S’exprimant à Davos, Dario Amodei, le CEO d’Anthropic, a paru plus accélérationniste que jamais. Selon lui, l’IA pourrait remplacer la quasi‑totalité du travail des développeurs d’ici 6 à 12 mois, et faire disparaitre la moitié des emplois juniors de cols blancs d’ici 5 ans.
À Davos, au World Economic Forum 2026, Dario Amodei a remis une pièce dans la machine à prédictions qui agite déjà toute la filière logicielle. Le CEO d’Anthropic assume un scénario très offensif. Dans un horizon de 6 à 12 mois, il estime que Claude Code pourra accomplir « la plupart, sinon l’intégralité » du travail d’un ‘software engineer’ sur l’ensemble du cycle de vie, des exigences des utilisateurs au déploiement en passant par le test et l’exploitation.
Cette projection ne sort pas de nulle part. Elle s’appuie d’abord sur un constat organisationnel interne. Chez Anthropic, les ingénieurs « n’écrivent quasiment plus aucun code » eux-mêmes, leur rôle glissant vers celui d’architectes et de chefs de produit qui formulent les besoins, éditent et valident la production des modèles. Dit autrement, l’IA qui sait déjà produire du code, est déjà sur la prochaine marche qui consiste à prendre en charge le chaînage complet, avec de la planification, de la navigation de dépôts, des modifications multi-fichiers, une exécution de tests et une livraison de correctifs. La folie virale autour de Claude Code sur les réseaux sociaux montre clairement que l’outil d’Anthropic est déjà clairement capable d’orchestrer seul cette chaîne d’ingénierie logicielle. Et il ne fait que progresser, version après version ?
L’IA de niveau Nobel est proche
Et pour le CEO d’Anthropic, cette dynamique s’accélère. La boucle de rétroaction se ferme à grande vitesse avec un enchaînement où l’IA écrit son propre code, mène sa propre recherche et accélère ensuite sa propre itération. Dit autrement, si l’on obtient un couplage robuste entre génération de code, exécution, évaluation et amélioration, la progression n’est plus linéaire mais potentiellement « exponentielle » à l’échelle de quelques itérations de modèles.
Ce raisonnement s’aligne avec une thèse qu’Amodei développe par ailleurs dans son essai Machines of Loving Grace. Il y définit une « powerful AI » capable d’être « plus intelligente qu’un prix Nobel » sur de nombreux champs, et considère explicitement que ce seuil peut arriver « dès 2026 ».
À Davos, Dario Amodei a une nouvelle fois maintenu la fenêtre 2026-2027 pour des modèles de niveau « prix Nobel » dans plusieurs domaines.
Face à lui, Demis Hassabis, le patron de Google DeepMind, reconnaît être plutôt aligné sur ce calendrier mais reste plus sceptique sur l’arrivée de l’AGI. Pour lui, « il y une probabilité de 50 % d’atteindre l’AGI avant 2030 ». Il explique son relatif scepticisme par un verrou du monde physique (qui est au cœur des réflexions de Yann LeCun et de sa nouvelle startup AMILabs).
Car pour lui, les indéniables progrès en code et en maths des modèles actuels ne se transposent pas automatiquement aux sciences naturelles, où l’expérimentation et la vérification restent des goulots d’étranglement, et où la créativité scientifique n’est pas un simple sous-produit de l’exécution.
Le scénario décrit par Amodei fonctionne à court terme car dans le logiciel, l’IA peut y observer, agir, tester et itérer dans un environnement entièrement numérique. Mais ce n’est pas vrai partout et le monde réel est encore difficile à appréhender par les IA.
L’onde de choc sur l’emploi, déjà visible sur le bas de l’échelle
La partie la plus inflammable du propos du CEO d’Anthropic est pourtant ailleurs… dans la dimension sociale. Selon Dario Amodei, « la moitié des postes juniors de cols blancs pourrait disparaître dans une fenêtre de un à cinq ans ».
À Davos, l’impact sur le recrutement junior et les stages a entretenu bien des discussions. Et les premiers signes émergent justement dans les rôles logiciels. Et certains s’interrogent de plus en plus ouvertement sur un paradoxe qui se dessine à vitesse grand V : une hausse forte de la croissance accompagnée d’un chômage élevé et croissant.
L’ennemi Chinois
Pas à une polémique près, Dario Amodei s’en est aussi pris avec virulence contre la décision américaine de finalement autoriser Nvidia à vendre ses puces H200 à la Chine. Il juge cette position non seulement dangereuse pour la sécurité nationale mais aussi stratégiquement suicidaire. Pour lui, les États‑Unis disposent « de nombreuses années d’avance sur la Chine en matière de fabrication de puces ». Pour lui, les modèles d’IA représentent « des implications incroyables pour la sécurité nationale » car ils incarnent « essentiellement la cognition, l’intelligence ». Il décrit l’IA future comme « un pays de génies dans un data center », capable de concentrer l’équivalent de « 100 millions de personnes plus intelligentes que n’importe quel lauréat du Nobel » sous le contrôle d’un seul État. C’est précisément pour cela qu’il juge l’exportation de puces vers la Chine « folle », allant jusqu’à comparer la décision américaine à « vendre des armes nucléaires à la Corée du Nord en se vantant que Boeing a fabriqué les coques ».
Des propos sans filtre et des prédictions pour les mois à venir qui jettent comme un froid dans le dos des observateurs européens. Amodei ne se contente pas d’annoncer une avancée produit, il pousse un récit de bascule systémique où l’IA devient à la fois outil de production, levier de compétitivité et instrument de puissance. Qu’on partage ou non ses horizons, le simple fait qu’un dirigeant d’un acteur majeur parle aussi vite, aussi fort et aussi « géopolitique » dit quelque chose de l’époque. L’IA n’est plus seulement un sujet d’innovation. C’est un sujet d’organisation du travail, de souveraineté industrielle et de stabilité sociale. Amodei s’interroge d’ailleurs sur le manque d’intérêt et d’engagement des politiques sur ces sujets. Même si ses prédictions surestiment la vitesse du basculement, elles imposent des réponses rapides. Parce qu’on ne ralentira plus l’IA désormais…





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