Aux États-Unis, l’antitrust rattrape Meta avec l’appel de la FTC sur les rachats d’Instagram et WhatsApp. Derrière la procédure, une question structurante pour l’économie numérique : peut-on réévaluer une domination construite par acquisitions à l’heure où l’attention se dispute à coups d’algorithmes et de nouveaux entrants comme TikTok ?

En novembre dernier, un juge avait donné raison à Meta dans le conflit qui l’oppose à la puissance FTC américaine, estimant que l’entreprise n’était pas un monopole au sens juridique pour ses acquisitions d’Instagram et WhatsApp.
On pensait l’affaire pliée. Mais dans l’amérique de Donald Trump, tout n’est que surprises. La Federal Trade Commission annonce faire appel du jugement de novembre dernier. Et cet appel est bien plus qu’une procédure. C’est une façon pour la FTC d’affirmer sa volonté de revisiter la domination de Meta et montrer que des décisions prises il y a dix ans peuvent être réévaluées à la lumière de leurs effets réels sur le marché.

La FTC en remet une couche…

Le bras de fer entre Meta et les autorités américaines s’inscrit dans un paysage technologique où les enjeux vont bien au‑delà d’un simple litige commercial : on parle de pouvoir de marché, d’algorithmes qui captent l’attention et d’acquisitions qui ont redessiné l’écosystème des réseaux sociaux.

Le juge James Boasberg, qui a tranché en faveur de Meta, a retenu que l’arrivée de concurrents récents, TikTok en tête, avait changé la donne et réduit l’argument selon lequel Facebook avait verrouillé le marché des « réseaux sociaux personnels ». Il s’agissait-là d’une lecture plus pragmatique que politique et économique : si les utilisateurs peuvent basculer vers d’autres expériences sociales, la définition du marché devient moins étanche, et la démonstration d’un préjudice consommateur direct se complique.

Pour la FTC, le problème n’est pas seulement la situation actuelle mais la stratégie passée : acheter des rivaux naissants pour neutraliser des menaces potentielles, ce qui, selon l’agence, a permis à Meta de conserver une position dominante et des profits records pendant des années. L’enjeu de l’appel est donc de convaincre une cour d’appel que ces rachats ont eu un effet anticoncurrentiel durable, même si le paysage a évolué depuis.

… Quitte à lasser l’opinion publique

Et l’univers de la Tech américaine oscille entre scepticisme et lassitude : certains voient dans cette relance judiciaire une bataille nécessaire pour la concurrence, d’autres y lisent une opération tardive et symbolique, presque théâtrale. N’en demeure pas moins une délicate question implicite : que peut‑on vraiment réparer après une décennie d’intégration technologique et de changements d’habitudes utilisateur ?

Des régulateurs qui relisent des acquisitions approuvées ou tolérées il y a des années, des juges qui évaluent des marchés en mouvement perpétuel, et une entreprise qui, entre‑temps, a continué d’innover et d’empiler des services en proclamant que la concurrence est « féroce ». On n’est pas loin du scénario hollywoodien.
Reste que l’appel de la FTC rappelle aussi que les règles de la concurrence ne sont pas des reliques, elles sont des outils pour questionner comment le pouvoir économique se construit et se perpétue dans l’économie numérique. Même si, dans l’Amérique de Trump, la question a plus de chances d’ennuyer les foules que de les passionner.

 

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