Grok, c’est un peu l’enfant terrible de l’IA générative. Une IA aux garde-fous limités qui privilégie le « free speech » façon Elon Musk, qui fait un peu peur mais qui rencontre un vrai succès populaire. Sa maison mère, xAI, annonce une nouvelle levée de fonds XXL et veut devenir une option crédible pour les entreprises…

Fondée il y a trois ans avec l’ambition déclarée de « comprendre l’univers », xAI s’est rapidement imposée comme un concurrent sérieux d’OpenAI et Anthropic. L’entreprise est surtout connue pour son produit phare, l’assistant Grok AI, et les modèles de langage Grok reconnus pour leur capacité de raisonnement et leur accès en temps réel aux données de la plateforme X (ex Twitter).

La jeune pousse annonce cette semaine une levée de fonds en Série E de 20 milliards de dollars, une levée surdimensionnée par rapport à un objectif initial de 15 milliards. L’argent n’est pas destiné à financer une campagne marketing autour de Grok, mais à financer du béton, du réseau et du refroidissement : un build-out de data centers pour soutenir l’entraînement et l’inférence à grande échelle.

Cette opération financière massive propulse la valorisation de l’entreprise à environ 230 milliards de dollars. Le tour de table réunit un consortium d’investisseurs de premier plan, incluant Valor Equity Partners, Fidelity Management & Research Company, le fonds souverain du Qatar (QIA) ainsi que MGX et des investisseurs stratégiques comme NVIDIA et Cisco Investments.

20 milliards pour quoi faire

xAI précise que ces fonds visent à accélérer le déploiement de ses infrastructures et à alimenter sa R&D.

L’importance de cette levée de fonds réside moins dans le montant, bien que colossal, que dans sa destination : la puissance de calcul brute. L’intégralité ou presque de ces 20 milliards sera injectée dans l’extension des data centers, notamment les sites Colossus I et II, des supercalculateurs considérés comme faisant partie des clusters GPU les plus puissants de la planète et qui servent de colonne vertébrale à l’entraînement de ses modèles.

Pour xAI, il s’agit de ne pas se laisser distancer dans la course à l’échelle (face à OpenAI et son projet Stargate notamment), alors que la performance des modèles est directement corrélée à la quantité de « compute » disponible. Cette manne financière servira également à renforcer les capacités multimodales de l’IA, incluant la voix et la génération d’images, tout en soutenant l’expansion commerciale des nouvelles offres B2B.

Grok Business et Grok Enterprise

Car parallèlement, xAI pousse Grok dans l’entreprise avec des offres Grok Business et Grok Enterprise. Le prix public communiqué pour Grok Business se situe à 30 dollars par utilisateur et par mois. Ces offres, conçues pour concurrencer directement ChatGPT Enterprise, proposent des fonctionnalités essentielles pour les entreprises telles que l’authentification unique (SSO), la synchronisation des annuaires et surtout, la garantie que les données des clients ne sont jamais utilisées pour entraîner les modèles. Cette dernière se concrétise au travers d’une brique « Enterprise Vault », présentée comme un environnement isolé, chiffré, avec des clés gérées par le client (CMEK) et un plan de données séparé.

xAI met également en avant une console d’admin et des contrôles d’accès, l’intégration avec Google Drive, ainsi que des réponses appuyées par des citations vers les sources documentaires de votre entreprise.

En clair : xAI veut désormais cocher les cases que les DSI exigent systématiquement, en particulier dès qu’un assistant touche à des données internes, à des documents contractuels ou à des workflows métiers.

Un marché sous pression

Avec cette levée de fonds, xAI se positionne fermement comme le principal rival d’OpenAI (valorisé récemment autour de 500 milliards de dollars) et d’Anthropic (350 milliards), confortant un peu plus encore l’oligopole de l’IA générative américaine.
Reste que la concurrence est frontale et déjà bien structurée dans les entreprises : ChatGPT Enterprise côté OpenAI, Gemini/Vertex côté Google, Copilot côté Microsoft, Bedrock côté AWS, sans oublier Claude AI et Claude Code chez Anthropic (Claude) ainsi qu’en Europe, un Mistral AI moins fortuné mais qui joue la carte d’une proximité réglementaire, de la souveraineté et de la variété d’options de déploiement. La bataille ne se jouera pas que sur la pertinence des modèles mais aussi sur la gouvernance, les intégrations SI, la sécurité, la séparation des données, l’auditabilité et le coût total d’usage.

C’est précisément là que xAI doit convaincre : transformer une marque très visible grand public en une offre dont le RSSI peut signer le dossier, et dont la DSI peut industrialiser l’adoption sans créer une dette de gouvernance.

 

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