendue modernité. En revenant dessus, Microsoft semble enfin comprendre que la cohérence visuelle ne vaut pas la confiscation des habitudes de travail. C’est un petit changement fonctionnel, mais un énorme changement culturel. Une façon aussi d’envoyer un message clair : Microsoft écoute enfin.

2 – Copilot recule de quelques cases et restreint son inutile invasion

Si la première annonce était la plus symbolique, la seconde est la plus politique. Microsoft promet d’intégrer l’IA « là où elle a le plus de sens », apportant des expériences « significativement utiles et soigneusement conçues ». Serait-ce la fin des intégrations bancales et superflues ? Microsoft promet de réduire les points d’entrée Copilot dans Snipping Tool (capture d’écran), Photos, Widgets et Notepad.

L’entreprise reconnaît enfin qu’avoir mis de l’IA partout n’était pas une stratégie produit, mais un réflexe de marketing et « d’emmerdification ». Un recul qui pourrait ramener un peu d’air frais dans un Windows devenu démonstrateur commercial permanent de l’IA maison. On pourrait presque y voir un aveu implicite : l’IA imposée partout abîme plus l’expérience qu’elle ne l’enrichit.

l ne faut néanmoins par rêver. La stratégie IA reste la priorité n°1 du groupe. Les pressions internes ne manqueront pas de peser sur les équipes Windows et d’imposer la réintroduction de nouvelles fonctionnalités IA. Mais on peut espérer que la toute récente réorganisation de la division IA de Microsoft (avec une fusion des équipes Copilot grand public et des équipes Copilot dans Microsoft 365) sera guidée par des réflexions plus avisées sur les usages réels et la qualité de l’intégration. Deux priorités dont Microsoft n’a eu que faire jusqu’ici et qui sont, pourtant, au cœur des retards d’Apple sur l’IA par exemple.
La réalité, c’est que Microsoft a loupé son pari « Copilot ». Malgré l’omniprésence de Microsoft 365 et de Windows 11, ChatGPT, Claude et Gemini sont bien plus populaires et utilisés. La firme a acté cet échec et semble vouloir désormais prendre le temps de bien faire plutôt que de jouer la course à la nouveauté, inutile ou inutilisable.

3 – Windows Update : des mises à jour moins intrusives

C’est la promesse la moins spectaculaire et donc… la plus précieuse. Microsoft promet plus de contrôle sur les mises à jour avec par exemple la possibilité de les ignorer lors du setup initial, de redémarrer ou d’éteindre sans installation forcée, de prolonger la pause des updates, avec moins de redémarrages automatiques et une expérience plus lisible. La feuille de route évoque aussi un passage vers un seul redémarrage mensuel et des mécanismes de récupération intégrés en cas de problème.

Honnêtement, chez InformatiqueNews, il nous semble que la promesse de mises à jour plus fiables et moins perturbatrices est un « vœu pieux » qui revient cycliquement dans le discours des équipes Windows depuis Windows 95, comme une promesse récurrente jamais tenue.
Nous ne doutons pas que Microsoft puisse proposer un mécanisme plus prévisible : il le fait déjà pour Windows Server. Et ce qui est annoncé ressemble beaucoup à insuffler dans le Windows grand public ce qui existe déjà dans Windows Server et dans Windows 11 Enterprise. Pour autant, nous doutons que Microsoft puisse ici apporter la moindre garantie. Mais si au passage on gagne quand même plus de transparence et de fiabilité (comprenez moins de mauvaises surprises handicapantes) dans les mises à jour, ça sera déjà un mieux…

4 – Explorateur de fichiers plus rapide et plus fiable

Voilà qui marque un retour bienvenu aux fondamentaux. Microsoft parle à nouveau des expériences de base, des sensations d’usage. Bref, de l’amélioration du quotidien actuel et non simplement du futur. Le meilleur exemple est l’intérêt renouvelé pour l’expérience utilisateur de l’explorateur de fichiers. « L’Explorateur de fichiers est l’une des surfaces les plus utilisées sous Windows » rappelle Pavan Davuluri. Et on est bien content de l’entendre le dire. Microsoft promet ainsi un lancement plus rapide, moins de scintillement, une navigation plus fluide et des expériences plus réactives de recherche, de navigation et d’affichage des menus contextuels. Les opérations de copie et de déplacement de gros fichiers seront également améliorées.

