En s’emparant de Cursor, SpaceX ne s’offre pas seulement un éditeur de code dopé aux LLM. Il met la main sur l’un des outils les plus convoités du développement agentique, au moment où Microsoft, OpenAI, Google, AWS et Anthropic se disputent déjà le poste de travail des développeurs et alors que l’entreprise a bien besoin d’un actif logiciel crédible pour renforcer xAI et justifier sa valeur à Wall Street.

À peine son IPO bouclée, SpaceX dépense déjà sans compter pour s’offrir une pépite phare de l’écosystème IA, Cursor ! L’opération, signée ce 16 juin, va se concrétiser 100 % en actions : les détenteurs d’Anysphere, la maison mère de Cursor, recevront du titre SpaceX flambant neuf (SPCX) sur la base de son cours moyen pondéré des sept séances précédant la clôture, attendue au troisième trimestre. Valorisation retenue : 60 milliards de dollars.

Cursor, la fusée logicielle que SpaceX vient d’arraisonner

Rappelons qui est la cible. Fondée en 2022 par quatre anciens du MIT, Michael Truell (CEO) en tête, Anysphere édite Cursor, un environnement de développement dopé à l’IA. Sur le papier, un éditeur de code de plus. Dans les faits, le logiciel qui a redéfini l’ingénierie logicielle assistée : on y décrit en langage naturel ce que l’on veut, et l’outil lit la base de code, modifie plusieurs fichiers, lance les tests et se corrige tout seul. Son modèle maison, Composer, a fait basculer le marché de la simple autocomplétion vers le développement véritablement agentique.

Le résultat tient du « jamais-vu » (enfin, du jamais vu avant l’ère des startups IA). Cursor est passé de 100 millions de dollars de revenus annualisés en janvier 2025 à 1 milliard en novembre, 2 milliards en février 2026, puis 3 milliards au printemps : la montée en puissance la plus rapide de l’histoire du logiciel d’entreprise, loin devant Slack ou Zoom. Près des deux tiers du Fortune 500 l’utilisent, et la jeune pousse négociait encore, il y a quelques semaines, une levée de 2 milliards (Andreessen Horowitz, Thrive, Nvidia) sur une valorisation de 50 milliards. SpaceX a court-circuité le tour de table d’un revers de la main… en plaçant dix milliards de plus sur la table.

Pas tant SpaceX… Plutôt xAI…

N’oublions pas que la galaxie SpaceX comporte la dernière des créations d’Elon Musk, xAI, absorbée plus tôt cette année. La division IA du groupe a connu un début d’année difficile faite de départs de têtes, de restructurations et de polémiques sur la génération de deepfakes non consentis, et ceci alors même que la jeune poussee était présentée aux investisseurs comme un pilier de l’IPO, avec un marché adressable estimé, rien de moins, à 26 000 milliards de dollars (l’équivalent du PIB américain).
Pour que l’histoire prenne plus de corps une fois l’IPO acté, il fallait au groupe un actif crédible, et vite. Cursor, ses 50 000 clients entreprises et ses revenus en hyper-croissance offrent à xAI une porte d’entrée immédiate sur le marché ô combien stratégique des outils pour développeurs.

L’intégration se devine déjà. Le rapprochement n’est pas une surprise : annoncé dès avril sous forme d’option (rachat à 60 milliards ou indemnité de sortie de 10 milliards), il avait été précédé en mars par le départ de deux ingénieurs vedettes de Cursor vers xAI. L’enjeu technique est double. D’abord la puissance de calcul : Cursor a longtemps été bridé pour entraîner ses propres modèles ; les centres de données de xAI changent la donne. Ensuite, et c’est le piment de l’affaire, les modèles eux-mêmes. Aujourd’hui, Cursor s’appuie massivement sur les LLM de ses concurrents (Claude, GPT). Difficile d’imaginer qu’Elon Musk ne pousse pas Grok au cœur du réacteur, quitte à bousculer la sacro-sainte neutralité « multi-modèles » qui a fait une partie du succès de l’outil. Comme le dit la sagesse populaire « qui vivra, verra ».

Reste que Cursor doit son ascension à sa capacité à servir le meilleur modèle du moment, d’où qu’il vienne. En l’arrimant à xAI, SpaceX gagne une vitrine entreprise éclatante, mais pourrait prendre le risque de transformer un couteau suisse universel en produit maison.

Les DSI, eux, observeront de près : face à GitHub Copilot (Microsoft-OpenAI), à Codex (OpenAI), à Antigravity 2.0 (Google), à Kiro (AWS) et à l’incontournable Claude Code (Anthropic), la bataille de l’IDE intelligent ne fait que commencer. Et elle se joue désormais à coups de milliards… et de fusées.

 

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