Le modèle génératif vidéo Sora faisait rêver Hollywood, les créateurs et les App Stores. Mais ce rêve se heurte désormais à la logique froide des marges et des GPU. En coupant son modèle le plus spectaculaire, OpenAI envoie un signal limpide : la prochaine manche se jouera moins sur la viralité que sur les usages professionnels. Une nouvelle ère s’ouvre pour le pionnier de l’IA générative.

« Nous disons adieu à l’application Sora. À tous ceux qui ont créé avec Sora, partagé leurs créations et bâti une communauté autour d’elle : merci. Vos créations avec Sora ont compté, et nous savons que cette nouvelle est décevante ». C’est par ce message laconique sur X qu’OpenAI a sidéré l’écosystème de l’IA et secoué la toile en annonçant la fin de son modèle vidéo SORA 2, de son API et de l’App Sora qui voulait rendre virale la création vidéo par IA.

Oui c’est un choc. Présenté dès février 2024, officiellement lancé en décembre de la même année dans sa première itération publique, puis relancé en septembre 2025 sous la forme d’une application autonome baptisée simplement « Sora », le générateur vidéo d’OpenAI avait fait très forte sensation. L’app avait décroché la première place de la catégorie Photo & Vidéo de l’App Store iOS dès le jour de sa sortie, franchissant le cap du million de téléchargements en moins de cinq jours, soit plus vite que ChatGPT lui-même.

Mais l’enthousiasme initial s’est rapidement essoufflé. Selon les données d’Appfigures, les téléchargements ont culminé à environ 3,3 millions en novembre 2025 avant de chuter à 1,1 million en février 2026, soit un recul de plus de 65 %. En termes de revenus, l’application n’aurait généré que 2,1 millions de dollars via ses achats intégrés sur l’ensemble de sa durée de vie. Un chiffre dérisoire pour une entreprise qui investit des milliards et des milliards de dollars en infrastructure matérielle pour faire tourner ses modèles.

Comme un symbole d’une perte de puissance

Reste que Sora incarnait la part la plus visible, la plus virale et sans doute la plus hollywoodienne de l’inventeur de ChatGPT. En y mettant fin, OpenAI ne se contente pas d’abandonner une application vidéo. L’entreprise tourne surtout la page d’une ambition plus large : celle d’exister aussi comme plateforme grand public de création et de diffusion, avec un parfum de réseau social dopé à l’IA.

Surtout, cette fermeture en dit long sur le restructuration profonde qu’est en train d’opérer OpenAI. L’éditeur a vu son avance technologique fondre comme neige au soleil ces derniers mois. Gemini est en passe de devenir plus populaire que ChatGPT.

Et Anthropic lui a tout simplement volé la vedette aussi bien médiatiquement que sur le terrain de l’IA d’entreprise : avec ses modèles Claude et ses outils Claude Code et Cowork, la startup a conquis une part considérable du marché entreprise. Selon une analyse Axios des dépenses en IA, Anthropic capterait désormais 73 % des budgets des entreprises qui achètent des outils d’IA pour la première fois, ne laissant que 27 % à OpenAI. En mars 2026, Claude aurait même dépassé ChatGPT en nombre de téléchargements aux États-Unis.
Or, Anthropic a fait un choix stratégique radicalement différent : se concentrer sur le texte et le code, en refusant de disperser ses ressources de calcul dans la génération d’images ou de vidéos. Ce positionnement discipliné semble aujourd’hui validé par le marché, et c’est précisément le modèle qu’OpenAI s’efforce désormais de répliquer.

Un pivot stratégique

L’arrêt de Sora surgit quelques heures après la confirmation d’un recentrage des activités. OpenAI réoriente son organisation vers les outils de productivité, le code, les offres pour entreprises et une logique de “super-app” censée unifier ses produits phares (ChatGPT, Codex et Atlas).

L’abandon de Sora dépasse le cadre d’un simple ajustement de portefeuille produit. Il constitue un aveu : dans la course actuelle à l’IA, les ressources de calcul sont trop précieuses pour être investies dans des applications grand public dont le modèle économique reste incertain. Le coût computationnel de la génération vidéo est considérablement plus élevé que celui du texte ou du code, pour des revenus marginaux. À l’approche d’une possible introduction en Bourse plus tard cette année, OpenAI privilégie ce qui promet du revenu récurrent, de l’adoption en entreprise et un positionnement plus solide face à Anthropic sur le terrain du développement logiciel.

Parallèlement, Fidji Simo, CEO des Applications chez OpenAI, expliquait récemment dans un mémo interne devenu public, que l’entreprise s’était « dispersée sur trop d’applications et de stacks technologiques » et que cette fragmentation « ralentissait le rythme et rendait plus difficile l’atteinte du niveau de qualité souhaité ».

Enfin, il y a aussi derrière cette décision une double dimension politique. L’application a cristallisé les craintes autour des deepfakes, des usages non consentis de l’image, de la prolifération de contenus trompeurs et des conflits avec les ayants droit. La retirer soulage OpenAI d’un poids qui ralentit ses autres combats.
En outre, Sora mobilisait d’importantes ressources de calcul, au point de priver d’autres équipes d’une partie de leur capacité de feu, ce qui était évidemment contre-productif.

Une victime collatérale… qui s’en remettra

L’un des dommages collatéraux les plus spectaculaires de cette fermeture concerne le partenariat avec Disney, annoncé en décembre 2025. L’accord prévoyait la licence de plus de 200 personnages issus de Disney, Marvel, Pixar et Star Wars, permettant aux utilisateurs de créer des vidéos mettant en scène Mickey Mouse, Luke Skywalker ou les héros de Toy Story. Disney devait également investir 1 milliard de dollars dans OpenAI, une opération entièrement structurée en warrants sur actions et non en cash, selon Bloomberg. Le deal n’a finalement jamais été bouclé : aucun transfert financier n’a eu lieu. Dans un communiqué mesuré, Disney a indiqué « respecter la décision d’OpenAI de quitter le marché de la génération vidéo » tout en précisant vouloir continuer à « explorer de nouvelles façons de rencontrer les fans là où ils se trouvent, en adoptant de manière responsable les nouvelles technologies qui respectent la propriété intellectuelle et les droits des créateurs ».
Voilà qui devrait faire les affaires de Google, dont le modèle vidéo VEO 3.1 est en train de bien s’installer dans le paysage et qui pourrait devenir un partenaire logique et puissant pour Disney.

Reste que l’arrêt de Sora est une nouvelle preuve qu’en matière d’IA, les annonces vont souvent plus vite que les modèles économiques, les garde-fous juridiques et la stabilité stratégique des produits. Sora devait rapprocher OpenAI de l’industrie du divertissement, il devient au contraire l’illustration de la fragilité de ce type de pari.
Bien sûr, pour l’écosystème de la vidéo générée par IA, la sortie d’OpenAI laisse un vide que d’autres acteurs, de Runway à Pika en passant par HeyGen, Kling AI, Luma Dream Machine, Adobe Firefly et les outils de Google (VEO in Gemini, Flow, …), chercheront à combler.

Sam Altman a précisé que l’équipe de recherche derrière Sora serait réaffectée à des paris de plus long terme, notamment la robotique et la simulation du monde physique (avec le développement de World Models chers à Yann LeCun).

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