La nouvelle vague réglementaire européenne reconfigure la cybersécurité en 2026 : souveraineté numérique, mise en œuvre de NIS2 et du CRA, et alignement avec la résilience des entités critiques. Voici les 6 tendances clés et comment les RSSI et les juristes peuvent s’y préparer…

Les prochaines années donneront lieu à une évolution des politiques en matière de cybersécurité et de technologies, portée par une vague de réglementations récemment adoptées. L’Union européenne a notamment promulgué le règlement CRA (cyber-résilience), la directive NIS2, la directive CER (résilience des entités critiques), le règlement sur les données (Data Act) et le règlement sur l’IA (AI Act), tandis que de nouveaux cadres réglementaires autour du cloud et des certifications sont à l’étude.

Dès 2026, cela devrait se traduire par une surveillance réglementaire accrue, des audits, des règles en matière de passation de marchés et, vraisemblablement, par des premières sanctions. Le législateur affinera ses modèles, les instances officielles définiront leurs exigences en matière d’assurance, tandis que les autorités sectorielles évalueront la maturité des dispositifs de cybersécurité, la gouvernance applicable aux chaînes d’approvisionnement, ainsi que les programmes de résilience opérationnelle.

Pour les RSSI et les directions juridiques, 2026 marquera le passage d’adoption politique à de véritables contraintes opérationnelles. La conformité n’est plus un concept théorique : les entreprises devront présenter des preuves tangibles des mesures mises en œuvre. Les entreprises capables d’anticiper dès maintenant seront les mieux équipées pour répondre aux contraintes réglementaires imposées.

Voici les tendances clés qui devraient façonner l’année 2026 et les impacts attendus sur les entreprises :

1. Une souveraineté numérique au-delà de la résidence des données

La souveraineté numérique continuera d’influencer les décisions réglementaires. Les États renforceront leurs exigences en matière de localisation et de gouvernance des données, d’accès à ces données et de degré de contrôle à l’échelle nationale ou supranationale.

En Europe, cette souveraineté sera de plus en plus ancrée dans la réglementation autour du cloud, les processus de certification et les règles encadrant les marchés publics. Les États membres affineront les critères liés à des opérations sous contrôle européen, notamment pour les services SOC, les workflows sensibles et les données relevant des organismes publics ou de secteurs critiques. Les autorités de passation de marchés intégreront un score de souveraineté dans les appels d’offres, influençant le choix des fournisseurs pour les contrats majeurs du service public et des acteurs des secteurs réglementés.

En 2026, les multinationales doivent s’attendre à des directives plus détaillées, à des exigences plus strictes et à une application élargie des principes de souveraineté. Une gouvernance cohérente des données et des bonnes pratiques en matière d’architecture seront essentielles pour répondre à ces exigences sans compromettre la productivité opérationnelle.

2. CRA et NIS2 passeront à la phase de mise en œuvre

Au sein de l’UE, la directive NIS2 entrera en phase d’application, tandis que le Cyber Resilience Act donnera lieu à des normes harmonisées dès 2026, avec un impact opérationnel bien plus visible.

Le Cyber Resilience Act : la mise en œuvre du CRA s’accélérera à mesure que l’harmonisation des normes sera finalisée et que les modalités d’évaluation de conformité seront définies. Les industriels devront déployer et pérenniser des pratiques sécurisées en matière de développement, de gestion de vulnérabilités, de journalisation, de documentation SBOM et de gouvernance. Les entreprises proposant de larges gammes de produits devront coordonner leurs équipes de développement, les fournisseurs et les mesures de contrôle internes pour assurer le respect des exigences CRA.

NIS2 : les États membres finaliseront les processus de supervision, définiront les calendriers d’audit et publieront des exigences spécifiques à chaque secteur, tandis que les entités importantes et essentielles commenceront à faire l’objet d’une surveillance active. Celle-ci portera sur des évaluations structurées des programmes de gestion des risques, des pratiques de journalisation et de monitoring, des processus de notification des incidents et sur la gouvernance des tiers. La responsabilité des directions générales sera également évaluée, le régulateur imposant la supervision des programmes de cybersécurité par les cadres dirigeants.

