Dans les environnements professionnels, la qualité d’un poste de travail ne se résume plus à son uptime, mais à l’accumulation de micro-frictions qui dégradent l’exécution. Windows 11 traîne une dette de stabilité que ni les promesses de Microsoft, ni l’empilement de nouveautés, ne suffisent à masquer. Une nouvelle étude met des chiffres douloureux sur la table. Elle démontre que Microsoft doit absolument reprendre en main les fondations de son écosystème. Les promesses récentes ne suffiront pas…

La semaine dernière, Pavan Davuluri, patron de Windows chez Microsoft, publiait sur le blog Windows Insider un long billet intitulé ‘Our commitment to Windows quality, promettant un retour à l’écoute des utilisateurs et une remise à niveau des fondamentaux de Windows 11 (cf notre article « Windows 11, les 9 promesses de Microsoft« ).

Le message était calibré, presque contrit, avec un vocabulaire savamment choisi, centré sur la qualité, la fiabilité et la performance. Microsoft semblait d’une certaine façon y reconnaître, sans l’avouer frontalement, que Windows 11 souffrait à la fois d’un problème d’image et d’un problème plus concret « d’irritants » qui handicapent l’expérience utilisateur et l’agrément au quotidien.

Ironiquement, cette inflexion de discours tombe pile-poil au moment où une nouvelle étude d’Omnissa vient mettre des chiffres sur ce malaise ! Omnissa n’est pas un observateur extérieur commentant la plateforme Windows depuis les gradins. L’éditeur est spécialisé dans le digital workspace, avec notamment les offres Workspace ONE et Horizon (rachetées à VMware), qui couvrent la gestion unifiée des terminaux, l’expérience numérique des employés et les environnements de poste de travail virtuel.

Son nouveau rapport intitulé « State of Digital Workspace 2026 » s’intéresse notamment à l’expérience utilisateur perçue par les utilisateurs de Windows et de macOS ! Les résultats s’appuient sur des données de télémétrie agrégées et anonymisées, collectées sur des millions d’endpoints d’entreprise entre janvier et décembre 2025.

Omnissa met des chiffres sur le malaise Windows

Premier enseignement, et il est important de ne pas le caricaturer : sur le papier, l’expérience Windows 11 n’est pas jugée catastrophique. Omnissa montre même qu’une majorité d’utilisateurs Windows jugent leur expérience comme « Bonne ».

Mais, dans le détail, ce bon ressenti est inférieur à celui des utilisateurs macOS : Windows obtient 54 % d’utilisateurs satisfaits contre 65 % pour macOS !
Mais c’est surtout les mécontents qui font vraiment écho au billet de blog de Pavan Pavluri : le taux de mécontents, jugeant « pauvre » leur expérience sous Windows grimpe à 15 % sur Windows, contre seulement 5 % sur Mac. Autrement dit, la part des utilisateurs franchement insatisfaits est trois fois plus élevée côté Windows.

C’est là que l’étude devient éclairante. Omnissa insiste sur un point essentiel : ce score DEX n’est pas un simple ressenti subjectif ni un sondage d’humeur. Il reflète un état mesurable du poste de travail. Le rapport attribue l’avantage d’Apple à l’intégration serrée entre le silicium, l’OS et le matériel, là où l’univers Windows reste tributaire de la complexité de son écosystème plus ouvert : multiplicité des OEM, multiplicité des pilotes tiers, périphériques variés, multiplicité des configurations, etc.
Il ne faut pas y voir une condamnation philosophique de Windows mais bien davantage le constat qu’un écosystème plus ouvert paie aussi le prix d’une plus grande variabilité opérationnelle.

Des incidents plus fréquents sur Windows que sur macOS

Le cœur du problème, toutefois, n’est pas seulement l’écart de satisfaction. Il se retrouve largement dans la fréquence des incidents. Selon Omnissa, les machines Windows subissent 3 fois plus d’arrêts forcés que les Mac, 2 fois plus de crashs applicatifs et surtout 7 fois plus de gels d’applications. Ce dernier indicateur est sans doute le plus intéressant, parce qu’il décrit précisément le type de friction qui empoisonne la journée de travail sans forcément déclencher d’alerte IT : l’application ne tombe pas spectaculairement, elle cesse juste de répondre, l’utilisateur attend, s’énerve, recommence, perd le fil, puis repart.

