Le vibe coding représente un changement profond dans la manière de produire du logiciel. Mais en supprimant la lecture et la compréhension du code, il supprime aussi des garde-fous essentiels. Les entreprises sont-elles prêtes à en assumer les conséquences techniques et réglementaires ?
Le vibe coding ne se limite pas à du no-code boosté à l’IA. Il s’agit de développer sans jamais manipuler le code source, en formulant des intentions via un prompt. L’intelligence artificielle interprète cette requête et génère une application utilisable. Le tout plus rapidement qu’un humain.
La majorité des LLM (ChatGPT, Claude, Gemini…) proposent déjà ce type de service, parfois via des interfaces visuelles enrichies. On ne parle donc plus de lignes de code, mais de blocs fonctionnels générés automatiquement. Et c’est bien là que les choses se compliquent.
Un accélérateur d’innovation pour les métiers
Bien utilisé, il permet de créer des MVP en quelques heures au lieu de plusieurs semaines. D’offrir à des profils métiers la capacité de tester leurs idées seuls. Et de réduire drastiquement les coûts de développement pour des start-ups ou des projets internes.
C’est un outil très puissant de démocratisation technologique, à condition de rester lucide sur ses limites.
Les risques sont importants : bugs, fuites de données…
Sous son apparente simplicité, le vibe coding masque des dangers bien réels. Le plus évident est l’introduction de bugs invisibles. L’utilisateur ne lit pas le code généré, ne vérifie pas sa robustesse, n’identifie pas les cas limites. Ce qui semble fonctionner à court terme peut entraîner, sur le long terme, une dette technique considérable et difficilement rattrapable.
Les retours terrain montrent des situations critiques comme des scripts générés contenant des clés API en clair, des requêtes non sécurisées, ou encore des logiques métier mal implémentées, sans que personne ne s’en aperçoive avant la mise en production.
Ce type d’erreurs, banalisé par l’absence de relecture technique, expose les organisations à des risques majeurs de sécurité, de performance… et de responsabilité. Autant de failles critiques qui, dans les secteurs régulés comme la santé ou la finance, deviennent immédiatement des violations de conformité. Et dans tous les cas, une question essentielle se pose, qui est responsable du code généré par l’IA ?
Sécurité et conformité : l’angle mort du vibe coding ?
Trop souvent, les entreprises ont tendance à sous-estimer l’ampleur des risques liés au vibe coding, notamment en matière de sécurité et de conformité.
Du côté du respect du RGPD, c’est un terrain miné car personne ne vérifie comment les données personnelles sont traitées ni si elles respectent les obligations de traçabilité et de confidentialité. Or, avec l’entrée en vigueur du Cyber Resilience Act et de l’AI Act, la responsabilité légale des éditeurs et des entreprises est désormais clairement établie. Publier une solution générée par IA sans validation ni audit revient à engager directement sa responsabilité juridique comme opérationnelle.
Le vibe coding peut être utilisé en entreprise à condition de bien en définir ses usages. Une expérimentation libre, pour les scripts à usage interne, non critiques. Et une validation systématique par des développeurs, avec tests de sécurité automatisés, et audit du code généré pour un usage destiné à la production.
Dans un contexte où la responsabilité logicielle est appelée à se renforcer, la régulation du vibe coding apparaît comme inévitable. Les entreprises doivent être responsabilisées, elles ne peuvent plus ignorer les risques qu’elles font peser sur leurs clients, leurs données ou leur conformité. Des modèles contraints, des outils préentraînés, des surcouches de vérification devront voir le jour. Sans quoi, cette innovation pourrait bien s’éteindre d’elle-même, victime de son propre manque de garde-fous.
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Par Olivier Roger, Lead Developer, spécialiste des pratiques de développement logiciel en environnement ESN chez Boond





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