Depuis la sortie du Macbook Neo, le marché PC cherche une contre-attaque. Pas simple à l’heure où la pénurie mémoire impacte considérablement les prix finaux. Qualcomm est allé chercher la même recette qu’Apple pour proposer des PC « Windows on ARM » à moins de 600 dollars : faire du recyclage de technologie smartphones. Mais la démarche nous paraît plus casse-cou qu’innovante…

Quand un concepteur comme Qualcomm lance un nouveau processeur sans fournir la moindre donnée technique, il y a de quoi être suspicieux. Ce n’est jamais bon signe. C’est pourtant exactement ce que le fondeur a fait en annonçant une nouvelle gamme « Snapdragon C » destinée à animer des machines PC d’entrée de gamme à même de concurrencer le Macbook Neo d’Apple. Avec cette machine surprenante et financièrement très accessible, Apple a redéfini les attentes sur ce que devrait offrir un portable abordable. La recette est simple : la firme a glissé dans un châssis 13 pouces sans ventilateur le A18 Pro de l’iPhone 16 Pro, accompagné de 8 Go de mémoire unifiée et de 256 Go de stockage. Autrement dit, une puce de téléphone recyclée dans un ordinateur. Le co-directeur général d’Asus, S.Y. Hsu, a qualifié la sortie du Neo de « choc pour toute l’industrie ». Et ça l’est effectivement.

Un marché PC en quête de réponse

Le marché PC Windows ne peut pas ne pas réagir. Intel a tiré le premier en annonçant ses processeurs « Wildcat Lake » sous la marque commerciale « Core Series 3 ». La gamme couvre six références grand public plus une variante pour l’edge, toutes gravées en Intel 18A. Mais contrairement à ce que son nom peut laisser entendre, Wildcat Lake n’est pas le successeur de Panther Lake mais celui de Twin Lake, lui-même version rafraîchie d’Alder Lake-N, c’est-à-dire la lignée directe des puces qui équipaient Chromebooks et machines d’entrée de gamme. Des puces comportant jusqu’à deux cœurs P Cougar Cove, quatre cœurs E basse consommation Darkmont, un bloc NPU 5 (limité à 17 TOPS) et un GPU intégré Xe3 doté de deux cœurs Xe au maximum. Intel pousse ce socle avec sa plateforme de référence Project Firefly visant des machines x86 sous 600 dollars. Et Dell vient d’annoncer une machine « XPS 13 » d’entrée de gamme à 699$ (avec écran tactile).

Un Snapdragon C… comme « Castré ? »

Qualcomm se devait de réagir. D’abord parce que le marché a toujours espéré que son arrivée conduirait à des PC d’entrée de gamme véloces et autonomes. Ce qui n’a pas été le cas, les Snapdragon X et X2 ayant visé le haut du panier même dans les configurations « Plus ».
Apparemment, Qualcomm est incapable de réduire les coûts avec les technologies embarquées dans les Snapdragon X (et leurs cœurs Oryon). Alors, le fondeur est allé chercher la solution dans le même chaudron qu’Apple : recycler son ancienne technologie smartphone « Kryo » pour servir de fondation à un processeur PC peu onéreux. Et même si Qualcomm n’a livré aucun détail technique, les fuites présentent la gamme « Snapdragon C » comme des puces gravées en 6nm, embarquant 8 cœurs CPU, un GPU Adreni à 900 MHz, mémoire LPDDR5 et un NPU sous la barre des 40 TOPS. La première machine donne le ton. L’Acer Aspire Go 15 affiche un écran 15,6 pouces 1920 × 1080, jusqu’à 8 Go de mémoire, jusqu’à 512 Go de stockage, une batterie de 53 Wh et Windows 11 avec une touche Copilot mais sans label Copilot+. Pas de prix annoncé mais la volonté de se battre sur le segment du Macbook Neo. Selon certaines rumeurs du Computex, le processeur pourrait animer des PC portables dès 400 dollars !

Soyons francs, à la rédaction d’InformatiqueNews on est plus que dubitatifs. Apple s’en sort à 8 Go grâce à un alignement total : mémoire unifiée, compression mémoire agressive de macOS, intégration matériel-logiciel maîtrisée de bout en bout.
Sous Windows 11, on voit déjà poindre des soucis de réactivité notables. Même après les efforts récents de Microsoft pour optimiser son OS. Pour rappel, avant l’arrivée des Snapdragon X, Qualcomm avait déjà tenté d’exploiter ses cœurs Kryo sous Windows. Sans convaincre personne. Certains dirons que ces machines « ne sont conçues que pour naviguer sur le Web » et n’ont pas besoin de plus. On les invite à regarder la consommation mémoire d’un Chrome ou d’un Edge avec 3 pages ouvertes. Ces machines vont « ramer », c’est une quasi-certitude. À moins que Microsoft ne fasse des miracles dans ses optimisations annoncées de Windows 11.

Le fantôme des netbooks

Tout le défi de Qualcomm, de Microsoft et de ses partenaires, sera d’éviter de reproduire le désastre des Netbooks. Entre 2007 et 2012, l’industrie a inondé le marché de netbooks à 300-400 euros, motorisés par des Intel Atom anémiques, livrés avec 1 Go de RAM et un Windows XP puis 7 Starter bridé, sur des écrans minuscules. Le succès commercial fut initialement réel (des dizaines de millions d’unités écoulées) mais l’expérience était médiocre, Windows y tournait mal, et ces machines devenaient obsolètes en quelques mois. L’iPad de 2010 et leur propre inutilité les ont balayées en deux ans. Le risque pour le Snapdragon C est exactement celui-là : devenir le netbook de l’ère IA, bon marché à l’achat, bridé par 8 Go et des cœurs de smartphone, périmé avant la fin de sa première année alors même que Windows et les applications continuent de grossir et que le PC parallèlement veut se réinventer pour l’ère de l’IA agentique !

Le Snapdragon C est il la mauvaise réponse à un besoin réel du marché et au Wildcat Lake d’Intel (qui finalement paraît technologiquement plus récent et qui ne soulève aucune question de compatibilité) ? La question doit être posée. Mais nous n’avons pour l’instant aucun élément concret pour y répondre. Sur le papier néanmoins, il nous semble plus opportun aujourd’hui d’acheter une machine en Snapdragon X première génération, ces machines étant souvent bradées sous les 600 euros, que d’opter pour une machine Snapdragon C.
Il est trop tôt pour prédire un  fiasco. Mais le pire ne serait pas de voir le Snapdragon C échouer. Ce serait de voir se multiplier des machines achetées bon marché et rendues caduques en quelques mois par l’IA Agentique.

 

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