La virtualisation aborde 2026 sous tension : migrations hors hyperviseurs legacy, pression sur les coûts et exigence de résilience. L’enjeu se déplace de l’outil vers le modèle opérationnel, avec une gouvernance capable d’absorber à la fois VM historiques et nouveaux workloads d’IA. Voici 5 tendances clés autour de la virtualisation en 2026.

En 2026, la virtualisation change de statut : d’une mécanique d’optimisation invisible, elle devient un choix structurant qui conditionne coûts, résilience et capacité d’évolution face à l’IA. Les DSI doivent composer avec des plateformes vieillissantes, des contraintes de souveraineté, une complexité opérationnelle croissante et des arbitrages de placement de workloads de plus en plus fins. Les tendances qui suivent dessinent les lignes de force de cette bascule, entre reprise de contrôle, unification des environnements et transformation des pratiques de plateforme.

1 / Les plateformes de virtualisation traditionnelles soumises à des contraintes de migration

L’année 2025 a mis en évidence la fragilité de nombreuses stratégies de virtualisation, ainsi que la manière dont les entreprises finissent par se retrouver dépendantes de solutions qui ne leur conviennent plus. Ainsi, après des années de croissance progressive, les cadres dirigeants ont fini par accumuler des technologies devenues obsolètes, coûteuses, dont il est difficile de se défaire et qui sont de moins en moins en phase avec le rythme des changements imposés par l’IA et la modernisation numérique.

En 2026, la pression pour dissocier les workloads critiques des hyperviseurs legacy va s’intensifier, notamment sous l’effet de la hausse des coûts de renouvellement, des préoccupations liées au risque de concentration et de l’importance croissante accordée à la résilience opérationnelle. Aujourd’hui, l’enjeu consiste non seulement à moderniser les machines virtuelles (VM) pour gagner en efficacité, mais aussi à considérer la migration des machines virtuelles comme un mécanisme stratégique. Ce dernier permettrait de réduire la dette technique, de reprendre le contrôle de l’architecture existante et de créer une plateforme capable de prendre en charge à la fois les workloads actuelles et celles à venir. Ainsi, les entreprises qui attendront que les renouvellements provoquent un changement d’eux-mêmes s’apercevront rapidement que ce n’est pas la technologie utilisée, mais bien le modèle opérationnel choisi qui constitue le principal goulot d’étranglement.

2/ La coexistence des workloads d’IA et des VM traditionnelles

En 2025, la plupart des entreprises traitaient la virtualisation et l’IA comme deux sujets bien distincts, tant sur le plan opérationnel qu’architectural. En 2026, une telle distinction n’a plus lieu d’être : les organisations cherchent désormais à exécuter simultanément des workloads critiques et des inférences d’IA gourmandes en données, sans dupliquer l’infrastructure ni créer des structures opérationnelles en parallèle. Pour ce faire, il est toutefois nécessaire d’adopter une approche de la virtualisation qui considère les VM à la fois comme un objectif de consolidation et comme une partie intégrante d’une couche d’exécution plus large pour l’IA ; cela pousse les équipes chargées de l’administration des plateformes à mettre en place une gestion cohérente du cycle de vie, de l’observabilité et de la gouvernance pour les deux types d’applications. Il s’agit donc d’opérer un changement non seulement technique, mais aussi culturel. Les entreprises devront donc intégrer les disciplines opérationnelles de l’IA directement dans les plateformes des workloads existantes, plutôt que de créer de nouveaux silos dédiés.

3/ Entre consolidation des plateformes et réduction de la dette technique

La tendance observée tout au long de l’année 2025, à savoir la multiplication rapide des plateformes qui dépasse la capacité d’absorption des équipes, risque d’atteindre un point de rupture en 2026. En combinant les restrictions budgétaires, les exigences en matière de souveraineté et la pénurie d’ingénieurs qualifiés, un impératif apparaît clairement : les entreprises doivent simplifier les structures existantes pour éviter de se retrouver aux prises avec des systèmes fragilisés et donc instables.

