Près d’un an après la prise de pouvoir de Lip-Bu Tan et malgré les investissements importants de l’Etat américain et de NVidia, Intel continue d’afficher des pertes mais surtout des perspectives encore assez sombres.
Au-delà du chiffre d’affaires, deux chiffres résument bien le mal-être du fondeur. Le marché PC a connu au dernier trimestre 2025 une forte croissance de plus de 9%. Mais sur cette même période Intel a vu ses ventes de processeurs PC diminuer de 7% !
Sur le quatrième trimestre 2025, Intel annonce 13,7 Milliards de dollars de chiffre d’affaires, en baisse de 4 % sur un an et un chiffre très inférieur aux attentes du marché. Le groupe affiche une perte nette GAAP de 600 millions de dollars et sa marge brute recule nettement (-36,1 % en GAAP), signal que le mix produits et les coûts de production restent sous tension. Néanmoins, le résultat opérationnel non GAAP est positif à +580 millions de dollars, preuve que les restructurations majeures opérées en 2025 n’ont pas été inutiles.
La lecture par métiers est plus parlante. Côté produits, la dynamique bascule clairement vers les serveurs et l’IA. Le pôle Data Center and AI grimpe à 4,7 Md$ (+9 % sur un an) et surtout retrouve une rentabilité qui redevient « audible » avec 1,25 Md$ de résultat opérationnel sur le trimestre. Comme déjà évoqué, le Client Computing Group retombe en revanche à 8,2 Md$ (-7 %), avec une marge opérationnelle qui s’érode.
Le paradoxe, c’est qu’Intel affiche une demande robuste tout en reconnaissant ne pas pouvoir la servir pleinement. La direction l’explique par des pénuries « industrie » et par une montée en puissance industrielle encore imparfaite, y compris sur le fameux nœud de gravure 18A, présenté comme un jalon stratégique pour tout le groupe, avec notamment la sortie des Core Ultra Series 3.
Dans le même temps, l’Intel Foundry continue de faire le grand écart, 4,5 Md$ de revenus mais une perte opérationnelle de 2,5 Md$ au trimestre. Autrement dit, la fonderie « tourne », mais elle brûle encore beaucoup de cash pour financer la transition vers les nœuds 18A et 14A ainsi que sa montée en charge. Plus inquiétant peut-être, les rendements de fabrication restent décevants.
Intel compte sur le marché des workloads IA dans les datacenters et la modernisation des architectures informatiques pour l’IA pour rester à flot. Le fabricant de puces veut se recentrer sur les versions haut de gamme. Il a annoncé l’abandon des puces à 8 canaux pour les serveurs afin de se concentrer sur les puces à 16 canaux et au-delà (ce qu’AMD a déjà fait). Les futurs Xeon 7 “Diamond Rapids” (P‑cores, gravure 18A) abandonnent l’HyperThreading, pour réduire la complexité, améliorer la sécurité et optimiser les performances single‑thread (ce qui a du sens avec la multiplication des cœurs au sein des puces). Mais l’hyperthreading (jamais abandonné par AMD) fera son retour avec les Xeon 8 « Coral Rapids » dont Intel voudrait accélérer la sortie en s’appuyant sur son nœud 18A plutôt que sur le nœud 14A envisagé au départ. En outre, Coral Rapids pourrait être le premier CPU Intel à intégrer NVLink Fusion, permettant une cohérence mémoire avec les GPU Nvidia.
Et l’année 2026 s’annonce toujours difficile. Le premier trimestre ne devrait ainsi montrer aucune amélioration. Intel anticipe 11,7 à 12,7 Md$ de chiffre d’affaires à nouveau en baisse et, surtout, un résultat attendu proche de zéro en version “ajustée” et négatif en comptabilité classique (GAAP). Intel s’attend à un début d’année difficile, non pas parce qu’il n’y a rien à vendre, mais parce que la combinaison « coûts de montée en puissance + contraintes de fabrication » pèse encore lourd dans sa balance. Intel doit prouver qu’il sait produire en volume, avec des rendements suffisants, des coûts qui baissent, et un calendrier tenu. Tant que ce n’est pas parfaitement stabilisé, la renaissance du groupe demeure une promesse à tenir. Son CEO, Lip-Bu Tan rappelle que le retour en force d’Intel sera un « voyage pluriannuel » nécessitant constance et exécution impeccable.
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