Big Blue noue une collaboration stratégique avec ARM pour développer des systèmes bi-architecture destinés aux workloads IA et data-intensifs. Un virage qui en dit long sur la montée en puissance irrésistible de l’architecture britannique qui après les smartphones, les HPC, les serveurs, les Copilot+ PC, trouvent désormais place sur mainframes.

L’architecture ARM n’est plus cantonnée aux smartphones depuis longtemps. Côté HPC, le supercalculateur japonais Fugaku (Fujitsu A64FX, 48 cœurs ARMv8.2-A) ouvrait la voie en 2020 en devenant la première machine ARM à dominer le TOP500, et ceci quatre fois consécutivement. Son successeur FugakuNEXT, prévu pour 2030, visera l’échelle zetta avec des CPU Fujitsu MONAKA-X en cœurs ARMv9 gravés en 2 nm, couplés cette fois à des GPU NVIDIA.

NVIDIA justement a également depuis beaucoup contribué à « démocratiser » ARM non seulement sur HPC mais également dans les datacenters IA et depuis deux ans dans les serveurs d’entreprise. Après le CPU Grace (72 cœurs Neoverse V2) intégré dans ses « superchips » GH et GB, le concepeur pousse non seulement plus loin l’invasion ARM avec sa plate-forme Vera Rubin mais produit même désormais des CPU autonomes Vera (88 cœurs Olympus ARMv9.2 maison) et des racks de calcul Vera.
Sans oublier que les hyperscalers américains ont aussi déployé de leur côté des millions de puces ARM « maison », à l’instar des Graviton d’AWS, des Axion de Google Cloud et des Cobalt d’Azure.
C’est ainsi qu’ARM revendique plus de 1,25 milliard de cœurs Neoverse dans les datacenters. Dit autrement, en 5 ans, ARM a réussi à devenir un standard des centres de données mais aussi de l’IA.

Et voilà qu’IBM annonce cette semaine une collaboration avec ARM pour développer du matériel bi-architecture destiné à ses plates-formes enterprise IBM Z et LinuxONE. L’objectif : combiner la fiabilité et la sécurité légendaires d’IBM avec l’efficacité énergétique d’ARM et la profondeur de son écosystème logiciel notamment en matière de modèles et workloads IA.

Ce partenariat va ainsi explorer trois axes de travail. D’abord, l’extension des technologies de virtualisation pour permettre aux environnements logiciels ARM de tourner au sein des mainframes IBM. Ensuite, l’exploration de nouvelles approches pour exécuter des workloads IA sur ces systèmes tout en respectant les exigences de haute disponibilité et de souveraineté des données. Enfin, la création de couches technologiques partagées pour ouvrir l’accès à des écosystèmes logiciels plus larges.

Pourquoi IBM a besoin d’ARM

Le mainframe reste une forteresse indéboulonnable dans la finance et les administrations, et IBM a récemment musclé ses capacités IA avec le processeur Telum II et l’accélérateur Spyre intégrés au z17. Mais ces innovations restent prisonnières de l’écosystème propriétaire IBM Z. Or le monde bascule vers ARM à grande vitesse : les développeurs codent pour ARM, les modèles IA s’optimisent pour ARM, les conteneurs tournent sur ARM.

En ouvrant ses plates-formes à l’exécution d’applications ARM, IBM fait d’une pierre trois coups : la firme élargit le catalogue logiciel accessible à ses clients mainframe, se positionne comme une plateforme d’accueil pour les workloads IA, et offre un argument de modernisation aux DSI qui hésitent entre rester sur Z et migrer vers le cloud.

On notera néanmoins l’étonnante prudence des deux acteurs dans leur communiqué commun : les mots « exploring » et « aim to » reviennent en boucle, et IBM précise que ses déclarations sur l’avenir « sont susceptibles de modification sans préavis ».
Il est clairement trop tôt pour affirmer que la prochaine génération « Z18 » bénéficiera d’un support ARM. Mais la direction est prise. Pour la première fois, IBM envisage de faire cohabiter ARM avec ses propres processeurs au cœur des systèmes IT les plus critiques. Dans le petit monde du mainframe, c’est une tectonique des plaques. Et une nouvelle perte de crédibilité pour l’écosystème x86…

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