Dans un marché de la virtualisation bousculé par la stratégie de Broadcom autour de VMware, Cisco sort une carte très pragmatique : un hyperviseur dédié à ses applications de téléphonie. Objectif : éviter de payer une “private cloud suite” quand on veut juste faire tourner un cluster de communication unifiée.

Depuis le rachat de VMware par Broadcom fin 2023, le marché de la virtualisation d’entreprise semble en séisme permanent. Abandon des licences perpétuelles, suppression de l’édition gratuite d’ESXi, retrait de vSphere Foundation du catalogue EMEA, regroupement forcé vers VMware Cloud Foundation (VCF)… La stratégie de Broadcom vise à faire de VMware une plateforme de cloud privé haut de gamme vendue en souscription, destinée aux grandes entreprises. Broadcom semble n’avoir que faire de perdre les petits et moyens clients en route et ne faire aucun cas des usages verticaux voire niches de la virtualisation. Il en découle évidemment de fantastiques opportunités pour des acteurs comme VATES, Proxmox, Nutanix AHV, Azure Stack HCI, Red Hat OpenShift Virtualization ou encore HPE VME. Et un nouvel acteur vient d’abattre sa propre carte : Cisco !

Le géant du réseau s’apprête à commercialiser NFVIS-for-UC (Network Function Virtualization Infrastructure Software for Unified Communications), un hyperviseur Linux conçu sur mesure pour faire tourner ses propres applications de collaboration, à commencer par Cisco Unified Communications Manager (CUCM). Pendant des années, Cisco a imposé VMware ESXi comme socle de virtualisation pour ses solutions de téléphonie. Mais avec la refonte tarifaire orchestrée par Broadcom, des entreprises qui utilisaient VMware uniquement pour virtualiser leurs applications d’appel se retrouvent confrontées à l’obligation de souscrire à VCF, une solution bien plus coûteuse et surdimensionnée pour leurs besoins. Or aucune d’elles n’a envie d’affronter une usine à gaz pour animer ce qui pourrait très bien fonctionner sous forme d’appliance.

L’annonce de Cisco cette semaine n’est pas une vraie surprise. La firme avait « teasé » le produit en octobre 2025 sur le blog Webex, le présentant comme un outil proposant « uniquement les fonctionnalités de virtualisation essentielles », idéal pour les organisations « en quête d’un hyperviseur stable et simple à gérer, sans la complexité des plateformes tierces ni les dépendances au cloud ».

Un périmètre volontairement restreint

NFVIS-for-UC n’a pas vocation à devenir un hyperviseur généraliste. Le produit ne supporte que les applications d’appel Cisco et cible en priorité les déploiements de 200 à 5 000 utilisateurs, bien qu’il puisse s’adapter à toutes les tailles d’environnement. Il est particulièrement adapté aux environnements sensibles, air-gappés ou soumis à des exigences réglementaires strictes, où le contrôle total de la pile logicielle reste un impératif.

Techniquement, NFVIS-for-UC est hyperviseur de type 1 (installé au plus près de matériel, au boot du serveur) conçu pour uniquement exécuter les applications d’appel de Cisco, telles que Cisco Unified Communications Manager. Il dérive d’une technologie déjà bien éprouvée, la solution NFVIS (une couche NFV basée sur Linux KVM) que Cisco utilise déjà pour exécuter des charges réseau sur certaines de ses appliances. Cette édition spéciale dispose d’un identifiant produit distinct, d’une tarification propre, de licences dédiées et d’une interface d’administration légèrement retouchée. L’argument principal : un support de bout en bout assuré par Cisco, couvrant les applications UC, l’hyperviseur et le matériel, éliminant ainsi la dépendance à un tiers pour la couche de virtualisation.

Une double salve contre VMware

NFVIS-for-UC ne constitue qu’un volet de l’offensive anti-VMware de Cisco. L’autre pièce maîtresse se nomme FlashStack, une infrastructure convergée développée avec Nutanix et Pure Storage. Là où NFVIS-for-UC se concentre sur les applications de collaboration et de communication unifiée, FlashStack vise le datacenter au sens large en associant les serveurs UCS de Cisco (X-Series, C-Series, B-Series), le stockage FlashArray de Pure Storage et la Nutanix Cloud Platform.

« Avec tout ce qui se passe autour de Broadcom, tout le monde cherche non pas simplement une alternative, mais une alternative viable, quelque chose qui s’appuie sur un véritable écosystème d’entreprise capable d’accompagner le client. Parmi tous les clients qui parlent de migrer, pour ceux qui le font réellement, c’est un processus très réfléchi et pragmatique. Personne ne dit simplement « demain je change de cap ». Il faut que les aspects économiques aient du sens, que la transition elle-même tienne la route en termes de TCO et de ROI, et que le risque soit proportionnel au bénéfice attendu » justifie Danny McGinniss, VP Product Management Compute chez Cisco.

En parallèle, Cisco prépare aussi le support de l’hyperviseur Nutanix AHV pour ses applications UCM, prévu courant 2026, offrant ainsi un troisième choix aux clients après VMware ESXi et NFVIS-for-UC.

Dit autrement, pour les plus de 30 millions d’utilisateurs de Cisco UCM dans le monde, NFVIS-for-UC s’inscrit dans une volonté de Cisco d’offrir désormais du choix quant au socle de virtualisation qui héberge ses solutions de communication unifiée. Et c’est une bonne nouvelle…

 

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