C’est pourquoi Omnissa parle d’une « taxe à l’interruption forcée ». Un reboot forcé ou un crash ne se résume pas à une minute d’indisponibilité technique. L’incident impose aussi un coût cognitif. Le rapport rappelle qu’après une interruption, le temps moyen pour retrouver pleinement sa concentration est de 23 minutes. Pris à l’unité, cela paraît anecdotique. À l’échelle de milliers de collaborateurs, cela devient une fuite massive et quasi invisible de productivité. La stabilité n’est donc plus seulement un sujet de confort utilisateur ou de tickets au support. C’est un sujet de performance opérationnelle.

Bien sûr, ces chiffres sont à prendre avec du recul. Ils traduisent autant les défaillances de l’écosystème que les défauts de Windows. Les chiffres varient probablement très significativement d’un constructeur à l’autre, d’une configuration à l’autre (machines vieillissantes versus machines premium), d’une architecture à l’autre (les PC sous Qualcomm Snapdragon X ont acquis en un an d’existence une réputation de meilleure stabilité).
Omnissa ne fournit pas le niveau détail suffisant pour affiner l’analyse et cherche surtout, ici, à servir son discours sur l’atout de la virtualisation des postes et des Apps. Le vieillissement du parc et la qualité des configurations influent considérablement sur la stabilité de Windows, tous les DSI en ont probablement conscience. Omnissa ne fait aucune corrélation. Mais l’étude montre que le parc Mac intégré dans l’étude est à 79% formé de machines en Apple Silicon (donc relativement récentes).
Et bien évidemment, une seule étude ne suffit pas à former des conclusions définitives : de tels résultats demandent à être confirmés par d’autres études.

Microsoft face à un chantier urgent qui n’est pas l’IA

Néanmoins, ces chiffres ne peuvent pas, non plus, être balayés d’un simple geste et ignorés. Ils restent significatifs et reflètent une partie de la réalité.
Parallèlement, la force de l’étude est aussi de déplacer le regard. Pendant longtemps, les DSI ont évalué la santé d’un parc à partir d’indicateurs binaires : la machine démarre, le poste est connecté, le ticket est clos. Omnissa rappelle qu’un poste peut être techniquement “up” tout en sabotant le travail de son utilisateur par une accumulation de micro-frictions : lenteurs, gels, plantages applicatifs, redémarrages imprévus.

Une zone grise que Microsoft semble avoir largement longtemps sous-estimée ces dernières années, préférant donner la priorité à la « pollution mercantile » (enshittification) de son système pour forcer l’adoption de ses services (MS365, OneDrive, etc.) et à l’intégration précipitée et non désirée de fonctionnalités IA immatures. Négligeant tout le reste, à commencer par les fondations du système. Et ceci, alors même que l’étendue et la diversité de son écosystème imposent aux équipes Windows de mettre bien plus d’énergie, de tests et de contrôle qualité pour garantir fiabilité et stabilité qu’Apple n’a besoin de le faire dans son écosystème ultra-contrôlé.

Si Omnissa observe encore, sur des environnements d’entreprise réels, un tel différentiel d’arrêts forcés, de crashs et de gels applicatifs, avec l’univers Apple, c’est bien que le problème n’est pas cosmétique. Il ne se limite ni à l’image dégradée de Windows 11, ni aux critiques contre Copilot, ni aux débats sur l’interface. Il touche au socle même de l’expérience poste de travail.
Microsoft promet aujourd’hui de réduire la consommation de ressources, d’accélérer l’Explorateur de fichiers, de rendre les mises à jour moins intrusives et d’améliorer la fiabilité générale du système. Mais il faudra beaucoup plus que des promesses pour renverser la tendance. L’éditeur doit profondément revoir sa stratégie, comme il l’a fait avec la cybersécurité et son initiative SFI.
L’an dernier, il a lancé sa « Windows Resiliency Initiative » qui a notamment engendré l’apparition de la fonctionnalité Windows QMR pour éviter les plantages massifs, comme ceux provoqués en 2024 par la mise à jour Falcon de Crowdstrike. Cette initiative doit aller bien plus loin. Et il faudra du temps pour que son impact sur la qualité du système se fasse sentir.

L’étude d’Omnissa tombe bien mal pour Microsoft alors qu’Apple vient de lancer son Macbook Neo et que la pénurie de mémoire enflamme le prix des PC. Elle invite un peu plus les DSI à se reposer des questions sur la fiabilité de Windows face au Mac, sur la cohérence de leur parc informatique, sur les exigences matérielles de Windows, sur les alternatives à envisager… Des alternatives de plus en plus nombreuses au-delà de macOS, avec les Cloud PC d’un côté, les futurs Android PC, et un Linux Desktop qui, avec Wine11 et Wayland d’un côté et la quête d’autonomie numérique de l’autre, gagne probablement en crédibilité.

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