Le groupe Amazon a publié des résultats record pour le quatrième trimestre et l’exercice 2025. Porté par l’accélération d’AWS, l’explosion de la demande en infrastructure IA et la montée en puissance de ses puces maison, Amazon annonce 200 milliards de dollars d’investissements pour 2026. Un pari colossal dans un contexte géopolitique sous tension.

Les GAFAM sont solides et résilients même dans les périodes économiques les plus illisibles. Preuve en est une nouvelle fois avec les résultats d’Amazon qui font suite aux résultats records de Google, Microsoft et Apple. Le groupe a enregistré un chiffre d’affaires trimestriel de 213,4 milliards de dollars, en hausse de 14 % sur un an. Hors effets de change, la progression reste soutenue à 12 %, signe d’une croissance organique bien ancrée. Le bénéfice net atteint 21,2 milliards de dollars, en légère amélioration par rapport à l’an dernier. Cette performance s’appuie sur une amélioration de la rentabilité opérationnelle. Le résultat opérationnel grimpe à 25 milliards de dollars (en hausse de 18%), contre 21,2 milliards un an plus tôt. Même en intégrant plusieurs charges exceptionnelles, la marge reste solide, illustrant la capacité d’Amazon à absorber des coûts ponctuels tout en continuant à investir massivement.

Andy Jassy, PDG d’Amazon, résume cette dynamique en soulignant que « la croissance d’AWS, de la publicité et des activités de distribution est le fruit d’une innovation continue et d’une obsession constante pour les besoins des clients ».

Un trimestre soutenu pour AWS

La vedette du trimestre est sans conteste AWS. Le cloud d’Amazon affiche une croissance de 24 % sur un an à 35,6 milliards de dollars de revenus, sa plus forte progression depuis treize trimestres. AWS ajoute 2,6 milliards de revenus séquentiels et atteint un rythme annualisé de 142 milliards. Son carnet de commandes (backlog) explose à 244 milliards de dollars, en hausse de 40 % sur un an. La marge opérationnelle de la division s’établit à 35 %, en légère hausse de 40 points de base. Le résultat opérationnel d’AWS (12,5 milliards) représente à lui seul la moitié des profits du groupe.

Côté commerce, la dynamique reste solide. L’Amérique du Nord progresse de 10 % à 127,1 milliards, avec une marge opérationnelle en amélioration (9 % contre 8 % un an plus tôt). L’international croît de 17 % en données publiées (11 % hors change) à 50,7 milliards, mais voit sa rentabilité baisser du fait des charges italiennes. Les volumes d’articles vendus progressent de 12 % sur un an, leur plus forte croissance trimestrielle de l’année, dopés par la saison des fêtes et l’accélération des livraisons. La publicité digitale reste un moteur remarquable : 21,3 milliards de revenus au Q4, en hausse de 22 %.

2025 : une année de records

L’exercice fiscal 2025, clos le 31 décembre, restera comme celui de tous les records pour Amazon. Le chiffre d’affaires annuel atteint 716,9 milliards de dollars, en hausse de 12 % par rapport aux 638 milliards de 2024. Le bénéfice net s’envole à 77,7 milliards (contre 59,2 milliards un an plus tôt), soit une progression de 31 %. Le résultat opérationnel bondit à 80 milliards de dollars, tiré par les trois segments du groupe : l’Amérique du Nord (426,3 milliards de revenus, +10 %), l’international (161,9 milliards, +13 %) et surtout AWS, dont les ventes annuelles atteignent 128,7 milliards de dollars (+20 %). À lui seul, le cloud représente désormais 57 % du résultat opérationnel du groupe.

L’année a aussi été marquée par des investissements colossaux : 131 milliards de dollars de dépenses d’investissement (capex), principalement consacrés à l’infrastructure cloud et IA. Une intensité capitalistique qui a pesé sur le free cash flow, tombé à 11,2 milliards sur douze mois glissants (contre 38,2 milliards un an plus tôt). Côté effectifs, Amazon a poursuivi sa politique de rationalisation des fonctions corporate, supprimant environ 30 000 postes administratifs en deux vagues (octobre 2025 et janvier 2026), tout en maintenant ses effectifs globaux à 1,57 million de salariés, essentiellement dans la logistique.

« Nous enregistrons une forte croissance, et avec les opportunités supplémentaires qui s’offrent à nous dans des domaines comme l’IA, les puces, les satellites en orbite basse, le quick commerce et les produits du quotidien, nous avons la possibilité de bâtir une entreprise encore plus importante dans les années à venir », a déclaré Andy Jassy en ouverture de la conférence analystes.

