La visioconférence est devenue une commodité, mais la bataille du travail collaboratif ne fait que changer de terrain. Entre IA native, sécurité, gouvernance et continuité des usages, le sujet n’est plus de mieux faire de la visio, mais de mieux faire circuler l’information, les décisions et les actions. Pour en discuter, Xavier Desmet, responsable de Zoom en France est l’invité de la semaine de Guy Hervier et InformatiqueNews.
Il y a cinq ans, Zoom était devenu le symbole planétaire du travail à distance. Pendant le Covid, la marque s’était imposée à une vitesse fulgurante, au point d’entrer dans le langage courant. Mais ce moment d’hyper-croissance appartient désormais au passé.
Depuis, le marché s’est recomposé, la visioconférence s’est banalisée, les suites collaboratives se sont densifiées, et l’IA a rebattu les cartes. Zoom a donc changé d’échelle et de nature : l’éditeur se présente désormais comme une plateforme de travail “AI-first”, avec AI Companion 3.0, des fonctions agentiques, des services pour l’expérience client, et un recentrage plus large sur la productivité, la collaboration et l’engagement des salariés.
Loin de l’emballement de l’ère Covid, la société est engagée dans une nouvelle phase de transformation que notre invité de la semaine, Xavier Desmet, responsable de Zoom France, vient nous déchiffrer.
Le vrai sujet, côté DSI, n’est plus la visio en elle-même. Elle est devenue une commodité. Le défi, désormais, consiste à intégrer l’IA dans les flux de travail sans rajouter de friction, sans multiplier les outils, et sans perdre le contrôle sur la sécurité, la gouvernance et la valeur métier. Dans ce nouveau paysage, la réunion n’est plus un simple rendez-vous sur écran : elle devient une source de contexte, de données, d’actions et d’automatisation. C’est précisément ce que Zoom veut incarner aujourd’hui, en se repositionnant non plus comme un spécialiste de la vidéoconférence, mais comme une brique centrale du travail collaboratif augmenté.
Xavier Desmet le dit d’emblée : au moment même où l’IA s’installe partout, Zoom veut remettre l’humain au centre. « Notre vision n’est pas de remplacer l’humain, c’est de lui redonner son super pouvoir qui est l’empathie » explique notre invité.
Toute sa démonstration part de là. L’IA n’a pas vocation à effacer la relation, mais à retirer les tâches répétitives, à réduire la frustration, à fluidifier les échanges et à permettre aux collaborateurs comme aux agents de se concentrer sur ce qui crée réellement de la valeur.
Dans cette logique, l’éditeur assume une lecture très différente du marché : « Zoom aujourd’hui est une plateforme, une plateforme très complète », articulée autour de deux piliers, la collaboration d’un côté, les “business services” de l’autre, notamment pour la relation client.
Et Zoom ne veut plus être résumé à l’icône bleue de sa visioconférence. Avec AI Companion 3.0, la promesse n’est plus seulement d’assister l’utilisateur pendant une réunion, mais d’agir avec lui, au sein même des outils. Pour Xavier Desmet, « cette IA, elle est à la fois native, c’est-à-dire que ce n’est pas un add-on, elle n’est pas rajoutée comme une brique supplémentaire avec des clics en plus, elle est infusée dans tous les outils que le collaborateur va pouvoir utiliser. »
Et d’ajouter, sur l’évolution en cours : « Aujourd’hui, avec cette version 3, elle va être surtout agentique. » Autrement dit, la visio entre dans une nouvelle ère : celle où l’assistant ne se contente plus de résumer, mais exécute, orchestre, documente et connecte les applications.
Cette bascule redéfinit aussi le rapport des DSI à la “réunionnite”. Là où beaucoup redoutent que l’IA ne multiplie encore les réunions, Xavier Desmet défend l’idée inverse. « Quand avant, vous pouviez passer énormément de temps à trouver une information ou vous aviez besoin de peut-être rapidement organiser une réunion pour reclassifier certains éléments, aujourd’hui, votre IA, votre assistant personnel, va pouvoir répondre à beaucoup de ces questions. »
La réunion ne disparaît pas, mais elle change de place dans la chaîne de travail. « C’est le milieu du processus », explique-t-il, et non plus son point de départ. Tout l’enjeu consiste donc à mieux préparer, mieux documenter et mieux prolonger les échanges, pour rendre chaque interaction plus utile, plus courte et plus productive.
Face à Microsoft et Google, Zoom promeut l’idée que la différence ne se joue pas seulement sur les fonctionnalités, mais sur l’architecture, la simplicité de déploiement et la capacité à s’insérer dans l’existant. Xavier Desmet résume cette ambition en une formule : il faut faire en sorte que « les gens arrêtent de penser zoom égale visio mais que zoom égale une plateforme pour les humains infusée à l’intelligence artificielle qui me permet d’être plus productif ».
Ce repositionnement passe par la téléphonie, le centre de contact, les connecteurs, la sécurité, l’hybride, mais aussi par une réflexion très concrète sur le coût total, le temps de déploiement et l’adoption réelle par les utilisateurs. Là encore, l’entretien est éclairant : Zoom cherche moins à remplacer tous les outils existants qu’à simplifier les parcours de travail et à remettre de la continuité entre les briques applicatives.
La France, dans cette histoire, occupe une place particulière. Xavier Desmet décrit un marché exigeant, très indirect, très attentif aux enjeux de confiance, de sécurité et de souveraineté. D’où l’accent mis sur Zoom Node, sur le chiffrement, sur les partenariats technologiques et sur la capacité à répondre aux attentes des secteurs régulés. Mais au fond, le message reste le même : Zoom veut montrer qu’il a su tirer les leçons de l’après-Covid. Le succès massif de 2020 a fait sa notoriété ; la période actuelle doit faire sa crédibilité de plateforme.
Cet entretien raconte donc bien plus que l’évolution d’un outil de visio. Il éclaire le déplacement d’un marché tout entier : de la communication vers l’action, de la réunion vers le workflow, de l’assistance vers l’agentique. À l’heure où toutes les plateformes promettent de faire plus avec l’IA, Zoom tente ainsi de se distinguer par une autre idée : faire mieux, mais sans perdre la relation.
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