Des records, et pourtant la Bourse boude. EPYC cartonne, Ryzen tient le rythme, Instinct pousse… mais les investisseurs, eux, demandent déjà la suite… ou la Lune. Dans l’IA, AMD ne se bat pas seulement contre Nvidia, mais contre un marché qui exige des croissances stellaires sans accroc, trimestre après trimestre. Un grand écart qui démontre une nouvelle fois que Wall Street est entré dans l’économie du « jamais assez ».

Dans le contexte actuel, annoncer des résultats records ne suffit plus à réjouir les investisseurs et gonfler la valorisation boursière. On l’a vu la semaine dernière avec Microsoft. Et AMD en fait également les frais. Le concepteur de puces a pourtant pulvérisé en 2025 tous ses précédents records confirmant qu’il n’est plus un outsider des semi-conducteurs, mais un leader sur les marchés des datacenters, des HPC, de l’IA, du PC et même des consoles de jeux.

Le groupe vient de publier les résultats de son quatrième trimestre 2025 qui clôt également son année fiscale. Et ils sont excellents. Ce qui est dans un sens logique puisque le secteur des semi-conducteurs a connu une année 2025 particulièrement dynamique, porté par l’appétit insatiable des entreprises pour l’infrastructure d’intelligence artificielle. L’indice PHLX Semiconductor Sector affiche une progression d’environ 40% sur l’année, traduisant l’optimisme des investisseurs envers les acteurs du calcul haute performance. Seul Intel n’a pas su saisir l’opportunité.

Et dans ce contexte favorable, AMD a particulièrement brillé, son action ayant bondi d’environ 72% en 2025 pour atteindre un sommet historique en octobre dernier.

Des résultats trimestriels et annuels historiques

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Au quatrième trimestre 2025, AMD a dégagé un chiffre d’affaires record de 10,27 milliards de dollars, en hausse de 34% par rapport à la même période de l’année précédente. La marge brute atteint 54% contre 51% un an plus tôt, tandis que le résultat d’exploitation bondit de 101% à 1,75 milliard de dollars. Le bénéfice net s’établit à 1,51 milliard de dollars, soit une progression vertigineuse de 213%. Les prévisions de Wall Street et même celles annoncées précédemment par AMD n’étaient pas aussi ambitieuses.

Sur l’ensemble de l’exercice 2025, AMD affiche ainsi un chiffre d’affaires record de 34,6 milliards de dollars, en progression de 34% sur un an. Le résultat d’exploitation GAAP double quasiment pour atteindre 3,7 milliards de dollars, tandis que le bénéfice net explose de 164% à 4,3 milliards de dollars.

Lisa Su, présidente-directrice générale d’AMD, ne cache pas sa satisfaction : « 2025 a été une année déterminante pour AMD, avec des revenus et des bénéfices records portés par une exécution rigoureuse et une demande généralisée pour nos plateformes haute performance et IA. Nous abordons 2026 avec un élan puissant dans l’ensemble de nos activités, mené par l’adoption accélérée de nos processeurs EPYC et Ryzen haute performance et la montée en puissance rapide de notre franchise IA pour centres de données. »

Le data center et l’IA, moteurs de la croissance

L’analyse par segment révèle la transformation profonde du modèle économique d’AMD.

Le segment Data Center a généré un chiffre d’affaires record de 5,4 milliards de dollars au quatrième trimestre, en hausse de 39% sur un an, porté par la forte demande pour les processeurs EPYC et la montée en puissance des livraisons de GPU AMD Instinct.
Sur l’année, ce segment atteint 16,6 milliards de dollars, soit une progression de 32%. Lisa Su a précisé lors de la conférence téléphonique annonçant les résultats, que la croissance provient autant des CPU pour serveurs que GPU dédiés à l’IA (la famille Instinct MI). « Les hyperscalers étendent leur infrastructure pour répondre à la demande croissante de services cloud et d’IA, tandis que les entreprises modernisent leurs centres de données », justifie Lisa Su.

