Les DSI européens sont entrés dans une séquence particulièrement inconfortable. Ils doivent moderniser des systèmes d’information devenus trop complexes, contenir l’inflation des coûts SaaS, réduire l’empilement applicatif, renforcer la résilience cyber, intégrer l’IA dans les métiers et, en même temps, composer avec une pression réglementaire qui s’intensifie. Dans ce contexte, le choix des outils n’est plus seulement une décision fonctionnelle ou budgétaire. Il devient un choix d’architecture, de gouvernance et parfois même de souveraineté. Pour évoquer ces défis, Thomas Ciezar, Porte-parole et Directeur Marketing de Zoho France est notre invité de la semaine.

Faut-il continuer à assembler les meilleurs outils du marché au risque d’ajouter de la complexité ? Faut-il revenir vers des plateformes plus intégrées ? Comment introduire l’IA sans perdre le contrôle des données ? Et comment concilier innovation, conformité, sécurité et maîtrise des coûts ? Ces questions emplissent l’agenda des DSI en 2026. Et l’éditeur Zoho tente d’y apporter des réponses avec une approche singulière. Resté privé et non financé par le capital-risque, le groupe revendique une stratégie atypique : construire en interne l’essentiel de sa pile technologique, de ses applications métier à ses datacenters, afin de garder la maîtrise des coûts, de la confidentialité et de la feuille de route. Son portefeuille couvre la relation client, la collaboration, la finance, les ressources humaines, l’analytique, le low-code, l’automatisation et l’administration IT via ManageEngine. Zoho revendique aujourd’hui plus de 150 millions d’utilisateurs et plus d’un million d’organisations clientes.

Ce positionnement entre directement en résonance avec les défis des DSI européens. Face à l’empilement applicatif, Zoho pousse une logique de suite intégrée avec Zoho One. Face à la pression budgétaire, il met en avant un coût total de possession maîtrisé. Face aux exigences de souveraineté, de RGPD, de cybersécurité et d’IA responsable, l’éditeur insiste sur une IA privée, Zia, ses propres modèles, une gouvernance des données plus stricte et un modèle sans publicité ni monétisation des données. Reste à vérifier, terrain par terrain, si cette promesse tient à l’échelle des grandes organisations européennes. Pour déchiffrer l’offre de l’éditeur, sa stratégie et son alignement avec les défis actuels des DSI, Guy Hervier a invité sur son plateau Thomas Ciezar, Porte-parole et Directeur Marketing de Zoho France.

 

 

Notre invité replace d’abord Zoho dans un mouvement plus large : le retour de la DSI au centre du jeu. L’IA, selon lui, redonne à l’informatique un rôle stratégique dans l’entreprise. « La DSI en fait revient à son rôle principal de chef d’orchestre dans l’entreprise pour justement interconnecter les différents outils, créer un écosystème connecté dans l’entreprise. »
Pour Zoho, cette recomposition marque la fin d’une époque : « C’est fini le temps des outils dissociés, choisis par chaque métier, qui ne travaillent pas les uns avec les autres. »

L’éditeur oppose à cette fragmentation une stratégie de construction intégrée. Thomas Ciezar insiste sur un point rare dans le logiciel d’entreprise : Zoho n’a pas bâti son portefeuille par acquisitions. « Tous nos outils étant développés en interne sont construits sur la même base technologique. »
Cette cohérence technique permet à l’éditeur de défendre une promesse simple : proposer une suite applicative large, mais interconnectée nativement, tout en restant ouverte aux environnements existants via API, marketplace et intégrateurs.

L’autre pilier du discours est économique. Zoho revendique son statut privé, non coté, comme un avantage concurrentiel face aux grands éditeurs américains. Cette indépendance lui permettrait de maintenir une tarification plus stable, de limiter l’exposition aux hausses de coûts d’infrastructure et de réinvestir dans la R&D. « On a vraiment cette vision à long terme plutôt que d’investir sur qu’est-ce qui va se passer, quel va être notre chiffre d’affaires au prochain trimestre. » L’argument porte particulièrement auprès des entreprises en quête de rationalisation applicative et de prévisibilité budgétaire.

Sur la souveraineté, Thomas Ciezar assume une position intermédiaire : Zoho n’est pas européen, mais n’est pas américain. L’entreprise, de droit indien, met en avant ses datacenters européens et son absence d’exposition au Cloud Act. Le message se prolonge sur la donnée : « On n’a aucun modèle commercial de vente de données. » Et sur l’IA, le même principe est martelé : « Zoho n’utilise pas la donnée de ses clients pour entraîner les modèles. »

L’IA, justement, est présentée comme une extension naturelle de la suite. Zoho développe ses propres modèles, plutôt de taille moyenne, adaptés aux contextes applicatifs. L’éditeur ouvre aussi la porte à l’agentique avec Zia Agent, MCP et un catalogue d’actions métiers. Mais Thomas Ciezar reconnaît un marché encore prudent : « On voit toujours beaucoup de clients qui sont dans une phase de test and learn. »
Au fond, toute la stratégie de Zoho se résume dans une formule : « On veut contrôler l’intégralité de la chaîne de valeur. »

____________________________

À lire également :

Souveraineté et coûts : le piège de la monoculture technologique…

​Avec Projects Plus, Zoho met l’IA au cœur de la gestion de projets

Il est urgent de rationaliser la digitalisation

Les défis de cybersécurité inhérents au travail hybride et à distance