La Linux Foundation lance DNS-AID, un projet open source qui recycle l’infrastructure DNS d’Internet pour permettre aux agents IA de se découvrir et de se vérifier… sans passer par un annuaire centralisé.
Les agents IA se multiplient à vitesse grand V, mais ils traînent un défaut embarrassant : ils ne savent pas se trouver les uns les autres. Aujourd’hui, faire dialoguer deux agents relève souvent du bricolage : URLs codées en dur, intégrations sur mesure, annuaires propriétaires. À mesure que l’écosystème grandit, la capacité des agents autonomes à se localiser et se vérifier d’une plateforme à l’autre est devenue un véritable goulet d’étranglement. Fragile techniquement, ingérable à l’échelle.
Le casse-tête est aussi organisationnel. Chaque éditeur pousse son propre registre, son propre catalogue, son propre silo. Résultat : une fragmentation qui ajoute de la duplication, une inutilement onéreuse duplication des efforts, une dépendance fournisseur accrue et un joli terrain de jeu pour le « shadow AI ». Il manquait une convention commune et neutre que tout le monde pourrait parler.
Réutiliser la plomberie d’Internet
C’est précisément le pari de DNS-AID, annoncé cette semaine par la Linux Foundation. L’idée est limpide : plutôt qu’un énième annuaire central, pourquoi ne pas s’appuyer sur le DNS, ce système qui adresse l’intégralité du Web depuis quarante ans ?
DNS-AID transforme le DNS en répertoire mondial et vendor-neutral où l’on publie, découvre et vérifie agents et serveurs MCP, sans registre centralisé ni intégrations codées en dur.
Initialement développé par Infoblox, le projet exploite les enregistrements DNS de type SVCB et HTTPS pour exposer les capacités d’un agent.
Côté outillage, la Fondation livre une implémentation de référence : un SDK Python, une CLI et un serveur MCP. Le protocole étant agnostique, il fonctionne avec n’importe quel fournisseur DNS, pas de chokepoint, pas de service propriétaire imposé.
Le casting est solide : Cloudflare, CSC, Equinix, GoDaddy, IDC, Indeed, Infoblox, l’Internet Systems Consortium et WWT. Et DNS-AID se veut complémentaire : l’Agent Name Service (ANS) ajoute la couche d’identité et de vérification, tandis qu’A2A et MCP gèrent le dialogue applicatif au-dessus. DNS-AID, lui, joue les aiguilleurs.
Tout le monde construit son annuaire… centralisé
Là où DNS-AID mise sur la décentralisation, les hyperscalers font l’inverse. AWS a dégainé en avril 2026 son Agent Registry (preview) au sein de Bedrock AgentCore : un catalogue gouverné, avec découverte par URL et support natif MCP/A2A, complété par AgentCore Identity, en disponibilité générale depuis octobre 2025 et adossé à Amazon Cognito.
Microsoft empile de son côté Entra Agent ID, l’agent y devient une identité gérée au même titre qu’un utilisateur, et Agent 365 comme plan de contrôle de la flotte d’agents.
Google associe son Agent Registry à Vertex AI Agent Builder, tout en ayant offert le protocole A2A à la Linux Foundation.
IBM, enfin, joue la carte « any agent, any framework » avec le catalogue gouverné de watsonx Orchestrate, ouvert aux agents open source comme aux stacks des hyperscalers.
Le point commun ? Tous proposent des registres ou des control planes utiles, gouvernés, mais centralisés et le plus souvent ancrés dans leur écosystème. DNS-AID prend le contre-pied : inutile de réinventer la découverte, Internet l’a résolue il y a quarante ans. Reste à savoir si l’« agentic web » adoptera cette élégante paresse architecturale ou continuera à empiler les annuaires maison. L’histoire d’Internet a souvent tranché en faveur des standards ouverts. En sera-t’il de même pour l’histoire de l’IA agentique ?
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