Les pilotes d’impression ont longtemps été l’un des grands marronniers de Windows : installation capricieuse, conflits entre versions, utilitaires constructeurs envahissants, failles de sécurité et cauchemars d’administration. Avec Windows Ready Print, Microsoft tente une nouvelle fois de transformer l’imprimante en périphérique banal. Ce qui, dans l’histoire de l’informatique, reste une ambition presque héroïque.
Il y a les bugs que l’on corrige. Et il y a les imprimantes. Depuis des décennies, elles incarnent à merveille cette zone grise où Windows sait tout faire… à condition d’installer le bon pilote, dans la bonne version, depuis le bon site, avec le bon installeur, sans redémarrer au mauvais moment.
Les pilotes d’impression ont ainsi nourri une jolie collection de maux : incompatibilités après mise à jour, files d’attente bloquées, spooler capricieux, installations qui exigent des droits administrateur, packages constructeurs obèses, fonctions qui disparaissent, imprimantes réseau fantômes et, plus grave, surface d’attaque béante. PrintNightmare, en 2021, a rappelé que le spooler Windows n’était pas seulement agaçant : il pouvait aussi devenir une porte d’entrée critique vers le système.
Une longue cure de désintoxication
Microsoft n’en est pas à sa première tentative pour sevrer Windows des pilotes d’impression tiers. Le modèle v4 devait déjà simplifier la vie des éditeurs et des administrateurs. Puis sont arrivés Universal Print, pour déplacer la gestion de l’impression vers le cloud Microsoft 365, les Print Support Apps, censées remplacer les gros utilitaires constructeurs, et surtout le Microsoft IPP Class Driver avec Windows 10 21H2.
L’idée de fond est simple : au lieu de charger du code spécifique à chaque fabricant dans les entrailles de Windows, mieux vaut s’appuyer sur des standards. En clair : IPP pour imprimer, eSCL pour scanner, Mopria pour assurer une compatibilité plus universelle. Moins de pilotes, moins de surprises, moins de jurons près de la photocopieuse.
En 2023, Microsoft a franchi un cap en annonçant la fin progressive de la maintenance des pilotes d’impression tiers historiques. Depuis janvier 2026, les nouveaux pilotes ne sont plus publiés automatiquement via Windows Update pour Windows 11 et Windows Server 2025. A partir de juillet 2026, Windows doit privilégier le pilote IPP intégré. Et dès juillet 2027, les mises à jour de pilotes tiers via Windows Update seront limitées, sauf correctifs de sécurité.
Ready Print : le driverless devient le choix par défaut
Windows Ready Print est le nouveau nom, plus lisible, de cette stratégie. À partir de juillet 2026, l’installation d’une nouvelle imprimante utilisera par défaut Windows Ready Print lorsque le périphérique est compatible. Traduction : Windows cherchera d’abord à imprimer via le pilote IPP intégré, sans aller récupérer le pilote constructeur traditionnel.
Microsoft ajoute aussi des contrôles plus explicites. Dans les paramètres Windows, une option permettra de choisir si les nouvelles imprimantes doivent être installées en priorité avec Windows Ready Print. En entreprise, une stratégie de groupe permettra de piloter ce comportement. Et avec le paramètre d’administration Windows Protected Print Mode, le choix devient plus radical : seules les imprimantes compatibles Windows Ready Print peuvent être installées.
Rassurons tout de même les parcs existants : les imprimantes déjà installées ne vont pas cesser de fonctionner du jour au lendemain. Les pilotes constructeurs pourront encore être installés séparément, notamment lorsque des fonctions avancées restent nécessaires. Mais le centre de gravité change. Le pilote propriétaire n’est plus la voie royale ; il devient l’exception.
C’est discret, mais stratégique. Microsoft ne supprime pas l’imprimante de l’entreprise. Il tente simplement d’en retirer la partie la plus toxique : le pilote. Reste à voir si les fabricants joueront pleinement le jeu des standards. Rien n’est moins sûr. Chaque constructeur semble étrangement attaché à produire des pilotes très personnalisés. Il faut néanmoins l’espérer car dans l’histoire de Windows, l’imprimante a toujours eu un super-pouvoir dont les DSI se passeraient bien, celui transformer une promesse simple en incident support. Espérons que très bientôt, le logo « Windows Ready Print Compatible » soit mis en évidence sur toutes les imprimantes.
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