Les alternatives souveraines à Microsoft 365 poussent partout, au point de saturer le radar des DSI. Sopra Steria se jette dans la mêlée convaincue que le vrai match ne se joue pas sur les fonctionnalités, mais sur l’assemblage, l’exploitation et la bascule depuis l’existant.

[Article Mis à Jour à le 24 avril 2026]

Le contexte géopolitique a ouvert les vannes. Ces derniers mois, les alternatives souveraines à Microsoft 365 et Google Workspace se sont multipliées à un rythme impressionnant. On ne les compte plus : Hexagone, Talkspirit, Jamespot, Whaller, Wimi, Jalios, Netframe, eXo Platform, Twake, LaSuite de la DINUM sans oublier Euro-Office, la coalition européenne autour de Nextcloud, XWiki et consorts qui vient tout juste d’annoncer sa préversion. Bref, le marché croule sous les offres souveraines.

Apparemment, Sopra Steria a estimé qu’il en fallait encore une.

L’ESN a annoncé cette semaine le lancement de sa propre suite collaborative, 100 % open source et déployable au choix sur une infrastructure SecNumCloud opérée par un hébergeur souverain, ou directement on-premise. Le périmètre fonctionnel est classique : messagerie, stockage et partage de fichiers, bureautique collaborative, agenda, messagerie instantanée, visioconférence et prise de notes, le tout agrémenté de protections anti-spam et anti-phishing intégrées à la brique mail.

L’architecture se veut modulaire et ouverte, capable d’intégrer de nouvelles briques au fil du temps sans remettre en cause l’existant. Sopra Steria promet de contribuer activement aux projets open source qu’il intègre, avec du code publié en accès libre. Jusque-là, rien de révolutionnaire.

Le vrai atout : l’intégration industrielle

Selon le responsable du projet, le projet doit s’appuyer sur Meet (la solution visio de la DINUM), sur Matrix (la messagerie instantanée de LaSuite de la DINUM), NextCloud (pour le stockage de fichiers), Collabora Online (pour la bureautique), SOGomail (pour la messagerie électronique et les calendriers).

En réalité, la proposition de valeur de Sopra Steria ne réside pas dans l’originalité technologique (les briques sont déjà connues de tous) mais dans sa capacité à les assembler, à les industrialiser et surtout à accompagner la migration. Avec ses 56 000 collaborateurs et son ancrage historique auprès du secteur public et des grandes organisations, l’ESN joue davantage la carte de l’intégrateur que celle de l’éditeur.

Le positionnement a du sens. On sait que le principal frein à l’adoption de ces suites souveraines n’est pas l’absence de solutions mais le coût et la complexité de la migration depuis Microsoft 365, auquel la quasi-totalité des organisations sont accrochées par des années d’usage. Reste que l’on aurait préféré voir Sopra Steria soutenir l’un des consortiums France 2030 existants (Wimi, Interstis/Hexagone, Jamespot/CollabNext) plutôt que développer une énième nouvelle solution. Le problème de la dépendance aux suite américaine est aussi le fruit de la bien trop grande fragmentation des offres alternatives européennes. Cette dispersion entre de multiples éditeurs, même soutenus par France 2030, empêche l’émergence d’un champion unique capable de rivaliser avec Microsoft 365. Résultat : malgré des solutions matures et souvent moins coûteuses, les DSI hésitent à migrer faute de lisibilité, d’intégration homogène et d’un interlocuteur dominant pour porter l’écosystème.

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