Partant d’un constat simple à établir – la faiblesse française du logiciel – l’association Efel Power s’est donné comme objectif de « promouvoir les éditeurs français en nous associant dans une démarche commune de lobbying et de promotion dans une logique assumée de coopétition. Le but étant de favoriser l’émergence de champions nationaux se développant aux niveaux national et international ». Pour y parvenir, Efel Power souhaite une plus ouverture des marchés publics et des grandes entreprises présentes sur le territoire national. InformatiqueNews fait le point avec Alain Garnier, le président de l’association.

InformatiqueNews : Six mois après la création, quelle est la situation de votre association ?

Alain Garnier : une trentaine d’adhérents à la création, 70 aujourd’hui, nous espérons atteindre la centaine à la fin de notre premier exercice. Nous avons déjà pu faire entendre notre voix qui dénote avec le discours ambiants. Notre objectif est vraiment de faire prendre conscience aux pouvoirs publics que nous avons de nombreux atouts pour être un pays champion dans le logiciel. Et il n’est pas trop tard. Il faut développer la culture du logiciel en France qui est trop souvent passé après celle des services. Car ces derniers sont trop souvent du bricolage alors que le logiciel est le seul moyen de passer à l’ère numérique de manière industrielle. Et dans de nombreux domaines, sur le plan technique, les éditeurs français sont plus avancés que leurs concurrents américains.

InformatiqueNews : Il avait déjà le Syntec qui a, par construction, plutôt une culture services – même si Syntec Numérique à un collège logiciel – et l’Afdel, y avait-il besoin d’une troisième force pour défendre les intérêts des éditeurs français ?

A.-G. : C’est justement là le problème car comme vous le faites remarquer, Syntec Numérique a une culture service ; quant à l’Afdel, c’est une association qui est assez largement influencée par Microsoft et ne défend pas réellement les intérêts des éditeurs français.

InformatiqueNews : Un éditeur peut-il être membre de différentes associations ?

A.-G. : Bien sûr. Mais pour être membre d’Efel Power, il faut vérifier un certain nombre de conditions. Réaliser plus de 50% du chiffre d’affaires en cumulant les revenus de redevance de licence ou d’abonnement à un service SaaS et de maintenance. La valeur ajoutée doit être française et les salaires chargés des personnes salariées en France doivent représenter plus de 50% de la marge brute autrement dit l’entreprise ne doit pas être une simple filiale d’un groupe étranger. Le point important est de savoir qui détient la propriété intellectuelle. En revanche, nous ne sommes pas entrés dans la fausse bataille libre/propriétaire car ce critère a été utilisée à tort et détourné de manière inefficace et parfois idéologique.

InformatiqueNews : Vous en appelez à la responsabilité de l’Etat pour aider au développement du logiciel français. Par quels moyens ?

A.-G. : Cela passe évidemment par une commande suffisamment élevée.  Si l’on prend 10 % de la commande publique en services et qu’on y ajoute 10 % de la commande en logiciels auprès des grands éditeurs, on obtient 1 milliard d’euros. Si l’Etat utilisait cette somme à de la commande auprès des éditeurs français, cela permettrait à beaucoup de se développer et de franchir ce plafond de verre qui les empêche de devenir des PME.

InformatiqueNews : Et dès qu’ils atteignent une certaine taille, ils se font racheter. Quelle est la solution ?

A.-G. : Oui, d’abord cela montre l’intérêt que portent les gros éditeurs au logiciel français, qui est de qualité. Une étude internationale montre que l’Ile de France est le troisième cluster au niveau mondial en matière de développement logiciel (http://www.software-cluster.com/en/news-events/press-releases/item/study-on-europe-s-digital-powerhouses-software-clusters-compared). Une des nouveautés est que ces acquisitions se font plus tardivement et donnent plus de munitions à leurs fondateurs pour se lancer dans de nouvelles aventures.

InformatiqueNews : Que pensez-vous des actions entreprises par l’Etat dans le numérique ?

A.-G. : On ne peut que se louer des intentions et de certaines initiatives. Indiscutablement, l’Exécutif a compris l’importance du numérique et des actions comme la French Tech, qui favorise le rayonnement du logiciel français, sont tout à fait positives. Mais la déclinaison de cette politique aux différents niveaux de l’Etat n’est pas mise en œuvre de manière optimale. Par ailleurs, cette idée que le numérique est le principal combustible de la croissance n’est pas encore partagée par tous. Beaucoup trop pensent que nous sommes encore dans le « business as usual » alors que certains secteurs ont déjà été bouleversés et que d’autres vont être laminés par l’arrivée de nouveaux acteurs. La bataille des taxis nous en donne un avant-gout. Tous les secteurs seront touchés en profondeur et leur chaine de valeur transformée en profondeur.

Si on rate cette révolution numérique, le chômage augmentera massivement et la France deviendra un pays sous-développé. En revanche, si elle sait s’ouvrir à ces nouvelles technologies, elle retrouvera le rayonnement qu’elle a connu comme par exemple avant la 1er Guerre mondiale. Une nouvelle « Belle Epoque » est tout à fait possible.

 

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Les membres d’Efel Power

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Le manifeste de l’Association d’Efel Power