L’IA : 200 milliards d’investissement en 2026

Comme chez Microsoft et Google, l’intelligence artificielle irrigue désormais l’ensemble de la stratégie d’Amazon. Andy Jassy a été catégorique lors de l’earnings call : « Je suis profondément convaincu que chaque expérience client que nous connaissons aujourd’hui sera réinventée par l’IA. Il y aura toute une série d’expériences que personne n’a encore imaginées et qui deviendront les normes de notre quotidien ». Le CEO place les agents IA au cœur de sa vision : « Le principal vecteur de création de valeur pour les entreprises passera par les agents », a-t-il martelé.

Les chiffres témoignent de cette accélération. Amazon Bedrock, la plateforme de modèles fondationnels, atteint un rythme annualisé de plusieurs milliards de dollars, avec des dépenses clients en hausse de 60 % d’un trimestre sur l’autre. La branche puces sur mesure (Graviton pour le calcul généraliste, Trainium pour l’IA) dépasse les 10 milliards de dollars de revenus annualisés, avec une croissance à trois chiffres. Trainium 2, qui offre un rapport prix/performance 30 à 40 % supérieur aux GPU comparables, a déjà séduit plus de 100 000 entreprises. Anthropic, partenaire stratégique d’Amazon, entraîne son modèle Claude sur le cluster Trainium 2 de 500 000 puces (projet Rainier). Et Trainium 3, lancé fin 2025, devrait voir la quasi-totalité de son stock engagé d’ici mi-2026.

Côté commerce, l’assistant IA Rufus a été utilisé par plus de 300 millions de clients en 2025, et les utilisateurs de Rufus sont 60 % plus susceptibles de finaliser un achat. Amazon a également lancé « Buy for Me », une fonctionnalité agentique permettant d’acheter sur d’autres sites marchands, et la recherche visuelle Lens a progressé de 45 %. Et l’éditeur fait monter en puissance très progressivement la nouvelle version d’Alexa, dénommée « Alexa+ » et dopée à l’IA générative. En phase d’expansion aux USA en ce début d’année, elle devrait être déclinée en Europe dans le courant de l’année.

Reste le chiffre qui fait trembler Wall Street : Amazon prévoit d’investir environ 200 milliards de dollars en capex en 2026, contre 131 milliards en 2025, soit une hausse de 53 % ! Pour mettre ce montant en perspective, il dépasse le PIB de plusieurs dizaines de pays. La quasi-totalité sera consacrée à AWS, et plus précisément à l’infrastructure IA. Pour rappel, Google a annoncé de son côté prévoir d’investir environ 180 milliards de dollars en dépenses d’infrastructures IA.

« Avec une demande aussi forte pour nos offres existantes et des opportunités majeures comme l’IA, les puces, la robotique et les satellites en orbite basse, nous prévoyons d’investir environ 200 milliards de dollars en dépenses d’investissement à travers Amazon en 2026, et nous anticipons un retour sur capital investi solide sur le long terme », a justifié Andy Jassy. Le CEO insiste : selon lui, « Les clients veulent vraiment AWS pour leurs charges de travail IA. Et nous monétisons la capacité aussi vite que nous l’installons ! »

En 2025, AWS a ajouté près de 4 gigawatts de capacité électrique, dont 1,2 GW au seul quatrième trimestre, soit le double de ce que le groupe possédait en 2022. Amazon prévoit de doubler encore cette capacité d’ici fin 2027.

Ces résultats s’inscrivent dans un environnement international singulièrement instable. Amazon elle-même en fait état dans ses facteurs de risque, citant explicitement les « fluctuations des taux de change et des prix de l’énergie, les changements dans les conditions économiques et géopolitiques mondiales, les politiques tarifaires et commerciales, la volatilité des ressources et de l’approvisionnement, notamment pour les puces mémoire ». Une formulation qui résonne avec l’actualité brûlante de février 2026.

Pour le premier trimestre 2026, Amazon anticipe un chiffre d’affaires compris entre 173,5 et 178,5 milliards de dollars (croissance de 11 à 15 %), en ligne avec les attentes du marché. Le résultat opérationnel est attendu entre 16,5 et 21,5 milliards, une fourchette qui intègre environ un milliard de coûts supplémentaires liés au déploiement de la constellation de satellites LEO (projet Kuiper), des investissements dans le quick commerce et des baisses de prix dans les marchés internationaux.

 

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