En rachetant Astral, la startup à l’origine des outils Python open source uv, Ruff et ty, OpenAI poursuit sa stratégie d’acquisitions et entend faire de Codex bien plus qu’un simple générateur de code agentique. L’opération s’inscrit dans une guerre ouverte contre Anthropic et son Claude Code pour la domination du marché de l’IA appliquée au développement logiciel.
OpenAI ne se contente plus de développer des modèles : l’entreprise élargit rapidement son périmètre par acquisitions ciblées et annonces d’acquisition dans le hardware, la santé, la sécurité des applications IA et les outils pour développeurs. En mai 2025, elle a annoncé le rachat en actions d’io Products, la startup hardware de Jony Ive, pour 6,5 milliards de dollars, une intégration officialisée en juillet. En janvier 2026, elle a acquis Torch, une healthtech spécialisée dans l’unification des données médicales. Puis, en mars 2026, elle a annoncé vouloir acquérir Promptfoo, startup de cybersécurité spécialisée dans l’évaluation et le test d’applications IA, afin de renforcer la dimension confiance et sécurité de son outil Codex. Depuis le recrutement en décembre 2025 d’Albert Lee, ancien de Google, comme vice-président du corporate development pour piloter la stratégie M&A, la machine à acquérir tourne à plein régime.
C’est dans ce contexte d’expansion avant IPO qu’OpenAI officialise l’acquisition d’Astral, la startup qui a conquis la communauté Python avec ses outils open source uv, Ruff et ty. Une opération qui vise directement le cœur du workflow des développeurs et qui en dit long sur la bataille en cours pour le contrôle de l’IA appliquée au développement logiciel.
Depuis l’arrivée de Claude Code puis d’OpenAI Codex, le développement logiciel assisté par IA est devenu un levier de productivité que les DSI ne peuvent plus ignorer. Même Mistral AI suit le mouvement avec Devstral, Leanstral et son environnement Mistral Vibe. Et quand on parle de développement et d’IA, le langage Python n’est jamais loin. Il propulse aussi bien l’IA et la data science que les systèmes backend et l’infrastructure développeur. Ainsi, la qualité, la rapidité et la fiabilité de l’outillage Python ont un impact direct sur la vélocité des équipes de développement, et donc sur la compétitivité des organisations.
OpenAI a ainsi fait de Codex la pièce maîtresse de sa stratégie développeur. Lancée en 2025, cette plateforme de coding assisté par IA, capable d’écrire des fonctionnalités, de corriger des bugs et d’exécuter des tests, revendique aujourd’hui plus de 2 millions d’utilisateurs hebdomadaires actifs, un chiffre qui a triplé depuis le début de l’année 2026, tandis que l’usage a été multiplié par cinq sur la même période. OpenAI a également lancé une application desktop pour ses outils de coding début 2026 sur Mac puis sur Windows.
OpenAI et Astral : deux trajectoires qui convergent
Astral, fondée en 2022 par Charlie Marsh depuis Brooklyn (New York), s’est imposée en un temps record comme un acteur incontournable de l’écosystème Python. La startup a commencé avec Ruff, un linter Python écrit en Rust, 10 à 100 fois plus rapide que les alternatives existantes comme Flake8, Black ou isort. Des projets majeurs comme FastAPI, Airflow ou Pydantic ont adopté Ruff en remplacement de leurs anciens outils. Est ensuite venu uv, un gestionnaire de paquets et d’environnements Python qui résout de manière élégante l’un des problèmes historiques les plus pénibles du langage, la gestion des dépendances et des environnements. Enfin, ty, un vérificateur de types, est venu compléter la chaîne d’outils. Tous trois sont écrits en Rust, ce qui leur confère une rapidité remarquable, et tous sont open source sous licence permissive. Leurs téléchargements cumulés se comptent en centaines de millions par mois.
Côté financement, Astral avait levé 4 millions de dollars en seed auprès d’Accel en 2023, avec la participation de Caffeinated Capital et de figures comme Guillermo Rauch (Vercel), Solomon Hykes (Docker) et David Cramer (Sentry). Un Series B mené par Andreessen Horowitz avait suivi, sans montant divulgué.
Une acquisition d’une logique imparable
Les termes financiers de l’acquisition n’ont pas été divulgués. Après la clôture de l’opération, soumise aux conditions habituelles et à l’approbation réglementaire, l’équipe d’Astral rejoindra la division Codex d’OpenAI. D’ici là, les deux entreprises restent juridiquement indépendantes. OpenAI s’engage à continuer de soutenir les projets open source d’Astral et à explorer des intégrations plus profondes entre ces outils et Codex, afin de permettre aux agents IA de travailler plus directement avec les outils que les développeurs utilisent déjà au quotidien.