C’est le type d’amélioration qui n’a rien de spectaculaire mais qui compte énormément au quotidien. La lenteur chronique de l’explorateur de fichiers sous Windows 11 est un irritant majeur ! On est à la fois curieux et impatient de voir si Microsoft pourra tenir cette promesse.

5 – Une réduction de l’empreinte mémoire

Microsoft compte s’attaquer à la consommation de ressources de base de Windows : réduction de l’empreinte mémoire, performances plus constantes même sous charge, et temps de lancement réduits pour les applications.

Honnêtement, Windows 11 est devenu inutilisable avec 8 Go de RAM, la quantité de RAM embarquée sur les machines à bas coût et sur le nouveau Macbook Neo d’Apple (où macOS se révèle fluide). Microsoft impose même 16 Go de RAM au minimum pour les Copilot+ PC.

Dans un monde où la mémoire est devenue une très onéreuse pénurie, alléger Windows s’impose comme une priorité si Microsoft veut éviter une migration massive des utilisateurs vers les Macbook Neo et les futurs Android PC. Il ne s’agit pas seulement de faire « sentir Windows plus léger ». Il s’agit de renouer avec le marché des machines à bas coût que Microsoft et ses partenaires ont complètement négligé depuis la crise COVID, ouvrant un boulevard à Apple et son Macbook Neo.
On notera quand même que les engagements de Microsoft en la matière restent très très vagues : pas de chiffres, pas de métriques, pas de détails sur les gains recherchés.

6 – Des Widgets et un flux Discover apaisés

« Les widgets doivent être utiles et pertinents, et non distrayants ou irritants » reconnait Pavan Davuluri. « Nous allons introduire des paramètres par défaut plus silencieux, un meilleur contrôle sur le moment et la façon dont les widgets apparaissent, ainsi qu’une personnalisation améliorée du fil Discover ».

Le panneau Widgets a été perçu dès le départ comme un vecteur publicitaire déguisé en fonctionnalité. Adopter un paramétrage par défaut plus silencieux est un pas dans la bonne direction, mais ne suffira pas. Surtout tant que la plateforme restera aussi fermée et que le contenu proposé restera essentiellement alimenté par des intérêts publicitaires plutôt que par les besoins réels de l’utilisateur.

7 – Amélioration du WSL (Windows Subsystem for Linux)

Sur le papier, cette annonce intéresse surtout les développeurs, parce qu’ils sont les premiers destinataires et utilisateurs de WSL (Windows Subsystem for Linux), cette couche qui permet d’exécuter différents Linux au cœur de Windows. Le WSL bénéficiera de performances fichiers améliorées entre Linux et Windows, de nouvelles accélérations GPU, d’une meilleure compatibilité réseau, d’un onboarding simplifié et d’une gestion d’entreprise renforcée.

Ainsi, une nouvelle version du driver dxgkrnl, la première depuis 4 ans,  fait son apparition dans WSL2. Elle permet notamment une accélération plus optimale des LLM et le support de plusieurs GPU.

Dans un monde d’IA (fait de scripts Python), de Cloud (où Linux sert de fondation), et d’apps multiplateformes, WSL est un argument clé du discours de Microsoft pour retenir les développeurs sur Windows face à macOS et Linux natif.

8 – Un programme Windows Insider refondé

Microsoft promet de clarifier le programme Windows Insider : des canaux mieux définis, des builds de meilleure qualité, davantage de contrôle sur les fonctionnalités à tester, et visibilité accrue sur l’impact des retours. Preuve de ce retour vers une communauté mieux dessinée et plus écoutée, le Feedback Hub reçoit sa plus grosse mise à jour depuis son lancement, avec une interface entièrement repensée.

