L’Europe est confrontée à une forte dépendance technologique, c’est un fait. L’étude Cigref-Asteres révèle en effet que 80 % du total des dépenses en logiciels et services cloud professionnels passe par des entreprises américaines. Cette réalité nourrit une monoculture technologique dont les risques stratégiques et financiers sont bien réels. La domination d’un petit nombre de fournisseurs rend tout changement de direction bien plus difficile, augmente les coûts opérationnels et bride l’innovation.
Alors que les volumes de données explosent et que l’usage du cloud devient la norme, les entreprises doivent impérativement s’assurer que leurs choix technologiques sont au service d’une croissance durable, en combinant performance, maîtrise des coûts et une gouvernance des données. Sans une architecture pensée pour cela, elles perdent tout simplement la visibilité sur la gestion de leurs actifs les plus sensibles.
Cette problématique n’est d’ailleurs pas uniquement européenne. Le ministre indien des Technologies de l’Information, Ashwini Vaishnaw, l’a récemment illustré en annonçant la transition des outils bureautiques gouvernementaux vers des solutions locales, un geste fort exhortant le secteur privé à soutenir les logiciels nationaux. Ce mouvement international est le signe évident que les organisations françaises doivent elles aussi cesser de procrastiner et repenser leur dépendance vis-à-vis des plateformes dominantes pour garantir la pérennité de leurs opérations numériques.
Le coût du verrouillage propriétaire
Dans le climat économique actuel, se reposer sur quelques fournisseurs fragilise l’entreprise et la soumet à une vulnérabilité structurelle. Déléguer l’intégralité de la pile technologique à des tiers l’expose en effet à l’instabilité financière et à un risque stratégique non négligeable.
Les organisations qui dépendent massivement des hyperscalers pour leur infrastructure sont, de fait, prisonnières des augmentations de prix inéluctables, leur seule option étant souvent de répercuter ces hausses sur leurs propres clients. Nous assistons donc, logiquement, à une prise de conscience des risques liés au verrouillage propriétaire, d’autant plus que le cloud et l’Intelligence Artificielle (IA) sont désormais au cœur des opérations.
Cette monoculture étouffe l’écosystème, limitant dès lors la diversité et l’innovation. Les petits fournisseurs et les solutions alternatives peinent à percer. Lorsque la concurrence est faible, l’écosystème technologique devient rigide et s’expose aux perturbations. La résilience ne se résume pas à un tableau de bord des coûts, c’est avant tout une reprise de contrôle stratégique.
L’énigme de la souveraineté et des données
Au-delà des calculs économiques, la dépendance crée de graves risques juridiques et géopolitiques. L’assouplissement des politiques de protection des données, notamment aux États-Unis, ajoute une complexité considérable pour toutes les entreprises opérant à l’international. Le décret exécutif 14117 et sa règle relative aux données massives, par exemple, restreignent le transfert des données sensibles, créant des incertitudes majeures pour les partenariats transfrontaliers.
Ce type de perturbation met en lumière le danger relatif aux décisions prises par quelques fournisseurs dominants qui peuvent rapidement prendre une dimension géopolitique. La souveraineté des données s’impose donc comme une préoccupation essentielle, car les questions « Où sont mes données ? » et « Qui y a réellement accès ? » ne trouvent pas de réponses simples.
Le manque de transparence est une autre plaie. De nombreux fournisseurs exploitent les détails des visiteurs et des clients pour leur propre profit commercial, masquant souvent les autorisations derrière des conditions générales interminables. S’affranchir de la monoculture n’est pas qu’une simple question de stratégie ; c’est un impératif pour garantir la confidentialité des informations clients et des données d’entreprise.
La résilience par l’ouverture
Pour bâtir une résilience durable, il faut agir. Pour cela, les entreprises doivent activement réduire leur dépendance à l’égard de l’unique fournisseur. La voie à suivre est clairement double. Il faut, d’une part, éviter le verrouillage propriétaire en choisissant des fournisseurs qui proposent des systèmes réellement évolutifs et flexibles, capables de s’intégrer de manière transparente avec l’écosystème existant. D’autre part, il est indispensable de privilégier l’ouverture et l’adaptabilité. Les écosystèmes fermés sont des freins à l’intégration de nouvelles technologies et ralentissent la réponse aux attentes du marché. Les systèmes ouverts et interopérables sont, au contraire, une source de liberté pour l’entreprise.
Dans un avenir rythmé par les changements rapides, où l’IA et la confidentialité des données sont des enjeux cruciaux, les organisations doivent s’entourer de partenaires qui défendent des normes ouvertes. C’est en adoptant cette approche proactive que les entreprises françaises pourront bâtir un écosystème technologique non seulement résilient, mais surtout prêt à prospérer dans un monde en mutation constante.
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Par Sridhar Iyengar, Managing Director Europe chez Zoho





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