Les chiffres sont massifs, la machine cloud tourne à plein régime, et l’IA devient le nouveau centre de gravité du groupe. Microsoft carbure… encore et toujours. Mais les investisseurs, eux, ne sont plus aussi confiants. Car l’entreprise finance sa bascule IA à coups de capex record. Reste que ceux qui pensaient voir le coup de mou du cours boursier et l’envie d’autonomie de l’Europe se refléter dans les résultats du groupe devront encore attendre. Les GAFAM sont décidément des entreprises étonnamment résilientes.
Microsoft a dévoilé hier soir des résultats financiers particulièrement robustes pour le deuxième trimestre de son exercice 2026, clos le 31 décembre 2025. Le groupe affiche un chiffre d’affaires de 81,3 milliards de dollars, en hausse de 17 % par rapport à l’an dernier, et un bénéfice net GAAP de 38,5 milliards, en progression spectaculaire de 60 % !
Ces résultats tombent dans un moment de marché assez paradoxal. D’un côté, le scénario macro se détend lentement, avec une inflation qui s’est normalisée et des banques centrales engagées dans un cycle d’assouplissement déjà bien entamé. De l’autre, l’incertitude géopolitique et la question du “retour sur investissement” de l’IA continuent de peser sur la lecture boursière des mégacaps. En Bourse, le secteur technologique reste porté par l’idée que l’IA devient une nouvelle couche d’infrastructure, mais chaque publication de résultats remet brutalement sur la table la même interrogation : à quel rythme la monétisation rattrape-t-elle la facture de capex. Et cette situation se voit largement sur les résultats de Microsoft et le comportement de son action. L’éditeur qui a dépassé un temps les 4000 milliards de capitalisation ne cesse de voir son action glisser. Elle a même perdu 6% hier, après les annonces. Car derrière les résultats du groupe se dessine un nouveau paysage qui pourrait affecter aussi les autres leaders américains : celui d’une entreprise qui accélère massivement dans l’IA, au prix d’investissements colossaux qui inquiètent une partie des investisseurs. D’autant que, comme on va le voir, ces derniers s’interrogent sur la dépendance croissante du groupe à des acteurs de l’IA encore non rentables.
L’IA comme moteur… et comme pari
Satya Nadella justifie l’ambition du groupe avec une formule qui donne bien le ton : « Nous ne sommes qu’au début de la diffusion de l’IA, et Microsoft a déjà bâti une activité IA plus grande que certaines de nos plus grandes franchises » . Cette dynamique se reflète dans les chiffres : Microsoft Cloud dépasse pour la première fois les 50 milliards de dollars de revenus trimestriels, en hausse de 26 %.
Et Azure progresse de 39 %, confirmant son rôle de pilier stratégique !
Mais cette croissance s’accompagne d’un coût inédit. Les dépenses d’investissement atteignent 37,5 milliards de dollars sur le trimestre, dont les deux tiers consacrés à des actifs « de courte durée », essentiellement des GPU et CPU destinés à l’IA. Amy Hood, directrice financière, a tenté de rassurer les marchés : « La demande de nos clients dépasse toujours notre capacité. Nous devons faire en sorte que notre approvisionnement suive le rythme. »
OpenAI, partenaire clé… et source d’inquiétude
Autre éclairage important (et relevant d’une transparence que l’on n’avait encore jamais vu chez Microsoft), l’impact d’OpenAI sur les comptes est désormais chiffré et se révèle plutôt spectaculaire. Microsoft enregistre un gain net de 7,6 milliards de dollars lié à son investissement dans la scale-up de Sam Altman. OpenAI représente désormais 45 % du gigantesque carnet de commandes cloud de Microsoft, qui atteint 625 milliards de dollars. Une concentration qui, forcément, fait grincer certains analystes. Ne serait-ce que parce qu’OpenAI n’est pas près d’avoir une telle somme à dépenser…
Amy Hood a tenté de tempérer les craintes en soulignant que si OpenAI représente 45%, « 55 % du carnet de commandes provient de la diversité de notre portefeuille, de nos clients et de nos solutions », une façon de rappeler aussi que OpenAI ne doit pas masquer la solidité structurelle de la demande.
Des segments en ordre de marche, sauf le gaming
La division Productivity and Business Processes (Microsoft 365, dynamics 365, LinkedIn) progresse de 16 % pour atteindre 34,1 milliards de dollars, portée par Microsoft 365, dont la version grand public bondit de 29 % (+17% pour les versions entreprise).
La division Intelligent Cloud (Azure, Windows Server, SQL Server…) grimpe de 29 % à 32,9 milliards, principalement portée par la surprenante vélocité d’Azure (bien aidée par les OpenAI Services mais aussi Microsoft Fabric) avec sa croissance de 39%.
La division More Personal Computing recule à nouveau de 3 % pour représenter un CA de 14,3 milliards de dollars. A peu près tout déçoit dans cette division. Alors que les ventes de PC ont connu une croissance de 9% au dernier trimestre 2025, les revenus de Windows OEM & Surface ne connaît qu’une croissance de 1% (et Microsoft continue d’opérer Surface en mode top secret, sans rien divulguer des chiffres de vente). Quant à la division Gaming, les revenus Xbox chutent de 5 % reflétant les difficultés de tout l’écosystème. Et la pub sur Bing ne connaît qu’une croissance de 9%.
Une croissance solide, un futur à financer
Bien sûr, on reste assez effaré par les chiffres du groupe et par son succès continu dans une vaste période d’inquiétude et d’incertitude. Microsoft a même dépassé ses propres attentes sur le trimestre.
Mais deux questions demeurent encore sans réponse :
– D’abord, la récente soiffe européenne d’autonomie numérique finira-t-elle par impacter les résultats du groupe de façon visible ?
– Ensuite, la frénésie d’investissements IA peut-elle se transformer en croissance durable ? Le groupe assure que la majorité des GPU achetés sont déjà « vendus » via des contrats pluriannuels, mais les analystes et investisseurs commencent à se montrer de plus en plus prudents. Ces engagements n’engagent à rien si OpenAI, Anthropic et autres dévoreurs de puissance de calcul IA finissent, comme tant d’entreprises, par ressentir les crises actuelles et se retrouvent en incapacité de payer leurs dépenses…
En attendant, l’optimisme reste de rigueur. Pour le prochain trimestre, Microsoft anticipe une croissance toujours soutenue, entre 15 et 17 %. Reste à voir si le marché suivra ce pari massif sur l’IA, ou si les inquiétudes autour de la rentabilité finiront par peser davantage sur le cours boursier et la stratégie du groupe.
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