Le contexte géopolitique a ouvert les vannes. Ces derniers mois, les alternatives souveraines à Microsoft 365 et Google Workspace se sont multipliées à un rythme impressionnant. On ne les compte plus : Hexagone, Talkspirit, Jamespot, Whaller, Wimi, Jalios, Netframe, eXo Platform, Twake, LaSuite de la DINUM sans oublier Euro-Office, la coalition européenne autour de Nextcloud, XWiki et consorts qui vient tout juste d’annoncer sa préversion. Bref, le marché croule sous les offres souveraines.

Apparemment, Sopra Steria a estimé qu’il en fallait encore une.

L’ESN a annoncé cette semaine le lancement de sa propre suite collaborative, 100 % open source et déployable au choix sur une infrastructure SecNumCloud opérée par un hébergeur souverain, ou directement on-premise. Le périmètre fonctionnel est classique : messagerie, stockage et partage de fichiers, bureautique collaborative, agenda, messagerie instantanée, visioconférence et prise de notes, le tout agrémenté de protections anti-spam et anti-phishing intégrées à la brique mail.

L’architecture se veut modulaire et ouverte, capable d’intégrer de nouvelles briques au fil du temps sans remettre en cause l’existant. Sopra Steria promet de contribuer activement aux projets open source qu’il intègre, avec du code publié en accès libre. Jusque-là, rien de révolutionnaire.

Le problème : on ne sait pas de quoi c’est fait

Seul problème, l’annonce oublie carrément d’entrer dans le moindre détail. Le communiqué se contente de mentionner « les composants open source les plus matures du marché » sans jamais les nommer. Pas de lien vers un dépôt de code, pas de précision sur les briques retenues — Nextcloud ? Zimbra ? Collabora Online ? OnlyOffice ? Element/Matrix ? — et aucun site web dédié.

Quand on affiche une ambition open source, la transparence sur le code et les licences est la moindre des choses. Ici, c’est le grand vide. C’est à se demander si la suite existe vraiment ou s’il ne s’agit que d’une annonce pour un produit encore très largement en gestation. Même en fouillant GitHub, on n’a rien trouvé.

Le vrai atout : l’intégration industrielle

En réalité, la proposition de valeur de Sopra Steria ne réside probablement pas dans l’originalité technologique (puisque l’ESN promet de s’appuyer sur des briques déjà connues de tous) mais dans sa capacité à les assembler, à les industrialiser et surtout à accompagner la migration. Avec ses 56 000 collaborateurs et son ancrage historique auprès du secteur public et des grandes organisations, l’ESN joue davantage la carte de l’intégrateur que celle de l’éditeur.

Le positionnement a du sens. On sait que le principal frein à l’adoption de ces suites souveraines n’est pas l’absence de solutions mais le coût et la complexité de la migration depuis Microsoft 365, auquel la quasi-totalité des organisations sont accrochées par des années d’usage. Reste que l’on aurait préféré voir Sopra Steria soutenir l’un des consortiums France 2030 existants (Wimi, Interstis/Hexagone, Jamespot/CollabNext) plutôt que développer une énième nouvelle solution.

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