Arm n’est plus seulement l’affaire des hyperscalers, et VMware ne peut plus laisser ESX regarder le datacenter évoluer sans lui. Entre Grace, Ampere, edge et IA distribuée, Broadcom teste une passerelle vers un monde où x86 ne règne plus seul.

Cela fait des années que VMware évoque le support d’Arm dans son hyperviseur ESX. Souvent évoqué, parfois montré, jamais vraiment transformé en offre exploitable à grande échelle; ce support virait à l’Arlésienne. Mais le marché a changé. Depuis le déferlement des superchips NVidia « Grace-Blackwell » dans les architectures HPC et les infrastructures IA, depuis l’adoption massive de puces Arm maison chez les hyperscalers (Graviton chez AWS, Cobalt chez Azure, Axion chez Google); l’architecture Arm a envahit les datacenters. Et, pour rester cohérent avec le marché, VMware se devait de faire avancer ce dossier rester dans les cartons après le rachat par Broadcom. Certes, les infrastructures privées et hybrides sont encore très majoritairement x86, mais elles devront probablement composer avec davantage d’hétérogénéité, notamment pour l’edge, les télécoms, certaines charges cloud-native et les déploiements IA distribués.

Discrètement, VMware a donc publié une préversion technologique de son hyperviseur ESX capable de fonctionner sur des serveurs équipés de processeurs Arm. Ce n’est pas encore une révolution commerciale. Mais c’est un signal significatif pour un marché de la virtualisation en pleine recomposition.

Un premier support très encadré

La nouveauté tient d’abord au périmètre matériel. Cette préversion vise des serveurs HPE et Gigabyte motorisés par des processeurs Ampere, ainsi qu’un modèle Supermicro équipé d’un Nvidia Grace. Côté machines virtuelles, la documentation évoque la prise en charge de distributions Linux d’entreprise comme Red Hat Enterprise Linux, Ubuntu et SUSE.

VMware sort donc enfin des expérimentations marginales autour d’Arm pour poser les bases d’un usage serveur plus classique, avec des machines physiques identifiées, des systèmes invités connus et une trajectoire qui dépasse le simple laboratoire technique.

Encore loin d’un VMware complet sur Arm

Il faut toutefois garder la tête froide. Il s’agit bien d’une préversion, encore très loin de l’expérience IT complète dont disposent les clients VMware sur x86. Des briques majeures de l’écosystème, comme vSAN pour le stockage hyperconvergé ou NSX pour la virtualisation réseau, ne sont pas encore de la partie.

Même l’administration reste particulière. Les clusters Arm doivent être pilotés depuis un vCenter autonome exécuté sur x86, avec une recommandation de ne pas mélanger environnements x86 et Arm dans la même console. VMware avance donc prudemment, sans promettre une parité immédiate avec ses plateformes historiques.

Cette préversion ressemble moins à un produit prêt à déferler qu’à une assurance stratégique. VMware prépare le terrain au cas où Arm cesserait d’être une option d’hyperscaler pour devenir une architecture d’infrastructure « on-premises » à part entière. Ne l’oublions pas, Arm vise ouvertement le marché du datacenter d’entreprise avec sa toute première puce fabriquée et vendue par ses propres soins, l’AGI CPU. Parallèlement, NVidia a annoncé son intention de faire du CPU « Vera » un vrai marché en le commercialisant en toute autonomie. Et Qualcomm compte aussi revendiquer une place dans les datacenters.

Bref, il n’y a pas encore pour les DSI matière à refondre une stratégie de virtualisation autour d’Arm. Mais il est l’heure pour VMware de s’y préparer.

 

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