Entre héritage logistique et bascule vers l’IA multimodale, l’entrepôt entre dans une nouvelle ère. Derrière les promesses d’automatisation se joue une transformation plus profonde : celle d’opérations plus fluides, plus prédictives… et surtout plus humaines.
Dans l’Antiquité, la puissance de l’Empire romain reposait autant sur ses légions que sur des prouesses logistiques, comme les Horrea Galbae, de vastes entrepôts capables de ravitailler des cités impériales entières. Dix-sept siècles plus tard, les défis de l’entreposage sont intemporels et restent tout aussi complexes.
A l’ère de l’industrie 4.0, les organisations logistiques doivent assurer une visibilité continue des équipements et des stocks, tandis que les chaînes d’approvisionnement sont devenues plus globales et plus complexes. Comment piloter des chaînes d’approvisionnement mondiales constamment exposées aux perturbations ? Vers qui se tourner face à la hausse des coûts opérationnels et à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée ?
L’IA pour alléger la charge
C’est dans ce contexte que l’IA s’impose comme un levier pertinent pour alléger la charge des équipes terrain. Loin de les transformer en simples exécutants, l’IA rend leur travail moins répétitif et plus qualifié. Les équipes peuvent alors se concentrer sur des missions à plus forte valeur ajoutée, comme renforcer le service client, assurer un contrôle qualité plus rigoureux ou résoudre les problèmes de manière plus intelligente.
Ces évolutions se traduisent par une hausse de la satisfaction, de l’engagement et de la fidélisation des collaborateurs. Selon une récente étude, 93% des collaborateurs interrogés estiment que l’automatisation et les technologies mobiles attirent et retiennent davantage de talents. Par ailleurs, 89% déclarent se sentir davantage valorisés lorsque leur employeur met à leur disposition des outils technologiques conçus pour les aider.
En 2026, l’IA multimodale embarquée (combinant voix, vision, texte, son) deviendra courante, intégrée aux terminaux mobiles, tablettes et terminaux transportables utilisés quotidiennement par les équipes. Elle fournira la bonne information, au bon moment :
* Un préparateur de commandes pourrait recevoir une alerte proactive sur son terminal portable, via une IA connectée à des capteurs IoT en rayon, d’un risque ou d’un ajustement à effectuer.
* Un responsable pourra interroger un agent IA embarqué, entraîné sur les données de l’entreprise, pour obtenir des informations sur des procédures, des stocks ou des listes de tâches, sans quitter le terrain.
* Un chauffeur-livreur pourra utiliser son assistant IA pour ajuster son itinéraire en temps réel en fonction du trafic et des conditions météorologiques, recevant des instructions audio afin de rester concentré sur la route.
Ces processus améliorés ne fonctionneront pas de manière isolée. Des logiciels d’IA synchronisés et unifiés permettront de soutenir un terrain connecté et d’optimiser réellement les workflows. D’ailleurs, 63% des responsables d’entrepôt prévoient de déployer des logiciels d’IA dans les cinq prochaines années.
De la réactivité à l’anticipation
L’un des changements majeurs attendus en 2026 sera le passage de l’analyse rétrospective à la prévision proactive. Un rapport récent indique que près des deux tiers des organisations de transport et de logistique déploient déjà ou testent l’IA pour prédire les heures d’arrivée estimées, et plus d’un tiers l’utilisent pour la prévision de la demande.
Ces systèmes deviendront la norme, ouvrant la voie à des chaînes d’approvisionnement véritablement proactives. Ils permettront par exemple de réorienter dynamiquement les stocks, d’anticiper et résoudre les goulots d’étranglement, de piloter l’ensemble du processus de préparation et d’expédition et d’absorber les fluctuations du e-commerce.
Le moteur de cette évolution repose sur le carburant du XXIe siècle : la donnée terrain en temps réel. À l’image des entrepôts de la Rome antique, les infrastructures actuelles sont vastes, tout comme les défis liés à une gestion plus efficace des stocks, à une meilleure visibilité des équipements et à une prévision précise de la demande. La capacité de l’IA à ingérer, analyser et formuler des recommandations à partir de volumes massifs de données complexes deviendra un facteur déterminant pour la compétitivité.
Vers des entrepôts plus intelligents et plus humains
Nous verrons également l’essor d’entrepôts intelligents où des systèmes d’IA agentique prendront des décisions autonomes pour optimiser les flux de marchandises, passant de l’exécution de tâches préprogrammées à l’orchestration fluide de workflows complexes.
Mais cela ne signifie pas que l’humain devient superflu. La prochaine étape de l’IA dans la logistique et l’entreposage est celle d’un partenariat visant à améliorer le travail au quotidien. Il s’agit de trouver le bon équilibre entre le digital et le physique afin de libérer l’expertise et la créativité humaines des contraintes matérielles inutiles.
À quoi ressembleront donc les entrepôts en 2026 et au-delà ? Ils seront moins stressants et nettement plus humains.
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Par Phil Sambrook, Directeur de la stratégie transports & logistique EMEA, Zebra Technologies
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