Mythos sort de preview et devient « Claude Mythos 5 » mais reste réservé. Parallèlement, Anthropic lance Claude Fable 5, premier modèle de classe Mythos accessible à tous… mais sous haute surveillance. Explications…
Souvenez-vous : en avril, Anthropic présentait Claude Mythos Preview, un modèle qui s’était révélé redoutablement doué pour dénicher des vulnérabilités dans tous les grands systèmes d’exploitation et navigateurs, sans même avoir été conçu pour la cybersécurité. De quoi donner des sueurs froides aux RSSI de la planète. La firme avait donc réservé l’accès à un cercle restreint de partenaires triés sur le volet, réunis au sein de Project Glasswing, une collaboration avec AWS, Apple, Google, Cisco, Microsoft ou encore JPMorgan Chase, chargés de colmater les failles de leurs logiciels avant que les pirates ne s’en emparent.
Ce mardi 9 juin, Anthropic a créé la surprise en annonçant deux nouveaux modèles. Le premier n’est autre que Claude Mythos 5 qui succède à sa preview mais demeure inaccessible en dehors du projet Glasswing. Le second se prénomme « Claude Fable 5 », premier modèle de « classe Mythos » offert au commun des mortels. Anthropic explique que cette diffusion large est rendue possible par de nouveaux garde-fous qui bloquent les réponses dans certains domaines à haut risque.
Le même cerveau, mais pas le même videur à l’entrée
Fable 5 et Mythos 5 partagent en réalité le même modèle sous-jacent. La différence réside dans le filtrage des requêtes et les garde-fous. Dans les domaines sensibles comme la cybersécurité, la biologie, la chimie ou la distillation de modèles, Fable 5 bloque immédiatement sa réponse et bascule automatiquement vers Claude Opus 4.8 pour en générer une.
En clair : posez une question anodine, et vous parlerez au surdoué ; posez une question qui sent le soufre, et c’est le grand frère plus sage et moins puissant qui décroche l’appel. Toutefois, selon Anthropic, les garde-fous se sont activés dans moins de 5 % des sessions lors de ses tests internes.
Par ailleurs, pour évaluer la solidité de ses nouveaux garde-fous, l’éditeur a mené un programme de chasse aux bogues externe représentant plus de 1 000 heures de tests, sans qu’aucun contournement universel ne soit découvert. Ce n’est pas une garantie, mais cela rassure et permet à Anthropic d’ouvrir en grand l’accès à Fable 5.
Des performances qui décoiffent
Côté muscles, Anthropic ne fait pas dans la fausse modestie. Le modèle serait au sommet de l’état de l’art sur la quasi-totalité des référentiels testés, avec des performances exceptionnelles en génie logiciel, travail de la connaissance, vision et recherche scientifique. Sur certains tests, Fable 5 dépasse de plus de 10 % Claude Opus 4.8, pourtant annoncé le mois dernier. Contrairement aux récentes sorties (Gemini 3.1 Pro, Opus 4.8, GPT5.5), la progression est clairement marquée sur bien des benchmarks.
Les premiers retours terrain sont des plus positifs : Stripe affirme que Fable 5 a compressé des mois d’ingénierie en quelques jours, et le modèle aurait bouclé seul une migration de code Ruby qui aurait mobilisé une équipe pendant plus de deux mois. Quant à la version sans muselière, Mythos 5 aurait accéléré par dix certaines étapes de la conception de médicaments. Celle-ci reste toutefois chasse gardée : seuls les partenaires de Project Glasswing et quelques chercheurs en biologie sélectionnés y ont accès, les utilisateurs de Mythos Preview étant automatiquement promus vers Mythos 5.
Combien ça coûte ?
La facture est évidemment salée : comptez 10 dollars par million de jetons en entrée et 50 dollars en sortie. Tarif applicable aussi bien à Fable 5 qu’à Mythos 5, ce qui en fait les modèles les plus chers du marché. On notera néanmoins que c’est la moitié du tarif pratiqué par Anthropic sur Mythos Preview.