L’intérêt d’OpenAI pour Astral se comprend à plusieurs niveaux. D’abord, l’aspect produit. Codex, dans ses sessions de travail, doit installer des dépendances, exécuter des linters, lancer des tests et gérer des environnements Python. Posséder les outils qui assurent ces tâches, uv pour le packaging, Ruff pour le linting et le formatage, ty pour la vérification de types, permet à OpenAI de contrôler l’ensemble de la chaîne et d’optimiser l’intégration entre l’agent IA et l’outillage développeur. L’objectif est clair : chaque projet Python initié avec « uv init » et validé avec « ruff check » pourrait, à terme, être orchestré de bout en bout par Codex.
Ensuite, l’aspect talent. L’équipe d’Astral compte parmi les meilleurs ingénieurs Rust au monde, notamment Andrew Gallant (connu sous le pseudo BurntSushi), créateur du moteur regex de Rust, de ripgrep et de la bibliothèque jiff. Or, le CLI de Codex est lui-même écrit en Rust. Comme l’a noté le développeur Simon Willison dans son analyse, certains de ces ingénieurs pourraient à eux seuls justifier le prix de l’acquisition.
Enfin, l’aspect écosystème. Avec des centaines de millions de téléchargements mensuels et plus de 500 contributeurs sur GitHub pour uv seul, Astral apporte à OpenAI une communauté massive et engagée de développeurs Python. C’est un levier puissant pour ancrer Codex dans les workflows existants et rendre la plateforme incontournable.
« Astral s’est toujours concentré sur la construction d’outils qui transforment la façon dont les développeurs travaillent avec Python, en les aidant à livrer de meilleurs logiciels, plus vite. Au sein de Codex, nous continuerons à faire évoluer nos outils open source pour repousser les frontières du développement logiciel », justifie Charlie Marsh, fondateur et CEO d’Astral.
Côté OpenAI, Thibault Sottiaux, responsable de Codex, souligne l’ambition de l’opération : « Les outils d’Astral sont utilisés par des millions de développeurs Python. En intégrant leur expertise et leur écosystème chez OpenAI, nous accélérons notre vision de Codex comme l’agent le plus capable de travailler sur l’ensemble du cycle de vie du développement logiciel ».
Un marché en ébullition, une concurrence féroce
Cette acquisition s’inscrit dans un contexte de compétition exacerbée entre les grands acteurs de l’IA générative sur le terrain du développement logiciel. Le rival numéro un d’OpenAI sur ce créneau est Anthropic, dont le produit Claude Code connaît un succès fulgurant auprès des développeurs. Selon les données de Ramp, Anthropic capte désormais plus de 70 % des dépenses des entreprises qui adoptent pour la première fois des outils d’IA, un renversement spectaculaire par rapport à la quasi-parité qui prévalait encore récemment avec OpenAI. Le CEO d’Anthropic, Dario Amodei, a indiqué en janvier que les clients entreprises représentent environ 80 % de son activité. Anthropic avait elle-même procédé en décembre 2025 à l’acquisition de Bun, le runtime JavaScript/TypeScript, un composant clé de Claude Code.
Au-delà d’Anthropic, la compétition inclut Cursor, l’éditeur de code natif IA devenu un favori des développeurs, ainsi que Google avec Gemini Code Assist et l’environnement IDX, ou encore GitHub Copilot adossé à l’infrastructure Microsoft. Du côté open source, le tandem LangChain/Nvidia a récemment lancé un stack d’agents de coding entièrement ouvert (Deep Agents, OpenShell, Nemotron 3 Super) qui prétend rivaliser frontalement avec Codex et Claude Code.
Pour les DSI, cette acquisition confirme que le marché des outils de développement assistés par IA se verticalise rapidement. Au-delà de la génération de code, les plateformes cherchent à contrôler l’intégralité de la chaîne d’ingénierie logicielle, de la gestion des dépendances à la vérification de la qualité du code en passant par l’exécution des tests et la maintenance. Pour les équipes qui utilisent déjà uv ou Ruff, et elles sont nombreuses, la question de la continuité et de la neutralité de ces outils se posera inévitablement. OpenAI s’est engagé à maintenir leur caractère open source, mais l’histoire des acquisitions de projets open source par de grands groupes invite à une certaine prudence. Comme l’a souligné Simon Willison, la licence permissive des outils d’Astral permet à la communauté de les forker si les priorités venaient à changer, un filet de sécurité appréciable.
Mais en s’emparant ainsi de la plomberie Python utilisée par des millions de développeurs, OpenAI s’offre une position stratégique dans le workflow quotidien de ceux qui construisent l’avenir du logiciel.
____________________________
À lire également :
OpenAI lance son App Codex sur Windows
GPT-5.3-Codex / Claude Opus 4.6 : Les nouveaux modèles frontières 2026 sont arrivés
Claude Code, Cowork, panique boursière : la semaine agitée d’Anthropic
OpenAI accélère sur le code avec Spark et renforce la sécurité de ChatGPT avec Lockdown Mode
OpenAI lance Codex App pour mieux concurrencer Claude Code
GitHub Spark : de l’idée à l’exécution en un prompt…
GitHub Copilot devient multi-modèles en adoptant Claude et Gemini !





puis