Zones dangereuses, EPI oubliés, comportements à risque : l’IA appliquée à la vidéo veut repérer les signaux faibles avant l’accident. Dans l’industrie, cette prévention augmentée promet une sécurité plus réactive, à condition de ne jamais basculer dans la surveillance individuelle.

Plus de 10.5 milliards d’euros de prestations ont été versés pour les 1 297 décès et plus de 549 000 accidents du travail recensés en 2024. La sécurité au travail reste donc un défi majeur en France, tant sur le plan sanitaire qu’économique. La France dispose pourtant d’un cadre réglementaire exigeant pour protéger les travailleurs, notamment à travers l’obligation générale de sécurité de l’employeur ou le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP). Mais si ces cadres réglementaires et dispositifs existent pour structurer la prévention, les chiffres montrent que les approches traditionnelles ne suffisent plus, surtout dans les environnements industriels où les risques sont nombreux et où la prévention repose encore largement sur la vigilance humaine. Face à cette complexité, comment mieux prévenir les accidents avant qu’ils se produisent ?

La vidéosurveillance intelligente, un renfort à la vigilance humaine

Parmi les technologies qui émergent pour assister dans la prévention des risques, l’analyse vidéo intelligente ouvre de nouvelles perspectives. Traditionnellement, la vidéosurveillance servait surtout à documenter des incidents après qu’ils s’étaient produits. L’analyse d’images existait déjà, mais c’est l’arrivée de l’intelligence artificielle qui en a considérablement renforcé l’efficacité.

Aujourd’hui, l’IA permet une analyse sans interruption, de manière rationnelle et systématique, offrant ainsi une vision plus précise des risques sur le long terme. Grâce à cela, ces technologies permettent d’identifier des situations dangereuses en temps réel, tout en limitant les fausses alertes. Elles peuvent repérer une intrusion dans une zone à risque avant que la situation ne dégénère, vérifier si les employés portent leurs équipements de protection individuelle (EPI) ou encore signaler des comportements potentiellement dangereux, comme une présence prolongée à proximité d’une machine en mouvement.

On estime que les systèmes d’analyse vidéo basés sur l’IA détecteraient jusqu’à sept fois plus d’écarts aux règles de sécurité que l’observation humaine, et leur utilisation permettrait de réduire ces écarts de 73 % en cinq semaines. Ces outils complètent ainsi la vigilance des équipes en offrant une capacité de détection continue et instantanée, particulièrement utile dans des environnements industriels étendus où tous les espaces ne peuvent être surveillés en permanence par des opérateurs.

Analyser les données pour mieux prévenir les accidents

L’analyse intelligente ne se limite pas à une analyse instantanée des situations. En rassemblant les observations sur le long terme, elle peut ainsi révéler quelles zones sont les plus exposées aux incidents, quels comportements à risque se répètent régulièrement, et même repérer les scénarios liés à des moments précis de la journée ou aux saisons. Les analyses montrent, par exemple, que de 11h30 à midi et vers la fin de la journée, les salariés ont tendance à moins bien porter leurs équipements de sécurité. Grâce à ces observations, les responsables savent intervenir lors de ces créneaux précis afin de rappeler l’importance du port correct des EPI.

Ces données deviennent ainsi de véritables indicateurs de pilotage clés pour les responsables HSE (Hygiène, Sécurité, Environnement), car elles permettent d’éclairer les formations des équipes, les révisions des protocoles ou encore les améliorations organisationnelles à mettre en place.

Certaines entreprises expérimentent déjà ces approches dans des environnements particulièrement sensibles. Dans les centrales nucléaires, par exemple, EDF utilise un système basé sur l’analyse vidéo pour vérifier automatiquement le port des équipements de protection avant l’entrée dans certaines zones contrôlées. Une caméra filme les employés, l’intelligence artificielle compare les images aux équipements requis, et l’accès est validé uniquement si l’ensemble des protections obligatoires est bien porté.

La prévention devient alors proactive, on n’attend plus qu’un incident se produise pour réagir, on analyse les situations afin d’anticiper les risques et d’agir en amont.

Le défi éthique de protéger sans surveiller 

L’intégration de la vidéo intelligente en milieu professionnel n’est pas sans responsabilités. En France, l’utilisation de dispositifs de vidéosurveillance au travail est encadrée par la CNIL et le Code du travail. Les salariés doivent être informés clairement de l’objectif poursuivi, et la finalité doit être strictement limitée à la sécurité collective.

Afin de souligner que ces technologies ne doivent pas servir à sanctionner les salariés, certaines entreprises appliquent un floutage automatique des visages, permettant de protéger l’identité des employés et de recentrer l’analyse sur les situations à risque plutôt que sur les individus. Lorsque les entreprises s’engagent à utiliser ces technologies dans le respect des salariés, les résultats sont concrets : selon Adecco, le recours à des outils d’analyse vidéo aurait permis de réduire les accidents du travail d’environ 10 %.

L’objectif n’est donc pas de surveiller chaque geste individuel, mais de protéger les personnes et les biens. Une communication transparente est indispensable pour garantir la confiance et l’efficacité de ces outils dans la durée.

Réinventer la prévention des risques au travail

Avec ces nouvelles technologies, la prévention des accidents du travail en France connaît un tournant. Les approches traditionnelles, notamment la formation des salariés et des procédures strictes, restent indispensables, mais elles ne peuvent plus, à elles seules, répondre à la complexité des environnements industriels.

La vidéosurveillance intelligente ne promet pas zéro accident, mais elle apporte une capacité supplémentaire de détection et d’anticipation qui était inconcevable il y a quelques années. Elle permet de détecter plus tôt les situations à risque et d’accompagner les équipes dans la prévention au quotidien.

Utilisées de manière responsable et encadrée, ces technologies peuvent ainsi contribuer à développer des environnements industriels plus sûrs, où l’anticipation des risques devient un pilier central de la protection des travailleurs.
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Par Rémi Arnould, Sales Engineer chez Axis Communications

 

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