Intel a profité du Computex 2026 pour officialiser ses Xeon 6+, nom de code « Clearwater Forest ». Au menu : jusqu’à 288 cœurs, une montagne de cache et, surtout, le premier processeur de centre de données gravé en 18A. Le tout porté par un message limpide mais déjà entendu chez Nvidia : à l’heure de l’IA agentique, le bon vieux CPU revient sur le devant de la scène.

Son rôle est remis au premier plan par les agents IA et les besoins de les orchestrer : Jensen Huang a résumé l’affaire d’une formule, « le CPU est désormais le chef d’orchestre, le GPU est l’orchestre », avant de dégainer son propre processeur Vera, présenté sans détour comme « le CPU des agents ».
Le message aurait de quoi faire sourire Intel si la situation de l’entreprise n’était pas aussi difficile. L’arrivée de Nvidia sur le marché des CPU de serveurs et sur le marché du PC n’arrange pas ses affaires.
Mais le fondeur américain ne compte pas voir les concurrents se multiplier sans réagir. Profitant du Computex 2026, Intel a officialisé ses Xeon 6+ « Clearwater Forest » : jusqu’à 288 cœurs, 576 Mo de cache, gravure maison 18A… et une conviction assumée, celle que l’inférence agentique va ramener le bon vieux x86 au cœur du centre de données.

288 cœurs, 18A et un assemblage en kit

Sous le capot, Intel empile les superlatifs : jusqu’à 288 cœurs « efficients » (architecture Darkmont), 576 Mo de cache de dernier niveau, douze canaux de mémoire DDR5-8000 et une enveloppe thermique de 450 W, soit moins de 2 W par cœur. Le tout repose sur une construction en tuiles — douze tuiles de calcul, deux d’entrées/sorties — assemblées par EMIB et Foveros Direct 3D. Surtout, Clearwater Forest inaugure la gravure maison 18A (RibbonFET et PowerVia) dans un serveur. Un symbole autant qu’un produit : Intel prouve enfin que sa fonderie tient la route.

Le CPU, héros inattendu de l’IA agentique

C’est là tout le pari d’Intel. Tant que l’IA se résumait à l’entraînement, le GPU régnait sans partage, avec environ quatre accélérateurs pour un processeur. Mais l’inférence agentique rebat les cartes : un agent qui interroge le web, exécute du code et enchaîne les appels d’interface consomme énormément de cycles CPU. Le rapport tombe alors à un GPU pour un CPU, voire moins. Conséquence directe : la demande de processeurs explose, et Intel y voit la planche de salut pour maintenir le x86 face à la poussée des cœurs Arm sur les charges « cloud natives » et « IA agentique ».

Des promesses chiffrées (à manier avec prudence)

Intel ne fait pas dans la demi-mesure. Face au Xeon 6780E maison, le 6990E+ revendique 2,26x de performances et 1,55x de performances par watt.
Face à l’EPYC 9965 d’AMD, le fondeur annonce 1,3x de performances par fil d’exécution, avec 288 cœurs à 450 W opposés à 192 cœurs à 500 W.

Côté consolidation, le discours a de quoi faire mouche dans l’oreille des DSI : une seule baie de 6990E+ remplacerait 48 baies de Xeon de deuxième génération, soit 960 serveurs d’antan. De quoi séduire les exploitants de grandes flottes… à condition de relire les petits caractères, car l’essentiel du gain provient du nombre de cœurs, du cache et de la mémoire, le bond par cœur restant plus modeste, autour de 13 à 17 %.

Une pièce d’un puzzle plus vaste

Le Xeon 6+ n’arrivait pas seul à Taipei. Intel a aussi dévoilé une infrastructure « à l’échelle de la baie » co-construite avec SambaNova et Foxconn, une carte réseau E835 à 200 Gbit/s et un avant-goût de son futur GPU Crescent Island dédié à l’inférence. Le tout sous l’œil du PDG Lip-Bu Tan, qui voit dans l’IA d’inférence et agentique la prochaine grande vague. Mais aussi avec une mauvaise nouvelle : Le Xeon Diamond Rapids, la relève à gros cœurs performants, glisse, lui, à 2027.

 

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