Un programme Insider plus transparent pourrait contribuer à restaurer la confiance d’une communauté de fans Windows qui se sent trahie depuis longtemps. Reste qu’il paraît peu probable que le sentiment de servir de beta-testeurs involontaires pour des fonctionnalités non demandées risque de ne pas disparaître pour autant. Une chose est sûre : Microsoft a besoin de réparer sa relation avec sa base de « fans Windows ». Et Windows Insider est certainement un levier pour arriver.

9 – La fiabilité revient au centre… si seulement ça pouvait être vrai !

Pavan Davuluri écrit que « la fiabilité est le socle de la confiance » ! Comment ne pas être d’accord. Et comment ne pas y voir là la phrase la plus importante de tout son billet. Microsoft promet moins de crashes au niveau de l’OS, de meilleurs pilotes, des connexions Bluetooth, USB, caméra, audio et imprimantes plus stables, un réveil de machine plus cohérent, ainsi qu’un Windows Hello plus fiable en reconnaissance faciale et empreinte. Des engagements de « tuyauterie », invisibles dans les communiqués mais essentiels à l’usage. L’accumulation d’irritants banals a fini par donner l’impression que rien n’est vraiment fini dans Windows 11. Il est temps de mettre la course à l’enrichissement sur « Pause » et de soigner la fiabilité de l’existant. La promesse n’est pas nouvelle. Maintes fois Microsoft nous la vendue. Le problème est néanmoins complexe tant l’écosystème PC est la résultante d’une multiplicité de partenaires OEM au niveau des BIOS, des processeurs, des GPU, des cartes mères, des périphériques, etc. Ça a toujours été la force et la faiblesse de l’écosystème Windows. Un Windows plus fiable impose plus de rigueur non seulement chez Microsoft mais aussi chez tous les ISV et partenaires OEM de la firme. Le défi est énorme. Mais l’univers des Copilot+ PC sous ARM (les PC à base de Qualcomm Snapdragon X) a démontré que l’on pouvait disposer de plateformes Windows plus fiables et plus stables.

Est-ce un vrai début de dé-enshitification ?

Reste la grande question : « Assiste-t-on à un début de « désemmerdification » de Windows ? ». La question a un corolaire : « La société Microsoft en est-elle seulement capable ? ».
La réponse simple est « non, pas vraiment ».
Mais, un « néanmoins » s’impose.

Rien dans le billet de Pavan Davuluri ne nous promet que, par défaut, l’inutile ne sera pas installé, que l’on pourra de nouveau adopter un profil local sans se perdre dans une procédure complexe, que l’on ne se verra pas imposer par défaut Bing, Copilot, OneDrive, Folder Backup, etc. Nombre de grands « irritants » de Windows 11 ne sont pas abordés frontalement. Et rien dans les comportements récents de Microsoft ne suggère la moindre volonté de réduire et limiter les pratiques d’auto-préférence et certains réflexes commerciaux intégrés à l’OS.

Néanmoins, il serait injuste de balayer les annonces de Pavan Davuluri d’un revers de main. Ce qui est annoncé n’est pas de la « dé-enshitification » à proprement parler, mais ces promesses tendent à marquer un changement de direction dans le développement de Windows. Bien des annonces ne sont pas des indices cosmétiques : ce sont des signaux de correction de trajectoire. Ce billet montre que Microsoft, à défaut d’un « méa-culpa », vient au moins d’admettre que le diagnostic existait. Et c’est nouveau. Si les builds Windows Insider des prochaines semaines et des prochains mois nous livrent effectivement un Windows plus personnalisable, plus rapide, plus stable, plus fiable, plus calme, moins intrusif et plus respectueux des choix utilisateur, alors oui, on pourra parler du début d’une reconquête. Sinon, ce texte rejoindra la longue liste des promesses émises par Microsoft et jamais tenues.

Windows commencera à aller vraiment mieux le jour où Microsoft arrêtera de le traiter comme une vitrine de ces services et recommencera à le traiter comme un outil de base de notre quotidien… Peut-être est il aussi temps pour la firme américaine de comprendre que le meilleur moyen de relancer la dynamique autour de Windows serait désormais d’en proposer une « community edition » en open source (on peut toujours rêver) !

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