Le segment Client et Gaming affiche également une santé éclatante avec 3,94 milliards de dollars de revenus au quatrième trimestre, en hausse de 37%. L’activité Client (les PC) seule établit un nouveau record trimestriel à 3,1 milliards de dollars grâce aux processeurs Ryzen, tandis que le Gaming rebondit de 50% à 843 millions de dollars, tiré par les ventes de produits semi-custom (les puces qui équipent les consoles XBox et Playstation) et la demande pour les cartes graphiques Radeon. Sur l’année, ce segment cumule 14,6 milliards de dollars, en progression étonnante de 51%.

Seul le segment Embedded marque le pas avec 950 millions de dollars au quatrième trimestre, une légère hausse de 3% après une année difficile marquée par les ajustements de stocks chez les clients. Sur l’année, ce segment recule de 3% à 3,5 milliards de dollars.

Être rentable ne suffirait donc plus ?

Jean Hu, directrice financière d’AMD, souligne la solidité du modèle économique : « Nos résultats records du quatrième trimestre et de l’année complète démontrent la capacité d’AMD à générer une croissance rentable à grande échelle. Nous avons atteint des niveaux records de résultat d’exploitation non-GAAP et de flux de trésorerie disponible, tout en augmentant nos investissements stratégiques pour soutenir la croissance à long terme de notre portefeuille de produits haute performance et de calcul adaptatif. »

Les indicateurs de rentabilité confirment cette analyse. La marge d’exploitation GAAP progresse de 6 points à 17% au quatrième trimestre et de 4 points à 11% sur l’année. Le flux de trésorerie disponible atteint 5,5 milliards de dollars sur 2025, contre 2,4 milliards en 2024, tandis que la trésorerie et les placements à court terme s’élèvent désormais à 10,5 milliards de dollars.

Au passage, on notera quand même l’impact négatif des restrictions américaines à l’exportation vers la Chine sur les GPU Instinct MI308. AMD a enregistré environ 440 millions de dollars de charges liées aux stocks concernés sur l’année, partiellement compensées au quatrième trimestre par une reprise de provisions de 360 millions de dollars et des ventes de 390 millions de dollars vers la Chine.

Il est clair néanmoins que, sur le plan opérationnel, AMD a largement démontré en 2025 sa capacité à capter des opportunités AI et HPC grâce à une feuille de route produit compétitive et des partenariats stratégiques.

C’est pourquoi, la réaction boursière aux résultats du quatrième trimestre a surpris plus d’un observateur. Malgré des chiffres supérieurs aux attentes, le titre a chuté d’environ 8% en séance post-marché, certains analystes estimant que les perspectives pour le premier trimestre 2026 restaient en deçà de ce que l’engouement pour l’IA laissait espérer. Stratégiquement, les accords annoncés avec des acteurs majeurs renforcent la crédibilité technologique d’AMD, mais la valorisation du titre intègre déjà une large part des attentes liées à l’AI, ce qui rend la société sensible à tout signe de retard dans les déploiements ou d’érosion des marges.

Pour les trimestres à venir, la direction anticipe une montée en puissance progressive : le premier semestre servira à préparer la capacité et finaliser les intégrations, tandis que la croissance plus visible et l’amélioration de la rentabilité sont attendues pour la seconde moitié de l’année, lorsque les nouvelles familles d’accélérateurs AI (MI450/MI430X) et l’offre rack‑scale Helios seront déployées chez des clients clés. Pour le premier trimestre 2026, AMD anticipe un chiffre d’affaires d’environ 9,8 milliards de dollars, plus ou moins 300 millions, incluant environ 100 millions de dollars de ventes de GPU Instinct MI308 vers la Chine. Ce niveau représenterait une croissance de 32% sur un an, pas mal étant donné le contexte de pénurie de mémoire qui freine tout l’écosystème IT.

Au final, on reconnaîtra qu’AMD semble avoir définitivement changé de dimension. La stratégie « Data Center First » initiée par Lisa Su porte ses fruits et positionne le groupe comme l’alternative crédible à NVidia dans un marché de l’IA et des HPC en pleine explosion.

 

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