Même si ChatGPT demeure l’IA conversationnelle la plus visible au monde, Claude d’Anthropic est en train de lui tailler de sérieuses croupières dans les entreprises. Les chiffres donnent le vertige.
Il fut un temps où Anthropic passait pour le « concurrent sérieux mais discret » d’OpenAI, celui que l’on cite au détour d’un benchmark, mais que l’on ne déploie pas vraiment en production. Ce temps-là est révolu.
En un peu plus d’un an, la société de Dario Amodei est passée d’un run-rate annualisé proche d’un milliard de dollars en décembre 2024 à 19 milliards fin février 2026. Certes; ne s’agit pas ici de chiffre d’affaires déjà encaissé, mais d’une projection fondée sur le rythme de revenus du moment. Mais cela n’enlève rien au phénomène. La trajectoire est fulgurante.
Une machine à cash construite sur les entreprises
Là où OpenAI misait surtout sur l’ampleur de sa base d’utilisateurs (plus de 800 millions d’utilisateurs hebdomadaires sur ChatGPT) et dilluait son énergie sur des expériences grand public onéreuses (cf. Sora), Anthropic pariait clairement sur le marché B2B, sur la consommation API et sur la valeur unitaire de chaque client.
Selon Reuters, les grands comptes représentent environ 80 % de l’activité d’Anthropic. Et les chiffres publiés lors de la Series G donnent la mesure de l’offensive : le nombre de clients dépensant plus de 100 000 dollars par an a été multiplié par sept en un an ; plus de 500 clients dépassent désormais le million de dollars annualisé, contre une douzaine il y a deux ans ; et huit entreprises du Fortune 10 sont désormais clientes de Claude. En février 2026, Anthropic a en outre levé 30 milliards de dollars à une valorisation post-money de 380 milliards.
Claude Code, la machine à milliards qui fait peur aux éditeurs
S’il est un produit qui symbolise le virage entreprise d’Anthropic, c’est bien Claude Code. Lancé en mai 2025, l’agent de développement affiche désormais un run-rate supérieur à 2,5 milliards de dollars, chiffre qui a plus que doublé depuis le début de 2026.
Les abonnements entreprises à Claude Code ont quadruplé sur la période, et les usages entreprises représentent désormais plus de la moitié du chiffre d’affaires du produit. Anthropic cite même une analyse récente estimant que Claude Code serait déjà à l’origine d’environ 4 % des commits publics sur GitHub.
Le Claude Partner Network : 100 millions pour structurer la mise à l’échelle
Pour accélérer encore le déploiement en entreprise, Anthropic a lancé en mars 2026 le Claude Partner Network. L’initiative est dotée d’un investissement initial de 100 millions de dollars pour 2026, destiné à la formation, au support technique et au co-développement commercial des partenaires qui accompagnent les entreprises dans l’adoption de Claude. Le programme s’accompagne d’un portail partenaires, de certifications techniques, dont la première, « Claude Certified Architect, Foundations », et d’un kit de modernisation de code pour aider les entreprises à migrer leurs bases legacy avec les capacités agentiques de Claude.
Les noms des partenaires fondateurs donnent la mesure des ambitions. Accenture prévoit de former environ 30 000 professionnels à Claude. Deloitte, de son côté, a annoncé un déploiement de Claude à l’échelle de ses 470 000 collaborateurs, ce qui constitue à ce jour le plus grand déploiement d’IA d’entreprise revendiqué par Anthropic. La société prévoit par ailleurs de multiplier par cinq les effectifs de son équipe dédiée aux partenaires.
Partout où l’entreprise est déjà
L’autre atout stratégique d’Anthropic est sa présence multi-cloud. Claude est aujourd’hui présenté par Anthropic comme le seul modèle frontier disponible chez les trois grands hyperscalers mondiaux : AWS Bedrock, Google Cloud Vertex AI et Microsoft Azure Foundry. Depuis novembre 2025, Claude est aussi disponible dans Microsoft 365 Copilot ; en mars 2026, Microsoft a élargi cette présence avec Claude Sonnet dans Copilot Chat, dans le cadre d’un déploiement progressif qui n’est pas activé par défaut en Europe et reste exclu de certains périmètres souverains.
Anthropic gagne du terrain face à OpenAI selon les études
Les études récentes convergent, avec des méthodologies différentes, vers la même idée : Anthropic s’est installé au premier rang sur plusieurs indicateurs clés de l’IA d’entreprise.
Menlo Ventures estime qu’Anthropic capte 40 % de la dépense LLM en entreprise, contre 27 % pour OpenAI, et 54 % du segment coding contre 21 % pour OpenAI.
Ramp observe de son côté qu’en février 2026, 24,4 % des entreprises suivies payaient Anthropic, contre 19,5 % en janvier, avec une progression mensuelle de 4,9 %.
Mais la situation reste plus nuancée qu’un simple match à élimination : OpenAI demeure encore, selon Ramp, le fournisseur utilisé par le plus grand nombre d’entreprises, et 79 % des clients Anthropic paient aussi OpenAI.
Enfin, le dernier Economic Index d’Anthropic montre que le code reste le premier usage de Claude, avec 35 % des conversations sur Claude.ai. En clair, Claude ne domine pas encore tout le marché de l’IA en entreprise, mais il est déjà devenu le modèle qui compte le plus dès qu’il s’agit de code, de workflows critiques et de déploiements à forte valeur. Et son adoption et son impact ne font qu’accélérer forçant aujourd’hui OpenAI à entièrement repenser sa stratégie.
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