Ensemble, ces cadres annoncent un virage, celui de la conception réglementaire vers la mise en œuvre opérationnelle. Les RSSI et les juristes doivent s’attendre à des audits de la part des instances réglementaires, à des demandes de preuves et à des tests de maturité des pratiques de gouvernance.

3. Les infrastructures critiques sous les projecteurs

La protection des infrastructures critiques reste une priorité. Les secteurs de l’énergie, des transports, de la santé, de la finance, des télécoms et de la gestion de l’eau feront l’objet d’une surveillance renforcée. L’Europe cherchera à aligner les directives NIS2 et CER (Critical Entities Resilience) pour éviter la fragmentation réglementaire. Les autorités nationales mettront en place de nouvelles agences de contrôle couvrant à la fois la cybersécurité et la résilience opérationnelle.

Dans la pratique, 2026 donnera lieu à des audits plus ciblés, une attention accrue aux dépendances vis-à-vis de tiers et la capacité à démontrer la résilience. Les entreprises présentant une gouvernance des risques obsolète ou incohérente seront pénalisées, face à des exigences croissantes de transparence et de mise à disposition de preuves.

4. Géopolitique et militarisation des technologies : impact sur la réglementation

Les tensions géopolitiques continueront d’influencer les politiques et la législation autour du numérique. Les États devraient renforcer les contrôles à l’export, les sanctions, les restrictions de fournisseurs et les règles en matière d’achat de technologies. Les impacts porteront sur les infrastructures cloud, les semi-conducteurs, les télécommunications, l’IA et tous les services associés à des nations jugées adversaires.

Le contrôle des investissements étrangers directs restera un outil clé. Les gouvernements examineront de plus près les acquisitions transfrontalières dans les secteurs de technologie, des données et des infrastructures. Plusieurs juridictions encourageront le développement d’écosystèmes de confiance à l’échelle régionale, renforçant le poids stratégique des décisions d’achat.

Pour les multinationales, le défi en 2026 sera de gérer des portefeuilles de fournisseurs qui répondent à la fois aux besoins opérationnels et aux contraintes géopolitiques. Les équipes des achats et les responsables sécurité devront coordonner plus étroitement leurs actions, les choix technologiques étant désormais liés à des enjeux de sécurité nationale.

5. Convergence entre gouvernance de l’IA et cybersécurité

2026 devrait être la première année complète d’application du règlement européen sur l’IA, qui va façonner le développement, le déploiement et le monitoring des systèmes d’intelligence artificielle. Il est probable que certaines dispositions de ce règlement seront affinées ou mis en œuvre plus progressivement. Si ce délai supplémentaire laisse plus de temps aux organisations pour se préparer, il introduit également une incertitude sur les exigences finales, notamment pour les systèmes à risque. Les secteurs critiques comme la santé, la finance, les transports et la fonction publique resteront sous étroite surveillance, quelle que soit le calendrier de mise en application.

Les risques liés à l’IA portent sur la cybersécurité, la protection des données et la résilience opérationnelle, ce qui rend d’autant plus essentiel le rôle des RSSI. Ces derniers devront intégrer la supervision de l’IA aux cadres de gouvernance existants, aux relations fournisseurs et aux programmes de gestion des incidents. Les équipes juridiques auront la responsabilité d’aligner les exigences en matière d’IA avec le CRA, NIS2, la protection des données et les obligations de gouvernance des produits.

6. L’assurance cyber, levier de contrôle du respect de la réglementation

Le marché de l’assurance cyber continuera d’évoluer à mesure que les attaques deviendront de plus en plus complexes et les violations de plus en plus coûteuses. Les assureurs affineront leurs critères de souscription, les rapprochant des standards reconnus et des exigences réglementaires.

En 2026, davantage d’assureurs exigeront des preuves en matière de gestion des risques, de préparation à la gestion des incidents, de supervision des tiers et de conformité réglementaire. Les organisations incapables de démontrer leur maturité dans ces domaines subiront des primes d’assurance plus élevées, une couverture plus restreinte, voire des exclusions.
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Par Alessandro Liotta, EMEA Regulatory Affairs Lead chez Fortinet

 

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