Fable 5 est disponible immédiatement et inclus dans les abonnements Pro, Max, Team et Enterprise jusqu’au 22 juin seulement. Au-delà de cette date, des crédits d’usage s’appliqueront le temps d’étoffer les capacités de calcul.
Toutefois, il est essentiel de remarquer que Fable 5 consomme le crédit d’utilisation 2 fois plus vite qu’Opus 4.8 !
Autre petit caillou dans la chaussure des DSI : les usages professionnels de ces deux modèles s’accompagnent d’une rétention obligatoire des données de 30 jours pour la surveillance de sécurité.
L’ironie de l’histoire
On savourera le tempo : ce lancement intervient quelques jours seulement après la publication par Anthropic d’un article intitulé « quand l’IA se fabrique elle-même ». On y apprend que depuis la disponibilité en interne de Mythos Preview, plus de 80% du code mis en production chez Anthropic est écrit par Claude. Sur les problèmes les moins cadrés, ceux où l’on donne un objectif mais pas une marche à suivre précise, le taux de succès de Claude atteint 76 % en mai 2026 (avec Mythos), soit 50 points de plus en six mois (que ce que permettait Claude Opus à l’époque). Anthropic donne l’exemple d’un incident complexe sur des jobs d’entraînement IA : Claude aurait trouvé la cause en environ deux heures, là où le travail aurait normalement pris deux à trois jours. Autre chiffre, les capacités d’optimisation expérimentale sont passées de 3x (Claude Opus 4) à 52x (Claude Mythos Preview) en moins d’un an. Dernier chiffre sidérant, la durée des tâches que l’IA peut mener seule doublerait tous les quatre mois.
Et Anthropic de tirer la sonnette d’alarme. L’IA ne s’améliore pas encore toute seule de bout en bout. Mais elle commence à automatiser une part massive du travail nécessaire pour s’améliorer elle-même : écrire le code, tester, corriger, optimiser, explorer des pistes. Pour l’instant, les humains gardent surtout le rôle le plus stratégique : choisir les bons problèmes, juger les résultats et décider de la direction. ais au rythme où vont les choses, cette frontière pourrait se déplacer très vite.
C’est précisément ce glissement qui inquiète Anthropic. Tant que l’IA reste un outil accélérant le travail humain, le cadre reste relativement lisible. Mais si les modèles deviennent capables de contribuer directement et massivement à la conception de leurs successeurs, l’écosystème change de nature. Le progrès ne dépend plus seulement du nombre de chercheurs, de développeurs et de GPU disponibles, mais aussi de la capacité des modèles à accélérer leur propre cycle d’amélioration.
C’est pourquoi, dans son texte, l’entreprise évoque explicitement l’idée d’appuyer sur la pédale de frein. Non pas sous la forme d’un moratoire naïf ou d’un arrêt solitaire de ses propres travaux, mais comme une option que le monde devrait être capable d’activer si les modèles commençaient à s’auto-améliorer trop vite. Objectif, laisser à la société, aux chercheurs en alignement et aux institutions le temps de suivre. Mais l’éditeur reconnaît lui-même que l’option est peu crédible. Ralentir seul ne servirait à rien et laisserait simplement les acteurs les moins prudents prendre l’avantage. Pour qu’une pause ait du sens, il faudrait que les grands laboratoires, dans plusieurs pays, acceptent de freiner ensemble, selon des règles communes, avec des mécanismes permettant de vérifier que personne ne continue en secret. Soyons clairs, ça n’arrivera pas.
Reste que sortir Fable 5 quelques jours après cette publication relève de l’ironie. Certains notent que l’éditeur appelle à freiner, mais après avoir doublé tout le monde. Avec une introduction en Bourse attendue dès cette année, Anthropic prouve surtout qu’on peut prêcher la prudence tout en appuyant sur l’accélérateur. Du grand art.
Reste la vraie question, celle que tout le monde se pose depuis la sortie de ChatGPT et qui prend avec Fable 5 et Mythos 5 davantage de corps : comment construire, en quelques années, un régime de confiance et de vérification internationale pour une technologie qui progresse plus vite que les institutions chargées de l’encadrer ?
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