IBM signe un premier trimestre à 15,9 Md$ (+9%), tiré par un IBM Z qui bondit de 51% et une division Software qui franchit pour la première fois le cap des 7 Md$ trimestriels. De quoi redonner des couleurs à un titre malmené en Bourse depuis janvier ? Pas si sûr…

Fondé en 1911, IBM reste l’un des très rares acteurs de l’informatique mondiale à avoir traversé toutes les révolutions du secteur : tabulatrices, mainframe, PC, services, cloud, et désormais IA générative et agentique. Avec ses 270 000 collaborateurs, le groupe dirigé depuis 2020 par Arvind Krishna s’articule autour de quatre piliers :
– La division Software (qui regroupe Red Hat, watsonx, l’automatisation avec HashiCorp, les bases de données et le Transaction Processing hérité de l’ère mainframe),
– La division Infrastructure (mainframe IBM Z, serveurs Power, stockage)
– La division Consulting,
– Et la division Financing.

L’exercice 2025 avait confirmé la bonne trajectoire du groupe. Le chiffre d’affaires annuel s’est établi à 67,5 Md$, en hausse de 7,6%, avec un bénéfice net qui a grimpé à 5,6 Md$ contre 2,9 Md$ un an plus tôt. Surtout, le Software franchissait un cap symbolique en représentant désormais environ 45% du chiffre d’affaires total, porté par la dynamique de Red Hat et par une division Automation qui a flambé de 16% sur l’année écoulée. Le lancement du mainframe z17 a relancé le cycle Infrastructure (+12%), tandis que le Consulting restait à la peine avec une croissance quasi nulle à taux constants.

Un T1 2026 qui bat le consensus sur les deux tableaux

Le début d’année 2026 poursuit la lancée. Les chiffres dévoilés cette semaine dépassent les attentes de Wall Street (qui tablait sur 15,64 Md$ de revenus et un BPA opérationnel de 1,81$).

Ainsi le chiffre d’affaires du 1er trimestre 2026 atteint 15,92 Md$, en hausse de 9% (+6% à taux de change constants). Le bénéfice net grimpe de 15% à 1,22 Md$, le BPA GAAP s’établit à 1,28$ (contre 1,12$), et le BPA opérationnel non-GAAP bondit à 1,91$ (+19%). La marge brute opérationnelle progresse de 110 points de base, à 57,7%, et le cash-flow libre atteint 2,2 Md$ (+0,3 Md$).

« Ces résultats reflètent la valeur intégrée de notre portefeuille, et l’IA reste un vent favorable pour notre activité mondiale » constate Arvind Krishna.

Le mainframe en état de grâce, le conseil toujours en convalescence

Dans le détail, le Software franchit pour la première fois le seuil des 7 Md$ trimestriels (7,05 Md$, +11%).
Red Hat progresse de 13%, l’Automation de 10%, et la Data s’envole de 19% (+16% à taux constants), dopée par la consommation autour de watsonx et, effet du rachat de Confluent oblige, par les plateformes de streaming de données. Le Transaction Processing, longtemps suspecté d’érosion, renoue avec une croissance de 6%.

La vraie star du trimestre reste toutefois l’Infrastructure, en hausse de 15% (+12% CC), avec un IBM Z qui signe une performance spectaculaire à +51% (+48% à taux constants). Le cycle du z17, lancé à l’été 2025, bat son plein, porté par les exigences de souveraineté des données, la charge de travail IA inférencée sur mainframe et les migrations massives de workloads sensibles.

Le Consulting, lui, reste l’enfant pauvre du groupe avec une croissance limitée à 4% (+1% CC), conséquence directe de la pression exercée par l’IA générative sur les missions d’intégration traditionnelles.

Confluent, Anthropic et fantômes géopolitiques

Le trimestre a été marqué par le bouclage, mi-mars, de l’acquisition de Confluent pour 11 Md$, un pari stratégique sur le data streaming et la plateforme Kafka, complément naturel de l’offre Data d’IBM à l’heure où les agents IA consomment frénétiquement des flux temps réel. L’opération a été clôturée un trimestre plus tôt que prévu, ce qui explique aussi l’envolée de la dette nette (66,4 Md$, +5,1 Md$ depuis fin 2025) et la progression du goodwill à 74,7 Md$.

Côté vents contraires, IBM a dû composer avec deux fronts :

D’abord, l’onde de choc déclenchée en février par Anthropic, qui avait annoncé que son modèle Claude pouvait aider à moderniser massivement le code COBOL, un séisme sémantique pour le business mainframe, puni par une spéctaculaire chute de l’action IBM de -13% en une séance.
La réponse d’IBM, martelée par Rob Thomas, SVP Software, tient en une formule : « l’IA renforce l’argumentaire du mainframe au lieu de l’affaiblir ». Et force est de constater que les +51% réalisés par la division IBM Z lui donnent, pour l’instant, raison.

Ensuite, le front géopolitique. Depuis le déclenchement du conflit entre les États-Unis et l’Iran fin février, la prime de risque géopolitique est remontée à des niveaux qu’on n’avait plus vus depuis 2022, avec des tensions persistantes dans le détroit d’Ormuz. Interrogé lors de la conférence avec les analystes, Arvind Krishna a voulu rassurer : « Les développements au Moyen-Orient ne nous ont pas impactés au premier trimestre », rappelant la diversification géographique et sectorielle du groupe. Mais il ne s’est pas aventuré à des prédictions sur l’impact du conflit s’il devait s’éterniser.

Cap maintenu, dividende en hausse pour la 31ᵉ année

Sur l’ensemble de l’exercice, IBM confirme néanmoins sa prévision : plus de 5% de croissance à taux constants et une hausse d’environ 1 Md$ du cash-flow libre. Le conseil d’administration a au passage relevé le dividende trimestriel à 1,69$ par action, soit la 31ᵉ augmentation consécutive, dans la tradition la plus pure de Big Blue, qui n’a pas manqué un seul versement trimestriel depuis 1916.

Reste un paradoxe boursier : malgré ces résultats solides, l’action IBM accusait encore une baisse d’environ 15% depuis le début de l’année (quand le S&P 500 progressait de 4%) et a cédé près de 6% après la publication, le marché pointant la mollesse persistante du Consulting. Preuve que pour Wall Street, la transformation d’IBM en champion de l’IA d’entreprise est un marathon dont le rythme ne se mesure pas à un seul sprint trimestriel.

Reste à voir si les autres géants de la Tech – et notamment les hyperscalers, avec leurs lourds investissements IA, les bombardements sur leurs datacenters au moyen orient, et la nouvelle quête d’autonomie numérique de l’Europe – se révèleront aussi résilients. Réponse dans les prochains jours.

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