La virtualisation et la modernisation des applications seront de plus en plus considérées comme des outils visant à unifier plutôt qu’à simplement assurer la migration. En conséquence, les entreprises s’efforcent désormais de consolider leurs environnements d’exécution, de réduire les transferts et d’harmoniser les modèles opérationnels entre les applications héritées et les applications cloud natives. Celles qui y parviendront devront aborder la conception des plateformes comme une transformation organisationnelle plutôt que comme une simple mise à jour de l’infrastructure, et investir autant dans les compétences, l’ingénierie des plateformes et la gouvernance que dans la technologie. Autrement, elles risquent d’accroître le niveau de complexité au moment même où le coût d’exploitation dépasse le seuil de la rentabilité.

4/ Investir dans les compétences, les modèles opérationnels et la modernisation pour renforcer sa résilience

En 2026, les organisations qui sauront tirer leur épingle du jeu seront celles qui auront compris que la modernisation relève autant des équipes , de la responsabilité et des droits de décision que du code et des ressources informatiques. Les programmes de virtualisation, qui visaient initialement à réduire les dépenses d’investissement grâce à la consolidation des serveurs, sont désormais axés sur les dépenses d’exploitation et visent davantage à garantir la résilience opérationnelle et la fiabilité des plateformes. Cette évolution impose aux équipes de fonctionner de manière plus autonome, au plus près des workloads qu’elles prennent en charge, avec une responsabilité du cycle de vie qui s’étend bien au-delà du déploiement initial. Ainsi, les entreprises qui choisiront de mettre en place des structures de gouvernance adéquates, de doter leurs équipes des moyens nécessaires pour gérer les workloads intégrées de virtualisation et d’IA, et d’inclure un plan de sortie dans leur stratégie de plateforme pourront non seulement résister aux pressions en matière de coûts et de résilience, mais aussi en tirer parti pour recouvrer leur agilité stratégique.

5/ L’exécution de workloads : quoi, où, comment et pourquoi

Tout au long de l’année 2025, la question la plus fréquemment posée aux équipes chargées de gérer les plateformes semblait d’une simplicité déconcertante : « Que dois-je exécuter, à quel endroit, de quelle manière et pour quelle raison ? ».

En réalité, cette question est en passe de devenir la décision stratégique incontournable pour 2026. À mesure que les volumes de workloads augmentent, que les exigences en matière de résilience deviennent de plus en plus strictes et que les coûts explosent, les organisations ne considèrent plus le choix de l’infrastructure comme une simple question de planification tactique de déploiement. Au contraire, elles ajustent le placement des workloads en fonction de leurs objectifs, de la propension au risque et de la gravité des données.

Par ailleurs, il faut s’attendre à un abandon des stratégies « cloud-first » ou « on-prem by default » au profit de modèles de déploiements situationnels qui prennent en compte la latence, la souveraineté, la flexibilité de sortie et la maturité opérationnelle en fonction de chaque workload.

En outre, la question du mode d’exécution devient aussi importante que celle de l’emplacement : les entreprises tendront de plus en plus vers une harmonisation de l’orchestration et de la gestion du cycle de vie dans tous les environnements afin d’éviter les silos opérationnels ou les workloads isolées.

Enfin, les raisons invoquées porteront principalement sur la création de valeur et la résilience ; certains consultants remettent déjà en question la justification du coût d’une infrastructure jugée « haut de gamme » par rapport aux workloads, la nécessité d’une proximité avec le GPU ou simplement d’une disponibilité prévisible, ainsi que le renforcement ou l’érosion de l’autonomie opérationnelle à long terme. Ainsi, les entreprises qui inscriront cette démarche dans leur stratégie de plateforme, et non dans leur planification de projet, pourront évoluer plus rapidement et échapperont à une dette architecturale difficile à éponger.
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Par Ed Hoppitt, EMEA Director – Business Value Practice, Red Hat

 

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