Six mois après avoir solennellement réécrit les fondations de leur partenariat, Microsoft et OpenAI remettent déjà l’ouvrage sur le métier. Les deux complices d’autrefois annoncent un accord amendé qui sonne la fin d’une exclusivité devenue politiquement, industriellement et juridiquement intenable.

Pour comprendre ce qui change, un petit retour en arrière s’impose. Jusqu’ici, le couple Microsoft-OpenAI vivait sous régime d’exception. Depuis 2019, Microsoft a investi plus de 13 milliards de dollars dans la jeune pousse et obtenu en retour un accès quasi-exclusif à sa propriété intellectuelle. La refonte d’octobre 2025, qui transformait OpenAI en Public Benefit Corporation, avait reconduit cette mécanique : exclusivité des API Azure jusqu’à l’avènement (théorique) de l’AGI, partage de revenus mutuel et droits de Propriété Intellectuelle préservés. En clair, la startup qui rêvait de « bénéficier à l’humanité » devait passer par Redmond pour vendre ses modèles aux entreprises.

Tensions juridiques

Sauf qu’à force de croître, OpenAI a vite trouvé ce manteau Azure trop serré. Quand, en février 2026, Sam Altman a annoncé un accord à 50 milliards de dollars avec AWS, incluant l’exclusivité Amazon sur la plateforme agentique d’entreprise Frontier, Microsoft n’a pas du tout apprécié la cabriole. En mars, le Financial Times révélait que Redmond envisageait sérieusement une action en justice contre OpenAI et Amazon, estimant que le contrat contournait son exclusivité sur les API « stateless ». L’idylle commençait à sentir le contentieux.

Pire encore : ce verrouillage devenait franchement encombrant alors que s’ouvre cette semaine le très attendu procès entre Elon Musk et OpenAI à Oakland. Difficile pour OpenAI de plaider que sa mission « non lucrative » reste intacte tout en restant arrimée par contrat à un seul hyperscaler. Difficile aussi pour Microsoft, cité comme co-défendeur avec Satya Nadella, Kevin Scott et Amy Hood à la barre, d’expliquer qu’il n’a pas « aidé » OpenAI à dériver de sa mission originelle.

La fin des exclusivités

D’où le nouvel accord, présenté avec les habituels éléments de langage sur la « flexibilité » et la « prévisibilité ».

Concrètement : Microsoft conserve sa licence sur la PI d’OpenAI jusqu’en 2032, mais celle-ci devient non exclusive. Parallèlement, OpenAI peut désormais servir tous ses produits sur n’importe quel cloud, Azure restant simplement « primary cloud partner » avec droit de premier refus sur les nouveautés. Microsoft cesse de verser un partage de revenus à OpenAI. En sens inverse, OpenAI continue à reverser ses 20% à Microsoft jusqu’en 2030, mais avec un plafond global.

Et l’AGI ? Elle semble avoir disparu du dispositif contractuel : adieu le panel de vérification imposé par le précédent accord d’Octobre 2025. Les bonnes vieilles dates calendaires sont de retour.

Bref, c’est la fin de l’exclusivité Azure, la fin de la tutelle contractuelle qui étouffait OpenAI, et le retour à la normalité capitaliste. Microsoft conserve l’essentiel : 27% du capital, accès long aux modèles, priorité Azure et liberté retrouvée pour pousser ses modèles maison MAI ou intégrer davantage Claude. OpenAI, lui, gagne le multi-cloud indispensable à son IPO à 1 000 milliards que le pionnier de l’IA générative aimerait boucler avant la fin de l’année. À peine le communiqué OpenAI-Microsoft publié, le CEO d’Amazon, Andy Jassy, annonçait déjà l’arrivée des modèles maison d’OpenAI sur AWS Bedrock.

La fin du couple fusionnel OpenAI-Microsoft ? Oui… et non… Ce n’est pas vraiment un divorce : c’est un aménagement de garde pour que tout le monde puisse poser sur la photo de l’IPO.

 

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