Nvidia promet, en collaboration avec Microsoft, une « nouvelle ère du PC ». Comme prévu, NVidia a lancé ses super-puces RTX Spark (nom de code N1/N1X) combinant CPU et GPU pour PC portables. Windows 11 on ARM n’est officiellement plus une exclusivité Qualcomm. Les temps s’annoncent encore plus dur pour Intel. Mais l’écosystème Windows devient encore plus compliqué qu’avant !
Jusqu’ici, Nvidia sur PC rimait avec Gaming et GPU. Mais désormais, l’éditeur veut profiter de la nouvelle ère de l’IA agentique, et de la transformation qu’elle va engendrer dans les usages du PC, pour prendre la place d’Intel et AMD et animer toute la machine, pas uniquement la carte graphique.
La rumeur de l’arrivée de Nvidia dans l’univers des PC portables Windows s’est intensifiée depuis un an. Mais le lancement de la superpuce « RTX Spark » dépasse celui du simple lancement d’un nouveau processeur PC. Il veut inaugurer une nouvelle ère du PC, une ère où le PC n’est plus seulement une machine à lancer des applications et des jeux, mais en environnement d’hébergement et d’exécution d’agents qui font tout plein de choses en notre nom.
RTX Spark marie un GPU Blackwell RTX (6 144 cœurs CUDA, Tensor Cores de 5ᵉ génération en précision FP4) à un processeur Grace de 20 cœurs, le tout relié par l’interconnexion maison NVLink-C2C.
Dit autrement, c’est une superpuce qui combine ce qui se fait de plus puissant en matière de GPU pour le Gaming et l’IA avec un processeur à cœurs ARM signé NVIDIA, conçu main dans la main avec MediaTek.
Au compteur, 1 pétaflop de calcul IA et jusqu’à 128 Go de mémoire unifiée. De quoi faire tourner localement un modèle de 120 milliards de paramètres avec un million de jetons de contexte, sans jamais passer par le Cloud.
C’est un tsunami pour trois raisons :
– L’arrivée de RTX Spark marginalise encore un peu plus l’architecture x86 défendue par Intel et AMD.
– Qualcomm voit débarquer NVidia dans l’univers Windows 11 on ARM avant d’avoir réussi à le verrouiller avec ses Snapdragon X. Son exclusivité a officiellement sauté.
– NVidia et Microsoft se sont associés pour faire entrer Windows dans l’ère de l’Agentic PC (et viennent secouer la stratégie de Google avec ses Googlebooks, les fameux Android PC).
L’annonce est évidemment clé pour Nvidia qui voit s’ouvrir un nouveau marché pour son savoir-faire. C’est l’occasion de transformer son emprise sur le calcul IA en offensive directe sur le poste de travail.
Mais l’annonce est tout aussi stratégique pour Microsoft. Après plusieurs années à pousser Windows on Arm via Qualcomm, sans jamais totalement convaincre l’écosystème PC, l’éditeur trouve avec Nvidia un partenaire autrement plus influent auprès des développeurs, des créateurs, des gamers et des constructeurs. Pour Nvidia, c’est l’occasion de transformer son emprise sur le calcul IA en offensive directe sur le poste de travail.
Le PC en « coéquipier » plutôt qu’en « assistant »
Le vrai pari, c’est l’agent. La promesse de RTX Spark repose sur une idée simple : faire tourner des agents IA puissants localement, sans dépendre systématiquement du cloud, en toute sécurité et en toute confidentialité.
Quitte à réinventer Windows 11 au passage. Microsoft apporte de nouvelles primitives de sécurité autour de l’identité, du cloisonnement, des politiques d’accès et du contrôle d’exécution. Nvidia ajoute OpenShell, un environnement d’exécution censé permettre à l’utilisateur de définir ce qu’un agent peut ou ne peut pas faire, de choisir quand une requête reste locale, et de masquer certaines informations personnelles lorsqu’un traitement doit repartir vers le cloud. On devrait en apprendre davantage dès demain à l’occasion de la conférence Microsoft Build 2026.
