Dans les DSI, le moment est assez clair : l’heure n’est plus seulement à tester l’IA, à déplacer quelques charges vers le cloud ou à empiler des outils de sécurité, mais à industrialiser sans perdre la maîtrise. Gouvernance des données, souveraineté, performance des plateformes, conformité, observabilité, maîtrise des coûts : c’est sur cette ligne de crête que se joue aujourd’hui une grande partie de la modernisation IT. C’est précisément là que se situe Claranet, qui met de plus en plus l’accent sur l’IA gouvernée, la souveraineté numérique et la modernisation des plateformes critiques. Son président en France, Olivier Beaudet, est notre invité de la semaine.

L’histoire de Claranet, née il y a 30 ans épouse largement celle de l’IT moderne : fournisseur d’accès Internet à ses débuts, acteur de l’hébergement et des services managés ensuite, partenaire des grands clouds publics, puis spécialiste de l’hybridation, de la cybersécurité, de la data et désormais de l’IA d’entreprise. À l’échelle du groupe, Claranet revendique 600 millions d’euros de chiffre d’affaires, plus de 10 000 clients et 3 300 collaborateurs. L’acquisition de Pictime Groupe en 2022 a encore renforcé sa présence sur le marché français, notamment sur les volets transformation digitale, retail et e-santé.

Dit autrement, Claranet a accompagné les entreprises européennes dans les grandes mutations actuelles de l’IT : souveraineté numérique, dépendance aux éditeurs, hybridation cloud, retour de l’open source, maîtrise des coûts et évolution des infrastructures. Pour évoquer cette trajectoire, Olivier Beaudet, président de Claranet France est l’invité de la semaine de Guy Hervier. L’occasion de revenir sur ces transformations et le positionnement de Claranet autour du cloud, de la cybersécurité, de la data et de l’IA, avec un focus sur l’IA générative privée, les agents IA, la conformité réglementaire et la montée des risques cyber.

L’entretien débute par un constat très actuel : la souveraineté numérique n’est plus un sujet théorique. Pour Olivier Beaudet, elle doit être comprise moins comme un réflexe patriotique que comme une stratégie de résilience. « On ne parle pas d’achat patriotique, on parle en fait de recherche de résilience, de résilience au-delà de la résilience technique, d’une résilience juridique, d’une résilience commerciale. »
Derrière cette préoccupation, il identifie trois risques : la dépendance tarifaire à certains éditeurs, les lois extraterritoriales et, plus radicalement, le risque de coupure d’accès à des technologies américaines.

Le traumatisme VMware/Broadcom revient ainsi à plusieurs reprises dans la conversation. Pour Claranet, il illustre la fragilité d’organisations trop dépendantes d’une seule pile technologique. « Une fois qu’une entreprise a choisi une technologie massivement, l’a déployée à très grande échelle, on est effectivement mine de rien à la merci d’une politique commerciale agressive de cet éditeur. » D’où, selon lui, un retour en force de l’open source, non par idéologie, mais parce qu’il constitue un levier d’autonomie.

Claranet se présente précisément comme un acteur de cette hybridation raisonnée. L’entreprise revendique une approche « asset light » : elle n’a pas construit ses propres datacenters, mais opère des infrastructures dans des espaces loués, afin de rester focalisée sur la couche services. Sa croissance s’est faite pour moitié en organique et pour moitié par acquisitions, notamment en France, où neuf rachats en quinze ans ont renforcé ses compétences. L’enjeu, insiste Olivier Beaudet, est d’éviter l’effet patchwork : « Tout l’enjeu, c’est de réussir l’intégration de ces entreprises-là pour éviter qu’on ait un village d’entreprises mal intégrées. »

Aujourd’hui, Claranet structure son activité autour de quatre grandes expertises : cloud privé et public, cybersécurité et cloud de confiance, modernisation applicative, data et IA. Sur le cloud, l’entreprise reste MSP des grands hyperscalers, mais aussi d’OVHcloud et Scaleway, tout en développant une offre de cloud privé nouvelle génération autour de Red Hat OpenShift. Cette plateforme est présentée comme une alternative à VMware, capable de mixer conteneurs et machines virtuelles, avec une consommation plus proche du cloud public, mais dans un environnement privé.

Olivier Beaudet réfute toutefois toute opposition simpliste entre cloud public et cloud privé. « Les hyperscalers ont un grand avenir, il n’y a aucun doute là-dessus. Maintenant, est-ce que c’est la solution à 100% des workloads IT ? La réponse est claire, c’est non. » Le bon arbitrage dépend selon lui des usages : applications mondiales, volatiles et 24/7 côté cloud public ; workloads plus stables, locaux ou sensibles côté cloud privé. Cette logique nourrit aussi une demande croissante de FinOps et de réduction des coûts IT.

L’autre grand axe de l’entretien concerne l’IA. Claranet a lancé Clovis, une solution d’IA générative privée, opérée sur ses propres GPU dans des datacenters qu’elle exploite. L’objectif : permettre aux entreprises d’utiliser des modèles open source ou open weight sans exposer leurs données à des plateformes externes. « On va instancier un modèle open source, ce qui permet d’avoir zéro risque d’exposition de mes données à l’extérieur. » Trois usages sont mis en avant : chatbot interne sécurisé, assistance au code et développement d’agents IA.

Sur les développeurs, Olivier Beaudet ne croit pas à leur disparition, mais à une mutation brutale du métier. « Les bons développeurs vont produire d’encore meilleurs codes, les mauvais développeurs vont produire d’encore pires codes. »
Quant aux agents autonomes, il appelle à la prudence et rappelle que la majorité des déploiements restent encadrés par un principe de validation humaine : le « human in the loop ».

Enfin, l’entretien revient sur la cybersécurité et la réglementation. NIS2, DORA, PCI-DSS, SecNumCloud : pour Claranet, la conformité reste d’abord une contrainte, mais aussi un facteur de confiance. Olivier Beaudet se montre néanmoins critique sur SecNumCloud, qu’il juge trop centré sur l’angle juridico-administratif. La sécurité, elle, reste selon lui d’abord affaire de maturité opérationnelle, de réduction de la dette technique, de SOC, de tests réguliers et d’observabilité. Avec l’IA, la course entre attaquants et défenseurs s’accélère encore : « L’IA va être partout dans la cybersécurité, à tous les étages, ça c’est sûr. »

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