« Pendant quarante ans, nous avons lancé des applications, cliqué, tapé ; désormais, nous allons demander et le PC va faire le travail » résume Jensen Huang, le CEO de NVidia. Satya Nadella (CEO de Microsot), lui, promet « une intelligence sans compteur sur chaque bureau ».
IA, création, gaming… et un écosystème qui se complique
RTX Spark ne renie pas l’ADN maison. Mais la firme ne veut plus se contenter d’ajouter de la puissance graphique à une plateforme Intel ou AMD. Avec RTX Spark, elle propose une plateforme complète : CPU, GPU, mémoire, accélération IA, pile logicielle CUDA/RTX/TensorRT, et désormais couche d’exécution pour agents.
Le choix d’une mémoire unifiée est central. Il permet de traiter localement de gros modèles, de longues fenêtres de contexte et des workflows mêlant texte, image, vidéo, code et données personnelles. Nvidia affirme ainsi que RTX Spark pourra exécuter localement des modèles de 120 milliards de paramètres avec jusqu’à un million de tokens de contexte. Sur le papier, c’est considérable pour un PC portable.
Et NVidia pousse un argument que ni Intel ni AMD ne peuvent facilement reproduire : la continuité entre le PC, la station de travail, le serveur, le cloud IA et l’écosystème logiciel CUDA.
Ce qui risque de faire la différence à court terme ? Les liens entre Nvidia et les Devs. Adobe a déjà réécrit Photoshop et Premiere pour la plateforme RTX Spark (avec des gains de vitesse x2). Et la plateforme permet de faire du montage en vidéo 12K 4:2:2, de générer des scènes 3D de plus de 90 Go, et de jouer aux titres AAA en 1440p à plus de 100 images par seconde (ray-tracing et DLSS compris). Le tout dans des portables de 14 à 16 pouces, fins comme 14 mm, à écran OLED tandem.
Les premiers modèles sont attendus cet automne chez ASUS, Dell, HP, Lenovo, Microsoft Surface et MSI (Acer et GIGABYTE suivront), avec déjà quelques noms qui circulent : Surface Laptop Ultra, Dell XPS 16 Creator Edition, HP OmniBook.
Pour Intel, l’annonce tombe mal. Le groupe a déjà perdu l’aura technologique dont il disposait dans le PC, fait face à Apple sur le terrain de l’efficacité énergétique, à Qualcomm sur Windows on Arm, et à AMD sur la performance x86. Nvidia ajoute une menace autrement plus lourde : celle d’un acteur qui maîtrise le récit IA, dispose d’un écosystème développeur massif et peut séduire les constructeurs avec une plateforme haut de gamme différenciante.
Reste les deux éléphants dans la pièce :
Le premier, c’est le coût! Aucun chiffre n’a été annoncé mais il est évident que les RTX Sparks s’inscrivent dans le « Premium » pour ne pas dire « l’ultra Premium »… Et rien ne prouve que le marché est prêt à dépenser autant….
Le second, c’est que Nvidia simplifie le discours sur le PC agentique, mais il complique encore l’écosystème Windows. Entre le x86 d’Intel et d’AMD, l’ARM de Qualcomm et désormais l’ARM de NVIDIA/MediaTek, Windows vire au patchwork d’architectures. Pour le grand public, c’est plus de choix mais moins de lisibilité. Pour les DSI chargés de qualifier un parc, c’est surtout une couche de complexité supplémentaire. Ils avaient déjà à gérer les PC x86 classiques, les machines AMD, les postes Intel vPro, les PC Copilot+, les PC Windows on Arm Qualcomm, les contraintes de compatibilité applicative, les pilotes, les VPN, les EDR, les agents de sécurité, les périphériques spécialisés et les logiciels métiers historiques. RTX Spark ajoute une nouvelle variante : Windows on Arm, mais avec une pile Nvidia complète, des accélérations CUDA, des agents locaux, OpenShell, et probablement des modèles de déploiement spécifiques.
Au-delà des effets d’annonce, on ne retiendra finalement qu’un message : Nvidia veut désormais aussi prendre le pouvoir sur le futur du poste de travail et compte sur l’ère de l’IA agentique pour redistribuer les cartes…
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